dimanche 7 octobre 2018

Interview participative de CLÉMENT BOUHÉLIER # 3



La première partie se trouve ICI
La seconde  








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Simon :

Hello Clément,

C'est ton éditeur qui t'embête jusque dans tes interviews. 
Une petite question : l'autre jour, en librairie, alors que je lui présentais ton roman, un lecteur m'a fait la remarque que la fantasy francophone était selon lui de plus en plus "politique", qu'elle se rapprochait même de ce point de vue de la SF. Et c'est vrai que les exemples ne manquent pas : toi, mais aussi Patrick Dewdney, Estelle Faye, Stéphane Platteau, etc. Pourquoi cette tendance selon toi ?

Clément :

Monsieur mon éditeur, il y avait longtemps ! :)


J'aurais du mal à répondre à la place des autres auteurs... Peut-être seront-ils néanmoins d'accord avec moi pour affirmer que, d'une certaine manière, il est de plus en plus nécessaire de "politiser" nos récits. Notre monde n'a jamais eu autant que maintenant les moyens d'être prospère et de redistribuer, nous avons toute la science nécessaire pour nourrir le monde et pour cesser de ... et malgré tout, nous nous apprétons à laisser aux générations suivantes une planète massacrée, une résurgence malsaine des pires formes de nationalisme (regardons ce qui se passe en Italie, au Brésil, en Allemagne, en Hongrie...), et une idéologie selon laquelle le marché doit tout réguler.


C'est catastrophique.


En ce qui me concerne, je trouve que la fantasy est la "matière" idéale pour traiter de certaines thématiques politiques. Puisque l'on peut façonner un monde, un univers tout entier, on peut y mettre tout ce qui nous tient à coeur... et aussi y dénoncer ce qu'on trouve insupportable. Dans Olangar, à mon tout petit niveau et au-delà de l'intrigue, j'essaye de montrer qu'un système qui tourne uniquement autour de la croissance et de la "production à tout va" est à la fois créateur d'inégalités et fondamentalement absurde. Il en résulte le mirage d'un bonheur qu'on n'atteint jamais.



Phooka :

Alors,non,non,non, si les éditeurs viennent piquer mes questions, je vais râler !
Bon du coup, je vais pousser le bouchons plus loin: sachant que beaucoup de gens lisent de la fantasy avant tout pour s'évader, oublier le quotidien et prendre une bouffée d'air frais (même si cet air est celui pas si frais l'Olangar :))). N'y a t'il pas un risque que ce côté "politique" puisse en rebuter certains. Y'a t il des limites à ne pas franchir?

Clément :

Sur ta première remarque, je te laisse régler cela en direct avec mon éditeur... mais attention, s'il est l'offensé, il aura le choix des armes ;)


Pour le reste... est-il si sûr qu'on lit de la fantasy (ou de la science-fiction, ou des romans en général) uniquement pour s'évader ? Je n'en suis pas certain. Je pense qu'on cherche souvent à travers la littérature des choses qui nous touchent, des valeurs dont on se sent proche. On est "tenu" par l'intrigue, mais certainement aussi par le "background" et par les thématiques abordées. On lit Victor Hugo pour la puissance romanesque du récit... mais aussi pour sa force sociale et son caractère historique. On lit Jules Verne pour les épopées à travers le ciel et les mers... mais aussi pour l'aspect scientifique des romans. J'imagine donc qu'on lit de la fantasy pour le souffle épique qu'elle peut dégager... mais aussi pour d'autres spécificités. La camaraderie ? Le parcours initiatique ? Peut-être également parfois des choses plus "terre à terre" : la cupidité, l'avidité face au pouvoir...


De fait, je ne trouve donc pas risqué de planter dans un roman de fantasy un décors politique spécifique qui, à bien des égards, ressemble au nôtre. Encore une fois, cela permet de mettre en relief certaines thématiques qui nous sont chères. Cela n'empêche pas de bâtir une intrigue plaisante, articulée autour de personnages emblématiques. Bien entendu, je te le concède volontiers, il est tout à fait possible que certains retours me donnent tort, que l'on dise par exemple qu'Olangar n'est pas assez "dépaysant"... mais tant pis, je crois dur comme fer qu'un auteur doit être libre d'écrire ce qu'il veut.




Chut Maman lit :

Je rebondirai bien sur les questions précédentes. Que ce soit avec Chaos (tome 1 surtout) et Passé Déterré, tu traites de manière extrêmement juste le quotidien pour y ajouter un touche SF ou Fantasy. Est ce que ce coté "réel" est important pour toi ? Que tes histoires se rattachent à une certaine "actualité" ?

Clément :

Bonjour... et merci beaucoup !


Chaque fois que possible, oui, j'aime bien que mes bouquins se rattachent à une certaine actualité. Elle les nourrit. C'est en travaillant dans la presse, du reste, que j'ai eu les idées de base pour Chaos et Passé déterré. Alors oui, le "réel" est hyper important. D'une part, il nous apporte, je trouve, énormément de questionnements et de thématiques, qui sont exploitables dans un roman (par exemple, dans Passé déterré, j'ai essayé d'explorer les non-dits et leurs conséquences à l'échelle d'un village).


D'autre part, il nous fournit très souvent des personnages, ou au moins des anecdotes ou des traits de caractère que l'on peut également utiliser (dans Passé déterré, il y a le pompier taciturne, le "politicien de carrière", l'enseignante engagée dans les actions sociales de son secteur...). Enfin, le "réel" fournit un terreau sans doute rassurant pour le lecteur, ce qui permet de lui donner les codes pour entrer dans le roman... puis de distiller les éléments fantastiques qui font avancer l'histoire.



Fantasy à la carte :

Bonjour Clément, personnellement j'ai découvert ta plume avec Olangar que j'ai dévoré et adoré. Comment l'envie t'es venue de vouloir écrire de la fantasy puisque tu étais plus tourné thrillers fantastiques?

Clément :

Bonjour et... ah que c'est difficile de répondre ! Cette envie m'a pris au moment où je me suis réorienté professionnellement, ça a sans doute été un déclencheur. Certainement aussi que cela est venu de discussions avec mes anciens colocataires, hyper politisés et engagés. Depuis quelques temps, par ailleurs, je pensais à un monde "à la Tolkien", mais plus avancé technologiquement, doté d'un système politique plus complexe, et tourné vers un productivisme chevronné. Cela offrait la possibilité de développer une intrigue à l'accent social. Ca a donné Olangar. Cependant, j'ai essayé de conserver des aspects propres au thriller : une enquête, une vengeance, des personnages (j'espère !) complexes et torturés.


... Au passage, c 'est super chouette qu'Olangar t'aie plu ! :)



Dup :  Ce weekend notre Clément est en salon aux Halliennales, il faudra donc patienter jusqu'à lundi pour vos réponses ;)
Si vous y allez, vous DEVEZ le bisouter pour nous !!!

Chut Maman lit :

Du coup, question hyper importante : Clément, seras-tu aux rencontres de l'imaginaire à Sèvres au mois de Novembre ?? (c'est mon salon de l'année puisque j'ai pas pu aller aux Imaginales ;) )

Clément :

Bonjour.


Alors malheureusement, rien de prévu pour l'instant du côté de Sèvres, navré... mais nous aurons probablement l'occasion de nous rencontrer à une autre occasion : j'ai 33 ans, toutes mes dents, l'envie d'écrire d'autres romans, et j'adore me balader un peu partout en France pour rencontrer auteurs et lecteurs ;)


Dup :

Bonsoir Clément,
Alors justement, et si tu nous proposais ton planning pour les prochaines dédicaces, interviews, salons etc, qu'on les affiche en grand !?

Clément :

Bonjour !

C'est gentil de me faire de la pub' :) Alors voici le programme :
 

* Ce samedi 13 octobre, je serai au Salon du Livre de Vesoul.

* Le 27 octobre, je suis invité à la librairie Decitre de Grenoble en même temps que Lionel Davoust et Thomas Geha, des Editions Critic. A great honor, puisque l'on va tous échanger au sujet de nos bouquins de fantasy respectifs : La Messagère du Ciel pour Lionel, Des Sorciers et des Hommes pour Thomas, et donc Olangar pour moi.

* Le 3 novembre, retour dans ma Franche-Comté natale pour une signature à la Fnac de Belfort.

* Enfin, le 11 novembre, je serai aux Boennales de Saint-Etienne.

* ... et même si c'est dans un petit moment, j'espère bien sûr être aux Imaginales de 2019 à Épinal !


Fantasy à la carte :

Bonsoir Clément, toi qui parle de J.R.R. Tolkien, tu es plutôt Hobbit ou Seigneur des Anneaux?


Clément :

Bonjour. En un mot, ou plutôt en trois, clairement "Seigneur des Anneaux", parce que j'aime beaucoup le traitement qui est fait de la confrérie – donc de la fraternité et de l'entraide - et la manière dont les épreuves peuvent faire voler en éclats la meilleure des ententes...



Sia :

Je plussoie pour la demande sur le planning de dédicaces ! 

Sauf erreur de ma part, tous tes titres sont plutôt pour les adultes. As-tu déjà pensé/envisagé écrire pour des plus jeunes ? (Ados, préados, soyons fous, bambins ?)

Clément :

L'idée m'est déjà venue d'écrire pour un public plus jeune, mais deux choses me retiennent.

La première, c'est la difficulté. Pour moi, écrire "simple", c'est compliqué. Il faut à mon sens un immense talent pour cela. Et ce talent, je suis à peu près certain de ne pas l'avoir. Certains savent passer du "style adulte" au "style enfant" avec une aisance déconcertante. Je pense à certains auteurs / autrices que j'ai eu la chance de rencontrer lors de différents salons. Saurais-je faire aussi bien, toucher autant ? Je suis presque certain que non. J'ai dévoré certaines séries de la littérature jeunesse quand j'avais entre 8 et 12 ans (vous vous souvenez des Conquérants de l'impossible ? De Langelot ? Des mythiques Annie, François, Claude, Mike et Dagobert ? :) ) mais j'ai le sentiment que, si j'essayais de me lancer, certains "codes" me manqueraient.

La seconde raison est que – c'est plus fort que moi – j'ai la tentation très fréquente d'écrire un moins une scène abominable par roman ! Ou, a minima, de rendre atroce une scène qui aurait pu être seulement "dure". Passons, si vous le voulez bien, sur la nécessité de me faire interner... et convenons ensemble que cette envie est assez peu conciliable avec le fait d'écrire pour la jeunesse ;)

Bref, pour l'instant, ce n'est pas très à l'ordre du jour. Mais si ça venait à changer, vous en seriez les premiers informés :)


Chut Maman lit :

Dans le même genre de question as-tu pensé / envisagé d'écrire pour d'autres supports (BD/Manga/jeux vidéo, ...) ?

Clément :

Cela par contre, oui et re-oui, c'est quelque chose que j'adorerais ! Ce qui me plairait le plus, je pense, ce serait d'écrire des scénarios à choix multiples pour des jeux vidéos qui prennent l'histoire pour trame, et de pousser ce concept très loin : pourquoi pas imaginer un jeu avec une vingtaine de fins différentes, où chaque décision oriente le joueur vers un chemin ou un autre, où l'on rencontrera certains personnages dans un cas et pas dans l'autre, où l'on pourra faire basculer le cours des événements... bref, on l'on pourra faire avancer l'uchronie dans un sens ou un autre.

Prenons un grand classique : la seconde guerre mondiale. Que se passe-t-il si Churchill n'est pas au pouvoir au début du conflit ? S'il est assassiné peu de temps après sa prise de fonction ? Si la France décide de ne pas capituler après la débâcle de 1940 ? Si l'Allemagne ne s'en prend pas à la Russie ? Si le Japon n'attaque pas la flotte américaine à Pearl Arbor ? Dans chaque cas, il existe des possibilités infinies. Personnellement, je pense que je m'amuserais beaucoup à explorer tout ça.


Olivier :

Ma participation à la propagation de ce virus Bouhélier ; http://passiondelecteur.over-blog.com/2018/10/retour-du-mois-de.chez-book-en-stock.html

Clément :

Eh bien tout simplement... merci beaucoup !


Paikanne :

Pour rebondir sur ce qui vient d'être dit, j'aime bien que "l'imaginaire" se rattache aussi, d'une manière ou d'une autre, à une certaine réalité (c'est paradoxal, non ?) :-)

Clément :

Oui et non... Un livre, un film ou une oeuvre artistique ont à mon avis pour fonction de nous faire voyager, et pourquoi pas de nous emmener très loin, mais il est nécessaire de conserver des points de repère, ou disons du "réel", des éléments ou des valeurs auxquels on peut se rattacher. Cela nous permet justement d'appréhender le reste.

J'écoutais l'autre jour un podcast de Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort (Procrastination) qui traitait des "bons" et des "mauvais". Cette opposition peut parfois paraître désuète, ou simpliste... mais en réalité, il est nécessaire que l'oeuvre donne des éléments de réponse sur qui est un "bon" et qui est un "mauvais" dans l'intrigue. Sans cette "frontière", il est impossible de définir une "zone grise", ni de créer des personnages troubles.

Prenez Le Trône de Fer par exemple. Bon nombre de personnages de la série sont des salopards et on peut avoir l'illusion qu'il n'existe aucune morale et, au-delà de ça, aucun "code" qui permette de discerner les bons des mauvais. Et pourtant, c'est bien le cas. Même dans ce monde très brutal, il existe des "lignes" que nous sommes capables d'identifier en tant que spectateurs : les personnages les franchissent ou pas, ce qui nous permet de poser un jugement sur eux.

Tout ceci pour dire que le "réel" est à mon avis nécessaire, même dans la SF, la fantasy et le fantastique.



10 commentaires:

  1. Bonsoir Clément,
    Alors justement, et si tu nous proposais ton planning pour les prochaines dédicaces, interviews, salons etc, qu'on les affiche en grand !?

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  2. Je plussoie pour la demande sur le planning de dédicaces !

    Sauf erreur de ma part, tous tes titres sont plutôt pour les adultes. As-tu déjà pensé/envisagé écrire pour des plus jeunes ? (Ados, préados, soyons fous, bambins ?)

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    1. Dans le même genre de question as-tu pensé / envisagé d'écrire pour d'autres supports (BD/Manga/jeux vidéo, ...) ?

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  3. Ma participation à la propagation de ce virus Bouhélier ; http://passiondelecteur.over-blog.com/2018/10/retour-du-mois-de.chez-book-en-stock.html

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  4. Pour rebondir sur ce qui vient d'être dit, j'aime bien que "l'imaginaire" se rattache aussi, d'une manière ou d'une autre, à une certaine réalité (c'est paradoxal, non ?) :-)

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  5. surtout n'écrivez pas pour la jeunesse, les ados ou les YA, il me semble qu'on est submergés de titres alors que la bonne SFFF adulte est plus rare, je suis avec intérêt le jeu des questions-réponses de cette interview et je n'en conclus qu'une chose, je vais approfondir ma connaissance de vos univers et lire Chaos... mais je pense que Torgend et Evyna n'ont pas dit leur dernier mot et que des personnages secondaires ont eu aussi des aventures à vivre! merci

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    1. et le lien vers mon billet https://ocommecolomb.blogspot.com/2018/09/le-mois-de-clement-bouhelier.html

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  6. Bonjour Clément,

    J'arrive après le début des hostilités mais je viens de rattraper mon retard. Je vois qu'il y a déjà eu des questions et des réponses très intéressantes ! J'ai été très ravie de faire connaissance avec ta plume et tes univers dernièrement au travers de Passé déterré et Olangar.

    Même si du coup comme tu le soulignes dans une réponse ici tes romans ont tous une base assez thriller, as-tu préféré explorer ces enquêtes dans le monde réel ou dans l'univers de fantasy qui, peut-être (ou pas) laisse plus de liberté ?

    Je rebondis aussi sur le métier de ta compagne qui me touche puisque je travaille moi-même dans l'environnement. Comme Olangar est assez engagé du côté politique, est-ce que la thématique environnemental (qui est aussi politique pour le coup) t'inspirerait pour un prochain roman ?

    Bon dimanche ^^

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  7. Bonjour Clément,
    En attendant de recevoir Olangar, peux-tu un peu nous parler de ta routine écriture. Quand est-ce que tu écris? Plutot la nuit, la journée, entre les 2? dans le silence ou en musique? Sur ordi ou sur papier? En grignotant? Et dans un autre registre, quel a été ton parcours entre le moment où tu as écrit ton 1er roman et le moment où tu l'as enfin tenu en main? (l'envois du manuscrit, la réponse d'un édition, as-tu ton mot à dire sur le titre final, sur la couverture?)
    j'abuse des parenthèses je sais, j'ai des questions dans les questions et je triche, j'assume ! et du coup on se verra peut être aux prochaines imaginales alors, ça serait cool :)

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  8. Hello Clément,

    Moi je vais compléter la question de Régina Falange.
    Besançon, Lyon... comment as-tu atterri à l'autre bout de la France aux éditions Critic de Rennes ?

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