mardi 16 octobre 2018

[Audio] GAGNER LA GUERRE de Jean-Philippe Jaworski (Phooka)





Durée : 35 h et 54 min

Version intégrale Livre audio

Date de publication : 02/06/2016
Langue : Français
Éditeur : Audible Studios





"Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon...". 



Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l'écriture inimitable de l'auteur des nouvelles de Janua vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable.







Quelle claque! Bon sang quelle claque j'ai pris avec ce "Gagner la guerre", une grosse mandale version Benvenuto en plein dans la tronche. Du genre qui assomme, qui sèche sur place !


Tout le monde, absolument tout le monde ne dit que du bien de ce roman et de monsieur Jaworsky en général. C'est à un point tel que je me suis dit qu'il devait y avoir une cabale, un truc louche, un coup monté. Y'avait anguille sous roche. C'était pas net quoi. Du coup, quand je me suis mise à l'audio j'ai voulu découvrir ce titre là en particulier, parce qu'en plus d'être un "putain de roman" il paraît que le narrateur est un "putain de narrateur". Ça commence à faire beaucoup non ? A tel point que je flairais une arnaque, j'étais persuadée que j'allais jeter l'éponge rapidement. J'en étais quasi sûre ... mais non !

Tout ce qui se dit est vrai (le putain de bouquin, le putain de narrateur)! Et même plus que ça, parce que je ne trouve pas les mots. J'écoutais le livre cet été quand je faisais mes ballades matinales pour me maintenir en forme. Et au fil des ballades et de mon écoute, les distances s'allongeaient. Non pas que je sois une fan de sport, non loin de là, mais je ne voulais pas quitter Benvenuto.

Alors non, je ne vais pas vous raconter l'histoire, car Dup le fait déjà très bien dans sa chronique. Sachez juste que suivre Benvenuto est un plaisir de tous les instants. Enfin plaisir c'est quand même un mot un peu mal choisi, car le pauvre Benvenuto en voit de toutes les couleurs. Mais à travers lui, c'est en fait son maître que l'on suit, le podestat Leonide Ducatore, le dirigeant de la cité de Ciudalia, dont Benvenuto est l'exécuteur des basses oeuvres. Alors oui, on suit Benvenuto, dans ses aventures ou plutôt mésaventures d'ailleurs, mais à travers lui c'est toute la manipulation exceptionnelle du podestat que l'on suit. Il tire toutes les ficelles. Tout est prévu, minuté, scrupuleusement étudié. Chaque réaction, chaque destin, chaque parole. Le pauvre Benvenuto n'est qu'une marionnette. Certes une marionnette pas toujours aisée à manipuler, néanmoins rien ne peut arrêter l'extraordinaire machination de son patron. Un patron d'ailleurs suffisamment malin pour laisser à Benvenuto (et aux lecteurs par la même occasion) l'impression qu'il peut prendre son destin en main ...

C'est grandiose, traité de façon magistrale aussi bien dans la description de la ville, de la façon de vivre, des décors que dans la gestion des personnages, plus grands que nature ! Et ne parlons pas de la trame du récit, d'une complexité hors norme et dont les fils apparaissent petit à petit, dévoilés au rythme de l'intrigue, vous emmenant parfois dans de fausses directions pour mieux vous ligoter. Vous êtes prisonnier du récit et votre destin est inexorablement lié à celui de Benvenuto.

Quant au narrateur de cette version audio ... Je ne saurais qualifier son talent. Ses intonations permettent de tout ressentir. La douleur, la détresse, la machination. Tout y est. Pour moi, cela ne fait aucun doute Jean Christophe Lebert EST Benvenuto. Si Benvenuto était parmi nous, il aurait cette voix et nulle autre. Sans compter que ce narrateur passe d'un personnage à l'autre avec une facilité déconcertante et une réussite parfaite !

Que dire de plus ? Je me demande si j'aurais autant aimé le roman que l'audio. Oui j'en suis à ce point. Le couple Jaworsky/Lebert fonctionne tellement bien que le récit en est magnifié. A la fin du roman, quand les derniers mots se sont éteints, j'en suis restée sous le choc, incapable de réagir, incapable de me dire que c'était fini. Les heures passées avec Benvenuto qui me parlait, oui qui me parlait à moi, Phooka, ne pouvaient pas prendre fin comme ça. C'est trop dur, comme si un ami me quittait. J'en avais les larmes aux yeux. C'est vous dire si j'ai aimé cette écoute !

Comme je le disais au début de cette chronique:

"Un putain de bouquin, et un putain de narrateur".

Écoutez donc ce roman, faites entrer Benvenuto dans votre tête avant qu'il ne vous refasse le portrait. Croyez-moi, vous n'en ressortirez pas indemne !



lundi 15 octobre 2018

LES NUAGES DE MAGELLAN de Estelle Faye





Éditions Scrineo
275 pages
21 euros


4ème de couv :

27ème siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont désormais les Nuages de Magellan. Mais les explorateurs ont cédé le pas aux toutes puissantes Compagnies…

Sur l’un des derniers planétoïdes terraformés de la galaxie, Dan, une jeune serveuse, chante le blues dans un bar miteux, tout en rêvant de partir vers les étoiles. Elle est fascinée par Mary, une cliente mystérieuse dont on murmure qu’elle aurait été membre de la « grande piraterie ». Car un mythe court la galaxie : sur une planète soigneusement dissimulée, les derniers pirates auraient créé une république idéale. Et si c’était vrai ?

Mary espère qu’on l’a perdue de vue. Mais on n’échappe pas aux limiers des Compagnies… Dan, elle, rêve d’aventures. Elle va être servie !








Voilà plus d’une semaine que je sèche lamentablement devant mon cahier de chroniques, échouant à parler de ce livre. Pourtant lu en même pas deux jours, je l’ai adoré. Vous le savez, c’est loin d’être ma came le Space-Opéra, mais Estelle Faye campe des personnages qu’on ne peut qu'aimer, une histoire entraînante et cela a suffi à m’embarquer !

Et puis «embarquer» a été le déclic. Et donc me voilà, moi, Dup embarquée clandestinement dans un vaisseau spatial, accolée au sort de Dan fuyant son astéroïde natal. Pas qu’elle le regrette hein, au contraire, elle y a rêvé tant de fois en abreuvant les spatiaux le soir au Frontier. Elle avait une vie bien creuse Dan, serveuse dans ce bouge, occasionnellement chanteuse. Et tout vient de basculer : une rebellion des pilotes pour un peu plus de liberté écrasée dans le sang par les Compagnies et holotransmise en direct, un peu trop d’alcool pour oublier les rêves avortés, un chant improvisé contre l’oppression qui a été filmé et devient viral, un mandat d’arrêt immédiat aux fesses.

Liliam, qui se faisait appeler Mary durant 4-5 ans qu’elle squattait le Frontier et son champ derrière avec son vieux vaisseau spatial tout rouillé, sait qu’elle doit partir suite aux infos. Et c’est dans son vaisseau que Dan et Dup se sont faufilées.

Bon ma logorrhée s’emballe n’est-ce pas… Mais je vous rassure, là je ne vous ai parlé que des trois premiers chapitres : 3 sur 27. Juste trente pages car les chapitres sont très courts, imprimant un rythme dingue aux aventures qui vont suivre.

Pour le coup, elle va être servie Dan, elle qui en rêvait en lisant seule dans sa chambre des vieux livres papier sur les pirates de l’espace. Embarquée avec Liliam ! La Liliam Rochelle, dernier capitaine du Carthagène, le vaisseau pirate le plus connu de la galaxie. Sans doute la dernière personne à savoir où se trouve Carabe. La mythique Carabe, la planète cachée des pirates. Des étoiles dans les yeux Dan va suivre Liliam. Avec elles nous allons aller de planètes en astéroïdes, pour fuir les Compagnies, pour rechercher la mémoire effacée de Liliam. Pour découvrir si Carabe est un mythe ou une réalité.

Alors oui, ces vaisseaux spatiaux avec une technologie futuriste (même rouillée) ne sont pas franchement ma tasse de thé. Vrai également que je préfère me frotter aux écailles d’un dragon qu’au moteur puant et bruyant d’une navette. Et pourtant, des tas de petits détails m’ont fait sourire, comme les écosystèmes embarqués pensés par Estelle... et que je vous laisse découvrir ! J’adore !

Et puis, encore et toujours, ces personnages féminins si forts, si beaux, si vrais. La jeune Dan, serveuse et lectrice, rêveuse. Qui ne sait pas bien où elle va, mais qui sent son rêve s’approcher, se concrétiser et qui va s’y accrocher. L’indépendance, la liberté, mais à quel prix ? La beaucoup plus âgée Liliam, qui sur le papier devrait l’être encore plus. Qui se raconte, qui cherche dans ses souvenirs effacés et qui déterre des pans de tristesse, d’espoirs souvent avortés, son amour pour Sol la cyborg tatouée, sa tendresse pour Dan… Je me suis sentie bien plus en phase avec elle, la sentant bien plus profonde, plus…humaine ?

Estelle nous entraîne derrière son intrigue déroulée à la manière d’une enquête : pourquoi Carabe a-t-elle été cachée, comment et où ? Cela va vite, très (trop ?) vite, car ce roman est court. La fin, qui en est vraiment une, en devient frustrante car on n’en reprendrait bien autant. Parce qu’on s’est régalé. Parce qu’on est fan tout simplement.

vendredi 12 octobre 2018

DE MON SANG tome 5 d'Amanda Hocking


Tome 5: Ultime


Editions Milady
Collection bit-lit
7.90 euros
383 pages
Parution : 19/09/2018


On ne peut effacer le passé…

Plus de cinq ans se sont écoulés… Alice vit en Europe, à Amsterdam. Désormais chasseuse de vampires au sein d’une agence, elle tente de mener une existence stable avec son petit ami Jack. Pas facile, quand des vampires qui prennent les humains pour du bétail ont décidé de refaire surface… Et la tranquillité d’Alice s’évanouit pour de bon lorsque la jeune femme reçoit en rêve un terrifiant message, un message qui la conduira jusqu’en Irlande afin d’élucider le meurtre d’Élise, l’âme sœur de Peter. Ce dernier trouvera-t-il enfin la paix ?





Bon,bon,bon ...

Alors que j'ai vraiment pris du plaisir à lire les quatre premiers tomes de la saga, je dois reconnaître que je trouve celui-ci totalement dispensable.

L'action se passe 5 ans après la fin des évènements du tome 4. La cellule familiale/vampirique si soudée au début de la série s'est disloquée, mais pas totalement. Chaque "sous groupe" a trouvé son équilibre et reste en contact avec les autres. La preuve, le mariage de Milo et Bobby les réunit tous.

Alice est devenue une chasseuse de vampires, une excellente chasseuse, un peu la Buffy du coin, sauf qu'elle est elle-même vampire. Elle est aidée de Bobby, toujours humain. Jack a ouvert un magasin de BDs, Milo suit des cours de cuisine, Mae et Ezra sont revenus ensembles. Bref chacun a réussi à travailler dans un secteur qui le passionne ou à trouver son équilibre. Reste Peter, toujours et encore Peter, mon personnage favori de la série, et totalement sous-exploité. Cet "ultime" tome va nous permettre d'en apprendre plus à son sujet et surtout de verser quelques larmes.

Bien que non dénué d'intérêt, tout ceci m'a semblé un peu creux, un peu surfait ou surjoué, je ne sais pas vraiment comment exprimer mon ressenti. J'aurais préféré ne pas lire ce tome 5 je pense, même si je ne l'ai pas détesté. Il ne m'a rien apporté. En fouinant un peu sur le net, j'ai vu qu'il s'est fait attendre, que l'auteur n'avait pas l'intention de l'écrire à la base et je suppose que  c'est sous la pression des fans qu'elle s'y est résolue et quelque part c'est ça que l'on ressent. Amanda Hocking aurait même dit que si elle écrivait un tome 5 , il ne serait pas à la hauteur des quatre premiers. Je ne sais pas si cette déclaration est vraie ou si c'est un hoax, mais ce qui est sûr c'est qu'elle se vérifie.

Bref, je n'ai pas envie de m'étendre sur cet opus, alors je vais m'arrêter là et vous dire simplement que les quatre premiers tomes de la série sont vraiment très sympas et vous feront passer un agréable moment. Je vous laisse juge si vous avez envie de continuer l'aventure avec ce tome 5. J'en ai lu de très bonnes critiques et de moins bonnes, je suis personnellement mitigée, donc c'est entièrement dépendant du lecteur. A vous de voir ! :)


Si vous avez raté le début:





jeudi 11 octobre 2018

[Audio] LE LION DE MACÉDOINE # 2 de David Gemmell



LE LION DE MACÉDOINE






Série : Le Lion de Macédoine, livre audio 2
Durée : 19 h et 47 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 03/04/2017
Langue : Français
Éditeur : Hardigan


Deux âmes pour un seul corps, ombre et lumière... Telle est la malédiction du prince Alexandre, qui doit lutter pour ne pas succomber à l'Esprit du chaos, comme a déjà succombé son père Philippe de Macédoine. Lancés à sa recherche après son enlèvement par les serviteurs du Dieu noir, le général Parménion et l'assassin Attalus poursuivent leur quête jusqu'au royaume des dieux et des héros...






/!\  Spoil sur les tomes précédents

Cette deuxième intégrale d’Audible correspond aux tomes trois et quatre intitulés Le prince noir et L’esprit du chaos.

Avec la participation pour le moins active de Parménion dans la conception du fils de Philippe II, Alexandre, Gemmell prend définitivement ses aises avec l’Histoire… Mais on s’en moque complètement n’est-ce pas car c’est de la Fantasy que l’on lit ici ! Et effectivement, autant celle-ci était ténue lors de la première intégrale, autant dans cette seconde partie on s'y ancre définitivement. Elle est amenée de façon tout à fait naturelle par un premier voyage de Parménion au pays d'Hadès afin de sauver l'âme de l’enfant à naître dont le Dieu du Chaos cherche à s’emparer. Parménion aidé d’Aristote et de Tamis vaincra, mais pas totalement…

On suivra ensuite l’enfance d’Alexandre, qui nous permettra d’apprécier son intelligence et sa lutte de tous les instants contre les forces du mal qui l'habitent : c'est bien le prince noir. Puis Alexandre est enlevé, et pour le retrouver Parménion encore aidé d’Aristote, devra passer un portail et changer de monde. Un monde parallèle, dans lequel il affrontera Philippos, roi de Macédoïne qui sème la terreur sur tous les peuples de l'Égéa (dans laquelle on retrouve Athènes, Thèbes, Sparte etc.). Ce monde c’est aussi celui de l’enchantement, même si celui-ci se meurt à cause des guerres de Philippos. Centaures, minotaures, gorgones, satyres, etc... on retrouve tout le bestiaire de la mythologie antique aux premières loges, pour notre plus grand plaisir.

Le parcours de Parménion pour retrouver, puis libérer Alexandre ne sera pas aisé, vous vous en doutez bien, mais je le tairai  complètement pour vous laisser savourer l’esprit machiavélique de David Gemmell. Grandes batailles et ruses tactiques seront au programme bien évidemment. La dualité entre les deux mondes parallèles est vraiment savoureuse !

La dernière partie est consacrée au règne d’Alexandre, revenu dans son monde. Son accession au trône, ses ambitions de conquête, secondé par le désormais vieux général Parménion. Et sans cesse, dans l’ombre, le Dieu du Chaos qui interfère inlassablement…

Malgré pas mal de digressions, David Gemmell arrive à coller au mieux à la légende d’Alexandre le Grand que l’on connaît aujourd’hui, tout en faisant une part belle au général Parménion, l’oublié de l’Histoire avec un grand H. L’auteur mêle avec brio l’historique et le mythologique dans un récit riche et dense. Ce mélange des genres fait en revanche que ma comparaison initiale avec la trilogie Troie n’a plus lieu d’être. Cette deuxième intégrale se laisse conter par Nicolas Planchais qui je trouve, excelle à trouver le juste ton pour nous lire du Gemmell. Ce fut une écoute passionnante et j’en redemanderai bien une autre série ma foi. Des fois que vous ne l'ayez pas remarqué, j’aime toujours autant David Gemmell. =D


David Gemmel sur Bookenstock c'est aussi :

mercredi 10 octobre 2018

UN GRAND FEU DE JOIE - Partie 3/5








Partie 3/5







Ils pénétrèrent dans la bibliothèque en soufflant.

― Déposez le tonneau ici, ordonna Hert en désignant le centre de la pièce. Puis allez retrouver le chef de garde et les autres, je m’occupe du reste.

Les soldats s’épongèrent le front. La montée des escaliers avec l’énorme contenant n’avait pas été facile. Ils le firent rouler à l’endroit indiqué, puis reculèrent de quelques pas, comme si un mauvais esprit s’élevait au-dessus des planches cerclées de fer. Hert s’avança au milieu des étagères de livres. Quelques titres lui sautèrent aux yeux.

Traité de médecine d’Arman Descarion. Récits de guerre de Germin II. Mémoires de…

Locanentes, vous êtes sûr de ce que vous faites ?

Il tourna la tête. Jusqu’à présent, comme prévu, les gars n’avaient pas posé de question. Mais inévitablement, ils avaient deviné ce qui allait se jouer.

― Tout ira bien. Installez l’échelle de corde dans la chambre de Malek. Attachez-la au pied du lit s’il le faut. Et n’oubliez pas le cheval au pont des daims.

Tandis qu’ils se dirigeaient vers la petite pièce, le gendre de Merillac évalua les distances. Environ quinze mètres de traînée de poudre : c’était faisable. En fait, c’était même simple. En barricadant la porte du scrimvero, il bloquerait la voie aux orcs, et il aurait largement le temps de mettre le feu avant de s’échapper par la fenêtre. En quelques secondes, il toucherait terre. Ne resterait plus qu’à disparaître dans le petit bois tout proche, tandis que l’étincelle filerait vers le tonneau. Il devrait se contenter du bruit de l’explosion. Les camarades en revanche, depuis la route de Grignard, profiteraient du spectacle. Sans doute même qu’Hémon d’Enguerrand verrait les fumées depuis les monts du Sommeil.

Hert pouvait assurer l’affaire en faisant serpenter la poudre au sol – de quoi gagner quelques secondes de plus – et en disposant une partie de la matière sur les étagères. De cette manière, il multipliait les chances de provoquer un incendie rapide et violent. Le meilleur endroit ? Son regard tomba sur le rayon où Malek avait rangé les livres qui traitaient des comptes de la province.


Je commencerai par là. Qui ouvre des livres de compte ?


Le lèniste aurait rétorqué que l’on pouvait aussi découvrir l’histoire des Enguerrand à travers ces lignes de nombres.


Le grand-père d’Hémon a instauré la taxe sur les grandes parcelles : de quoi financer la construction des forges et des écuries de Delac et Cobriau. Et après lui, son fils a augmenté cet impôt pour permettre l’édification de cette tour. À l’époque, ce chantier représentait un tour de force architectural. Des artisans et des maçons sont venus de toutes les provinces et même d’Olangar… Tout est écrit là.


Hert ferma brièvement les yeux. Oui, il placerait de la mixture explosive sur les étagères des livres de comptes. Il se servirait de papier déchiré et chiffonné pour compléter la traînée de poudre. Pour ce qui était du scrimvero, inutile de s’embarrasser : pour obtenir le combustible nécessaire, il suffirait de faire basculer les deux grandes armoires qui contenaient les notes de Malek sur la vie quotidienne du domaine.


Il m’a expliqué une fois que cela lui tenait à cœur… qu’il écrivait chaque jour, même quelques lignes.


Depuis leur éviction à la tête de l’Université d'Olangar, qu’ils avaient administrée durant cinq siècles, les prêtres lènistes s’étaient dispersés dans le royaume. Ils avaient créé des bibliothèques et des écoles. Ils entretenaient avec la connaissance un rapport étroit, et leur credo les poussait à être des professeurs pour la population. Le plus souvent, ils obtenaient peu de résultats : il n’était pas facile de convaincre des familles d’envoyer leurs enfants étudier au lieu de travailler dans les champs ou les manufactures. Peu à peu, l’influence des lènistes s’était faite plus discrète. Les responsables de l’ordre peinaient à recruter de nouvelles ouailles. Cependant, toujours plongés dans ces ouvrages qu’ils faisaient venir de tout le monde connu – y compris des contrées elfiques –, ces prêtres hors du commun fascinaient le petit peuple. Ils éveillaient parfois les consciences, Hert le savait. Sa propre mère avait bénéficié de quelques apprentissages en mathématiques. Cela lui avait permis de continuer à gérer la boutique de son époux quand celui-ci était décédé prématurément. De fait, elle avait insisté auprès de ses fils pour qu’ils s’initient à la lecture.

Hert avait détesté ce moment de sa vie. Il avait plusieurs fois craché à sa mère que les petites lettres des lènistes ne remplissaient pas les assiettes. Systématiquement, elle lui avait fait la même réponse.


Plus tard, peut-être, tu me remercieras.


Aujourd’hui…, il ne savait pas. Il avait passé peu de temps dans ce lieu, même s’il appréciait bien Malek. Il le trouvait dévoué, attentif aux besoins des gens du hameau. Un instant, le locanentes laissa son regard errer sur les livres. Si le métier des armes l’avait moins accaparé… Peut-être…

Locanentes ? Vous allez bien ?

Le jeune chef du mur nord tiqua comme si une guêpe s’était posée sur son cou. Les deux hommes avaient installé l’échelle de corde. Ils étaient de retour dans la bibliothèque.

― Ici, tout ça… insista le soldat. Vous êtes certain que…

Son compagnon hésita avant de lâcher quelques mots à son tour.

― Je me rappelle bien de cet endroit. Mon frère y venait. Le prêtre lui montrait des gravures sur l’agriculture et sur les nouvelles machines qu’on utilise à Olangar.

Hert se força à répondre d’une voix glaciale.

― Tristan, nous parlerons de ton frère une autre fois. Faites ce que j’ai dit : rejoignez vos camarades en bas.

Comme il l’avait affirmé à son beau-père, il avait passé toute sa vie sur ces terres. Elles étaient la source de ce qu’il possédait, de ce qu’il était devenu. Laisser tomber le pays aux mains des barbares venus de l’ouest sans en tuer un seul… Par le sang des trois dieux, c’était hors de question. Ce serait pour les hommes surpris à Ymer et à Angerac. Pour tous ceux que la horde massacrait sur son passage.




***




― Nous y sommes, ceannere.

Il n’était que temps. La nuit était là. Le messager avait annoncé trois heures avant l’arrivée de l’avant-garde des orcs. Deux s’étaient écoulés depuisqu’il avait dépassé le mur d’enceinte au galop. Il fallait faire vite.

― On allume les torches ?

― Surtout pas ! grogna Merillac. Si la charogne verte repère les feux, on risque gros. Nous connaissons la route et avec un peu de chance, la lune daignera se montrer. En selle !

Les derniers chevaux avaient été sortis des écuries. Plusieurs étaient harnachés aux chariots. Le chef de garde mit le pied à l’étrier. D’un bond, il fut sur le dos de sa monture. À présent, une fumée fine s’échappait de sa bouche quand il respirait. Le froid était arrivé en même temps que l’obscurité. Les soldats sautèrent en selle à leur tour, et les paysans grimpèrent sur les carrioles. Le messager porteur de la mauvaise nouvelle tenait à peine sur sa bête. Il était toujours très pâle.

― Allons, en avant !

La petite troupe s’ébranla et prit la direction de la grande porte. Au-delà s’ouvrait la route du hameau. En bifurquant vers l’ouest puis vers le sud, les hommes atteindraient les monts du Sommeil en quelques heures. Il était improbable que les orcs suivent les fuyards jusque-là : au pied des montagnes, l’épaisse forêt d’Engre offrait une protection efficace. Aucune armée ne pouvait s’y aventurer sans risquer de s’y perdre. De surcroît, elle pourrait péniblement progresser sur les sentiers étroits qui serpentaient vers les hauteurs.

Devant le convoi, Merillac se retourna une dernière fois. Il regarda le domaine, les murs de la maison forte et la tour.


Hert.


Il était encore temps. Gravir les étages, intimer au soldat de tout arrêter.


Je n’étais pas lucide quand on s’est parlé dans les catacombes, je…


Ceannere ! Droit devant !

Le chef de garde tourna la tête. Face à lui, presque sous la porte, une dizaine d’yeux jaunes perçaient l’obscurité.




***




Au sol, la poudre ressemblait à une ligne de suie discrète.

Hert ne s’était pas résolu à y ajouter du papier déchiré. Un moment, il avait avancé la main vers un livre.


Voyages vers les duchés du Continent.


Le jeune soldat avait reculé, comme si une force le repoussait. À présent, il se tenait devant le bureau du scrimvero. Les dents serrées, il fixait les étagères de bois qui contenaient les notes de Malek. Le lèniste avait élégamment relié ses ouvrages au moyen de cuir souple. Malgré la nuit tombante, les couleurs se distinguaient encore. Le rouge noble. Le jaune soleil. Sur l’un des livres, le prêtre avait même reproduit l’emblème d’Olangar, un aigle représenté de profil. Il s’était lancé dans l’écriture d’une histoire du royaume. Il n’en était qu’aux prémices et il manquait de temps. Mais un jour qu’il en discutait avec Hert, il lui avait confié que si lui n’achevait pas l’ouvrage, d’autres le feraient.

― Il n’y aura pas ton nom dessus alors ?

― Peut-être pas, et qu’importe ? Les écrits sont tout ce qui compte.

Oui. Peut-être. Le locanentes n’avait jamais réfléchi à la question. À cet instant, quelque chose en lui le regrettait. Il dut se faire violence pour saisir l’une des armoires à deux mains et la faire basculer vers l’avant. Le bois rencontra le bois dans un fracas de tonnerre. Des dizaines de livres tombèrent ouverts sur le sol. Malgré lui, Hert grimaça. Il recula de trois pas et contempla le scrimvero dévasté. Puis il regarda la deuxième étagère.

― Que fais-tu là malheureux !

Le soldat fit volte-face. Malek Roken se tenait dans l’embrasure de la porte.




***

La suite mercredi prochain





mardi 9 octobre 2018

MAGE DE BATAILLE de Peter A. Flannery



Tome 1


Editions Albin Michel
Collection Imaginaire
Parution: 26/09/2018
Traduction: Patrice Louinet
24 euros
538 pages


Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l'armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l’écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l'amener aux marges du désespoir : il va entrer à l'académie de la guerre, une école d’excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine.

Le monde brûle ; seul un mage de bataille pourra sauver ce qu'il en reste. Falco réussira-t-il à libérer son pouvoir, à invoquer un dragon à sa mesure ou succombera-t-il à la folie... comme son père ?





La première fois que j'ai entendu parler de ce roman, c'est Mathieu Betton, notre "libraire de chez Decitre" qui en a donné un avis enthousiaste sur facebook. Curieuse, car je ne connaissais ni l'auteur, ni la collection, je suis allée à la pêche aux informations. Effectivement Albin Michel lançait une collection dédiée à l'Imaginaire. Date du lancement: 26 septembre 2018. Et cette collection démarrait avec trois titres dont celui-ci. Un nouveau venu dans l'Imaginaire, rien ne pouvait me faire plus plaisir !! Et quand j'ai lu le pitch de Mage de Bataille, je savais qu'il me fallait le lire ...




La couverture m'a tout de suite attirée. La "dentelle blanche" (dixit Dup) rend assez bizarre sur les photos, mais super bien en réalité. Un côté Old School/grimoire qui colle très bien à la collection. J'ai ouvert mon livre à peine reçu, j'ai commencé à le lire, puis très vite à le dévorer ...

C'est d'ailleurs étrange quand j'y pense, car tout dans ce roman est très classique. Nous n'avons pas à faire avec de la fantasy révolutionnaire ou matinée de science-fiction, non, c'est de la fantasy pure et dure. Avec des dragons, de la magie et des chevaliers. Oui mais, qu'est ce qui fait que cette lecture m'ait captivée à ce point ? Sans aucun doute l'attachement aux personnages. Car ils sont incroyablement puissants et attachants. Quand je dis "puissants" je ne parle pas en terme de capacité guerrière ou de magie, non, je pense à la puissance des émotions qu'ils suscitent dans le petit coeur des lecteurs ...

Venez donc rencontrer Falco, un grand adolescent, gringalet, souffreteux à qui il ne reste sans doute que peu d'années à vivre à cause de la phtisie qui le ronge depuis tout petit. Falco est orphelin, il vit en tant que serviteur dans la maison de Siméon, un ancien mage de bataille, retraité par force suite à de graves blessures. Mais au fait c'est quoi un mage de bataille ? Si je vous dis un mage qui participe aux batailles, vous allez râler je le sens ... En fait un mage de bataille est capable d'invoquer un dragon de "je ne sais où" et ce dragon fait communion avec le mage qui l'a invoqué. A la guerre ils sont quasiment invincibles, même quand l'armée en face est constituée de possédés dirigés par un démon. Ce sont même les seuls qui soient capables de s'opposer à une telle armée. Mais attention, il y a une limitation. Si le dragon est noir ou devient noir alors il est incontrôlable et il faut le tuer sous peine de le voir détruire tout autour de lui. Et c'est d'ailleurs ce qui est arrivé au père de Falco, grand mage de bataille qui a sombré dans la folie quand son dragon est devenu noir. Falco a donc un lourd héritage à porter. Sa maladie bien sûr, mais ça c'est presque anecdotique. Non, ce qu'il doit porter est bien plus lourd. Il porte la malédiction de son père, la culpabilité d'être le fils d'un fou qui a provoqué des milliers de morts.

Heureusement Falco n'est pas seul. Son meilleur ami c'est Malaki, le fils du forgeron de Caer Dour. Malaki est un solide gaillard, il voue une amitié sans faille à Falco et c'est d'ailleurs réciproque. Malaki a un rêve, celui de devenir chevalier et il s'entraîne au combat dès qu'il le peut. Il est d'ailleurs particulièrement doué.

Une armée de possédés s'approche justement de Caer Dour avec un puissant démon à leur tête. Si elle arrive jusqu'à la ville, rien ne pourra sauver les habitants qui comptent donc sur la venue d'un mage de bataille pour stopper la progression du démon. Malheureusement tout ne se passera pas comme prévu, et Falco y sera grandement pour quelque chose ... La population doit fuir sa propre ville..

Bref, je ne vais pas vous raconter tout le roman. D'abord parce que je ne saurais pas le faire correctement, ensuite parce que ce n'est pas le but d'une chronique. Mais je me rends compte que je me suis laissée emporter par le fait de raconter l'histoire, parce que cela me permet de m'y replonger avec délice.
Comme dit plus haut, les personnages sont incroyablement attachants. Je ne vous ai parlé que de Falco et de Malaki, mais il faudrait aussi citer Bryna, un sacré bout de bonne femme, d'Alex, de Sir William, de Mérédith ou d'Aurélian. Tous ont leur place dans le récit, tous sont parfaitement brossés par l'auteur, tous ont leurs forces et leurs faiblesses. Bryna, jeune noble archère, enrôlée dans l'armée et qui doit apprendre à vivre avec des rustres. Alex, un jeune homme timide et bavard qui va diriger une armée. Sir William, le grand chevalier si fier et puissant, Mérédith le thaumaturge qui se retrouve à aider Falco. Bref, je ne vais pas lister tout le monde.

Oui il y a un côté Harry Potter dans ce récit (mince j'ai lu ça dans une chronique mais je ne sais plus chez qui: qu'il ou elle se dénonce pour que je puisse citer :)). Parce que Falco va intégrer l'école militaire, une école dure qui forme l'élite et justement Falco à un immense pouvoir, mais il ne le maîtrise pas. Il a un blocage, la peur de devenir comme son père. Alors Falco va essayer d'apprendre mais c'est loin d'être gagné. D'autant plus qu'il n'est pas forcément le bienvenu. Il est le fils d'un mage fou. Il fait peur et le pire c'est que Falco comprend que les gens aient peur de lui, puisque lui-même se fait peur.

Bon je vais arrêter de vous saouler avec cette chronique. Sans doute une des pires que j'ai écrite parce qu'elle part dans tous les sens. Il y aurait tellement de choses dont je voudrais vous parler. Je pense vraiment que le mieux c'est que vous lisiez le roman et que vous veniez en discuter avec moi. J'adorerais ! Vous verrez, le style, les personnages, le monde et puis les dragons. Mais oui je n'ai pas parlé des dragons: puissants, orgueilleux et bienveillants tout à la fois. Avec une âme d'une profondeur extrême. Que se passe t'il quand ils deviennent noirs? D'où viennent t'ils? Pourquoi aident-ils les humains? Pourquoi les mages de batailles arrivent-ils à les appeler ?
Beaucoup de questions qui je l'espère commenceront à trouver leurs réponses dans le tome 2 qui doit sortir en janvier 2019.

En attendant, je ne peux que vous conseiller de découvrir Mage de bataille. Faites connaissance avec Falco et tous ceux qui l'entourent, venez chevaucher les dragons, combattez les possédés et les démons. Vous ne le regretterez pas et vous en ressortirez probablement aussi enthousiaste que moi. Mage de bataille c'est de la fantasy classique, oui mais de la sacrément bonne ! Vous m'en direz des nouvelles !


lundi 8 octobre 2018

JIVANA de Nadia Coste





Éditions ActuSF
Collection Naos
392 pages
15,90 euros


4ème de couv :

Jivana est une jeune fedeylin qui porte en elle un joli secret : depuis toute petite, elle partage son corps avec l’esprit d’une déesse qui a échoué à se réincarner. Les deux âmes, loin d’être concurrentes, sont devenues amies et même un peu plus.
Alors que des nuées d’insectes obscurcissent le ciel et imposent une nuit sans fin, le désespoir frappe leur village. Jivana et sa déesse partent à la recherche d’une solution pour que l’astre du jour brille enfin à nouveau. Une quête périlleuse qui les changera à jamais...






Le voilà celui que j’attendais depuis tellement longtemps ! Depuis décembre 2012, c’est vous dire ! Depuis que Nadia Coste avait mis un point final à sa série en quatre tomes des Fedeylins qui m’avait tant enchantée. Retrouver donc ces petits êtres ailés au bord de leur mare, les rives du Monde, avec les Gorderives de l’autre côté, j’étais vraiment, vraiment impatiente. 

Lors d’un salon Nadia m’avait prévenu, ce ne serait plus Cahyl mais la descendance... Mais moi j’y suis allée confiante… Hélas, dès le premier chapitre : les boules. Vraiment plus aucun point de repère. Pas un seul nom de fedeylin connu dans ces premières pages. Pas de mare ni de forêt, mais une falaise surplombant la mer et des grottes, des montagnes pas loin. Seul le nom de celles-ci raisonnait en moi : le Rajmalaya : la destination de Cahyl lors de sa dernière quête…

Et puis très vite, heureusement, la plume de Nadia opère, m'accroche à cette Jivana si particulière avec sa déesse embarquée,  Savironah. Relisez donc le résumé si ma phrase vous choque :).Une Jivana qui passe pour folle dans son village à discuter toute seule lorsque cela lui échappe, lorsqu’elle oublie de s’en remettre à la pensée pour échanger avec son occupante. Et puis il va arriver une grosse catastrophe au-dessus de ce nouveau village et très vite on oublie tout le reste pour partager le sort de ces pauvres fedeylins. Un nuage d’insectes bourdonnants, criquets, sauterelles et hannetons, envahit les cieux, cachant le soleil, pardon le Dor, et menaçant tout.

La seule pouvant faire quelque chose pour les sauver, c’est Savironah. Mais étant coincée dans un corps conscient, Jivana, elle n’a pas pu récupérer ses pouvoirs d’antan. Il faut qu’elles trouvent une solution pour que la déesse puisse se réincarner dans un autre corps. Et cette solution se trouve peut-être, sans doute, de l’autre côté du désert, vers les rives du Monde ! 

Et voilà notre Jivana qui s’apprête à faire le trajet inverse de Cahyl. Redite ? Copié-collé ? Oulala non, pas du tout. Nadia a tellement d’imagination pour torturer, mettre à mal ses personnages qu’elle pourrait faire 15 tomes différents sur la traversée de ce fichu désert ! Et puis je dois avouer que pour les aficionados des Fedeylins, ce trajet et ce but ne peut que motiver.

Les surprises sont au rendez-vous, certaines même de taille. On découvrira d’autres espèces affublées d’un nom tout droit issu du vocabulaire costien, telles les Kojohs, les Hazes. Mais après quelques descriptions on voit très bien à quelle espèce animale nous avons à faire. C’est génial. C’est comme pour les Gorderives, souvenez-vous de mes explications : 
Les gorderives sont des êtres aux gros yeux globuleux, dépourvus d'oreilles mais munis d'une énorme bouche capable d'engloutir un fedeylin en entier. Ils ont la peau verte, gluante et verruqueuse... des petits bras et de très grosses cuisses très musclées :)). 
Bon, c'est la première fois que je me cite...ça fait bizarre ! :)

Et, sous couvert d’une belle histoire passionnante Nadia en profite pour développer des thèmes qui lui sont chers. La tolérance, l’acceptation de l'autre, de la différence, et bien sûr l’amitié, l’amour. L’amour sous toutes ses formes.

Bref je me suis régalée. À noter que ce roman que je considère comme le tome 5 de la série à cause de nombreux clins d’œil est vraiment un one-shot qui peut très bien se lire sans connaître la saga première. Donc zéro excuse pour ne pas se ruer en librairie : il vient de sortir dépêchez-vous, il n'y en aura pas pour tout le monde !


Nadia Coste sur Bookenstock, c'est aussi :


















dimanche 7 octobre 2018

Interview participative de CLÉMENT BOUHÉLIER # 3



La première partie se trouve ICI
La seconde  








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Simon :

Hello Clément,

C'est ton éditeur qui t'embête jusque dans tes interviews. 
Une petite question : l'autre jour, en librairie, alors que je lui présentais ton roman, un lecteur m'a fait la remarque que la fantasy francophone était selon lui de plus en plus "politique", qu'elle se rapprochait même de ce point de vue de la SF. Et c'est vrai que les exemples ne manquent pas : toi, mais aussi Patrick Dewdney, Estelle Faye, Stéphane Platteau, etc. Pourquoi cette tendance selon toi ?

Clément :

Monsieur mon éditeur, il y avait longtemps ! :)


J'aurais du mal à répondre à la place des autres auteurs... Peut-être seront-ils néanmoins d'accord avec moi pour affirmer que, d'une certaine manière, il est de plus en plus nécessaire de "politiser" nos récits. Notre monde n'a jamais eu autant que maintenant les moyens d'être prospère et de redistribuer, nous avons toute la science nécessaire pour nourrir le monde et pour cesser de ... et malgré tout, nous nous apprétons à laisser aux générations suivantes une planète massacrée, une résurgence malsaine des pires formes de nationalisme (regardons ce qui se passe en Italie, au Brésil, en Allemagne, en Hongrie...), et une idéologie selon laquelle le marché doit tout réguler.


C'est catastrophique.


En ce qui me concerne, je trouve que la fantasy est la "matière" idéale pour traiter de certaines thématiques politiques. Puisque l'on peut façonner un monde, un univers tout entier, on peut y mettre tout ce qui nous tient à coeur... et aussi y dénoncer ce qu'on trouve insupportable. Dans Olangar, à mon tout petit niveau et au-delà de l'intrigue, j'essaye de montrer qu'un système qui tourne uniquement autour de la croissance et de la "production à tout va" est à la fois créateur d'inégalités et fondamentalement absurde. Il en résulte le mirage d'un bonheur qu'on n'atteint jamais.



Phooka :

Alors,non,non,non, si les éditeurs viennent piquer mes questions, je vais râler !
Bon du coup, je vais pousser le bouchons plus loin: sachant que beaucoup de gens lisent de la fantasy avant tout pour s'évader, oublier le quotidien et prendre une bouffée d'air frais (même si cet air est celui pas si frais l'Olangar :))). N'y a t'il pas un risque que ce côté "politique" puisse en rebuter certains. Y'a t il des limites à ne pas franchir?

Clément :

Sur ta première remarque, je te laisse régler cela en direct avec mon éditeur... mais attention, s'il est l'offensé, il aura le choix des armes ;)


Pour le reste... est-il si sûr qu'on lit de la fantasy (ou de la science-fiction, ou des romans en général) uniquement pour s'évader ? Je n'en suis pas certain. Je pense qu'on cherche souvent à travers la littérature des choses qui nous touchent, des valeurs dont on se sent proche. On est "tenu" par l'intrigue, mais certainement aussi par le "background" et par les thématiques abordées. On lit Victor Hugo pour la puissance romanesque du récit... mais aussi pour sa force sociale et son caractère historique. On lit Jules Verne pour les épopées à travers le ciel et les mers... mais aussi pour l'aspect scientifique des romans. J'imagine donc qu'on lit de la fantasy pour le souffle épique qu'elle peut dégager... mais aussi pour d'autres spécificités. La camaraderie ? Le parcours initiatique ? Peut-être également parfois des choses plus "terre à terre" : la cupidité, l'avidité face au pouvoir...


De fait, je ne trouve donc pas risqué de planter dans un roman de fantasy un décors politique spécifique qui, à bien des égards, ressemble au nôtre. Encore une fois, cela permet de mettre en relief certaines thématiques qui nous sont chères. Cela n'empêche pas de bâtir une intrigue plaisante, articulée autour de personnages emblématiques. Bien entendu, je te le concède volontiers, il est tout à fait possible que certains retours me donnent tort, que l'on dise par exemple qu'Olangar n'est pas assez "dépaysant"... mais tant pis, je crois dur comme fer qu'un auteur doit être libre d'écrire ce qu'il veut.




Chut Maman lit :

Je rebondirai bien sur les questions précédentes. Que ce soit avec Chaos (tome 1 surtout) et Passé Déterré, tu traites de manière extrêmement juste le quotidien pour y ajouter un touche SF ou Fantasy. Est ce que ce coté "réel" est important pour toi ? Que tes histoires se rattachent à une certaine "actualité" ?

Clément :

Bonjour... et merci beaucoup !


Chaque fois que possible, oui, j'aime bien que mes bouquins se rattachent à une certaine actualité. Elle les nourrit. C'est en travaillant dans la presse, du reste, que j'ai eu les idées de base pour Chaos et Passé déterré. Alors oui, le "réel" est hyper important. D'une part, il nous apporte, je trouve, énormément de questionnements et de thématiques, qui sont exploitables dans un roman (par exemple, dans Passé déterré, j'ai essayé d'explorer les non-dits et leurs conséquences à l'échelle d'un village).


D'autre part, il nous fournit très souvent des personnages, ou au moins des anecdotes ou des traits de caractère que l'on peut également utiliser (dans Passé déterré, il y a le pompier taciturne, le "politicien de carrière", l'enseignante engagée dans les actions sociales de son secteur...). Enfin, le "réel" fournit un terreau sans doute rassurant pour le lecteur, ce qui permet de lui donner les codes pour entrer dans le roman... puis de distiller les éléments fantastiques qui font avancer l'histoire.



Fantasy à la carte :

Bonjour Clément, personnellement j'ai découvert ta plume avec Olangar que j'ai dévoré et adoré. Comment l'envie t'es venue de vouloir écrire de la fantasy puisque tu étais plus tourné thrillers fantastiques?

Clément :

Bonjour et... ah que c'est difficile de répondre ! Cette envie m'a pris au moment où je me suis réorienté professionnellement, ça a sans doute été un déclencheur. Certainement aussi que cela est venu de discussions avec mes anciens colocataires, hyper politisés et engagés. Depuis quelques temps, par ailleurs, je pensais à un monde "à la Tolkien", mais plus avancé technologiquement, doté d'un système politique plus complexe, et tourné vers un productivisme chevronné. Cela offrait la possibilité de développer une intrigue à l'accent social. Ca a donné Olangar. Cependant, j'ai essayé de conserver des aspects propres au thriller : une enquête, une vengeance, des personnages (j'espère !) complexes et torturés.


... Au passage, c 'est super chouette qu'Olangar t'aie plu ! :)



Dup :  Ce weekend notre Clément est en salon aux Halliennales, il faudra donc patienter jusqu'à lundi pour vos réponses ;)
Si vous y allez, vous DEVEZ le bisouter pour nous !!!

Chut Maman lit :

Du coup, question hyper importante : Clément, seras-tu aux rencontres de l'imaginaire à Sèvres au mois de Novembre ?? (c'est mon salon de l'année puisque j'ai pas pu aller aux Imaginales ;) )

Clément :

Bonjour.


Alors malheureusement, rien de prévu pour l'instant du côté de Sèvres, navré... mais nous aurons probablement l'occasion de nous rencontrer à une autre occasion : j'ai 33 ans, toutes mes dents, l'envie d'écrire d'autres romans, et j'adore me balader un peu partout en France pour rencontrer auteurs et lecteurs ;)


Dup :

Bonsoir Clément,
Alors justement, et si tu nous proposais ton planning pour les prochaines dédicaces, interviews, salons etc, qu'on les affiche en grand !?

Clément :

Bonjour !

C'est gentil de me faire de la pub' :) Alors voici le programme :
 

* Ce samedi 13 octobre, je serai au Salon du Livre de Vesoul.

* Le 27 octobre, je suis invité à la librairie Decitre de Grenoble en même temps que Lionel Davoust et Thomas Geha, des Editions Critic. A great honor, puisque l'on va tous échanger au sujet de nos bouquins de fantasy respectifs : La Messagère du Ciel pour Lionel, Des Sorciers et des Hommes pour Thomas, et donc Olangar pour moi.

* Le 3 novembre, retour dans ma Franche-Comté natale pour une signature à la Fnac de Belfort.

* Enfin, le 11 novembre, je serai aux Boennales de Saint-Etienne.

* ... et même si c'est dans un petit moment, j'espère bien sûr être aux Imaginales de 2019 à Épinal !


Fantasy à la carte :

Bonsoir Clément, toi qui parle de J.R.R. Tolkien, tu es plutôt Hobbit ou Seigneur des Anneaux?


Clément :

Bonjour. En un mot, ou plutôt en trois, clairement "Seigneur des Anneaux", parce que j'aime beaucoup le traitement qui est fait de la confrérie – donc de la fraternité et de l'entraide - et la manière dont les épreuves peuvent faire voler en éclats la meilleure des ententes...



Sia :

Je plussoie pour la demande sur le planning de dédicaces ! 

Sauf erreur de ma part, tous tes titres sont plutôt pour les adultes. As-tu déjà pensé/envisagé écrire pour des plus jeunes ? (Ados, préados, soyons fous, bambins ?)

Clément :

L'idée m'est déjà venue d'écrire pour un public plus jeune, mais deux choses me retiennent.

La première, c'est la difficulté. Pour moi, écrire "simple", c'est compliqué. Il faut à mon sens un immense talent pour cela. Et ce talent, je suis à peu près certain de ne pas l'avoir. Certains savent passer du "style adulte" au "style enfant" avec une aisance déconcertante. Je pense à certains auteurs / autrices que j'ai eu la chance de rencontrer lors de différents salons. Saurais-je faire aussi bien, toucher autant ? Je suis presque certain que non. J'ai dévoré certaines séries de la littérature jeunesse quand j'avais entre 8 et 12 ans (vous vous souvenez des Conquérants de l'impossible ? De Langelot ? Des mythiques Annie, François, Claude, Mike et Dagobert ? :) ) mais j'ai le sentiment que, si j'essayais de me lancer, certains "codes" me manqueraient.

La seconde raison est que – c'est plus fort que moi – j'ai la tentation très fréquente d'écrire un moins une scène abominable par roman ! Ou, a minima, de rendre atroce une scène qui aurait pu être seulement "dure". Passons, si vous le voulez bien, sur la nécessité de me faire interner... et convenons ensemble que cette envie est assez peu conciliable avec le fait d'écrire pour la jeunesse ;)

Bref, pour l'instant, ce n'est pas très à l'ordre du jour. Mais si ça venait à changer, vous en seriez les premiers informés :)


Chut Maman lit :

Dans le même genre de question as-tu pensé / envisagé d'écrire pour d'autres supports (BD/Manga/jeux vidéo, ...) ?

Clément :

Cela par contre, oui et re-oui, c'est quelque chose que j'adorerais ! Ce qui me plairait le plus, je pense, ce serait d'écrire des scénarios à choix multiples pour des jeux vidéos qui prennent l'histoire pour trame, et de pousser ce concept très loin : pourquoi pas imaginer un jeu avec une vingtaine de fins différentes, où chaque décision oriente le joueur vers un chemin ou un autre, où l'on rencontrera certains personnages dans un cas et pas dans l'autre, où l'on pourra faire basculer le cours des événements... bref, on l'on pourra faire avancer l'uchronie dans un sens ou un autre.

Prenons un grand classique : la seconde guerre mondiale. Que se passe-t-il si Churchill n'est pas au pouvoir au début du conflit ? S'il est assassiné peu de temps après sa prise de fonction ? Si la France décide de ne pas capituler après la débâcle de 1940 ? Si l'Allemagne ne s'en prend pas à la Russie ? Si le Japon n'attaque pas la flotte américaine à Pearl Arbor ? Dans chaque cas, il existe des possibilités infinies. Personnellement, je pense que je m'amuserais beaucoup à explorer tout ça.


Olivier :

Ma participation à la propagation de ce virus Bouhélier ; http://passiondelecteur.over-blog.com/2018/10/retour-du-mois-de.chez-book-en-stock.html

Clément :

Eh bien tout simplement... merci beaucoup !


Paikanne :

Pour rebondir sur ce qui vient d'être dit, j'aime bien que "l'imaginaire" se rattache aussi, d'une manière ou d'une autre, à une certaine réalité (c'est paradoxal, non ?) :-)

Clément :

Oui et non... Un livre, un film ou une oeuvre artistique ont à mon avis pour fonction de nous faire voyager, et pourquoi pas de nous emmener très loin, mais il est nécessaire de conserver des points de repère, ou disons du "réel", des éléments ou des valeurs auxquels on peut se rattacher. Cela nous permet justement d'appréhender le reste.

J'écoutais l'autre jour un podcast de Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort (Procrastination) qui traitait des "bons" et des "mauvais". Cette opposition peut parfois paraître désuète, ou simpliste... mais en réalité, il est nécessaire que l'oeuvre donne des éléments de réponse sur qui est un "bon" et qui est un "mauvais" dans l'intrigue. Sans cette "frontière", il est impossible de définir une "zone grise", ni de créer des personnages troubles.

Prenez Le Trône de Fer par exemple. Bon nombre de personnages de la série sont des salopards et on peut avoir l'illusion qu'il n'existe aucune morale et, au-delà de ça, aucun "code" qui permette de discerner les bons des mauvais. Et pourtant, c'est bien le cas. Même dans ce monde très brutal, il existe des "lignes" que nous sommes capables d'identifier en tant que spectateurs : les personnages les franchissent ou pas, ce qui nous permet de poser un jugement sur eux.

Tout ceci pour dire que le "réel" est à mon avis nécessaire, même dans la SF, la fantasy et le fantastique.