lundi 21 novembre 2016

JOURNAL D'UN MARCHAND DE RÊVES de Anthelme Hauchecorne





Éditions L'Atelier Mosésu
557 pages
19 euros


4ème de couv :

J'ai séjourné en hôpital psychiatrique. Pas de quoi fouetter un chat sauf lorsque, comme moi, vous êtes fils de stars. Par crainte du scandale, mes parents m'ont expédié loin d'Hollywood, dans la vieille Europe. Les meilleurs spécialistes m'ont déclaré guéri. En vérité, la thérapie a échoué. Les songes ont repris, plus dangereux que jamais. 
Malgré moi, je me trouve mêlé aux intrigues de puissants Rêveurs. Des gens charmants et bien décidés à m'éliminer, mais avec élégance. 
M'entêter serait totalement déraisonnable. Pourtant, deux plaies à vif m empêchent de tourner la page... 
La première est une fille. 
La seconde, une soif de vengeance. 
Je m'appelle Walter Krowley. Vous tenez mon journal intime. Prenez-en soin. Ce livre pourrait devenir mon testament...



L'avis de Dup :

On pourrait croire qu'être fils de stars et vivre à Hollywood est enviable. Pourtant, Walter Krowley, 18 ans, va très vite nous convaincre de l'inverse. Délaissé, livré à lui-même, un ami fils de milliardaire pour qui l'argent coule entre les doigts, l'alcool, les drogues et les mauvais plans vont se bousculer. Cependant, suite à un traumatisme lié à un accident de la route, Walter va être propulsé dans un monde onirique. En quittant l'Éveil, il va découvrir Doowylloh et l'Ever.

Anthelme Hauchecorne va nous faire découvrir sa vision du monde des rêves, en développant au maximum les légendes liées au sommeil, notamment celle du croquemitaine et celle du marchand de sable. Chaque Rêveur est lié à un Ça dans l'Ever, avec un véritable fil à la patte, et se voit confier une mission par un Gouverneur. On y trouve une hiérarchie, de l'ordre et de la discipline, la Garde de nuit y veille. Et tout tourne autour du sable, qui devient monnaie d'échange, convoitise, trafic, source de rébellion.

Nous suivrons Walter aussi bien dans ses aventures diurnes que nocturnes. Ces dernières, bien plus développées impacteront fortement sur la réalité. Parfois même la transition n'est pas toujours visible.
Je parlais d'aventures mais ce seront plutôt des mésaventures et elles vont se succéder à un rythme infernal. Ce monde onirique et mystérieux revêt plusieurs visages. Le côté de la loi, de la rectitude avec Doowylloh, le côté aventure dans Brumaire, qui prend carrément des allures de western avec les Outlaws, des cow-boys puants montés sur des chevaux-vapeurs. Et on assiste non pas à une ruée vers l'or mais à une ruée vers le sable. 

Puis le côté menace, avec un danger qui appuie encore l'aspect steampunk avec une armée d'automates qui surgissent quand on ne les attend pas, qui broient, tranchent, découpent du Rêveur. Anthelme Hauchecorne nous montre bien la fragilité du rêve qui peut basculer n'importe quand au cauchemar. Ces automates assemblés de bric et de broc, dégueulés à la chaîne par des usines à moitié ensevelies dans le sable, dégoulinants d'huile et perdant pistons et écrous en se déplaçant resteront longtemps un mystère pour le lecteur. La révélation finale de leur nature apportera pas mal de grains à moudre !

Anthelme Hauchecorne développe autour de Walter une galerie de personnages haute en couleur qui éclipserait presque le personnage principal. Butch Smoke, le chef des Outlaws que je voyais comme un Lucky Luke crado et puant. Une mention spéciale pour John Doe son fidèle bras droit, que je vous invite à découvrir. Hope, le ministre de la propagande communication. Mais les plus marquants pour moi sont sans aucun doute les deux personnages féminins de ce roman. Spleen, voleuse patentée ayant plus d'un tour dans son sac, et Banshee la bricoleuse hors pair et âme soeur de Walter dans L'Ever. Sa réalité dans l'Éveil m'a fortement marquée.

Et même si on ne sait toujours pas où veut nous mener l'auteur, son verbe incisif et son humour piquant nous tracte. Sa plume poétique* nous berce, son écriture extrêmement visuelle nous entraîne jusqu'à la fin de cette histoire.
* L'Éveil n'est pas le monde de la lumière Walt, c'est celui des déceptions. La nuit offre plus de raisons d'espérer que le jour. Quand le sable glisse sur nos paupières, nous devenons des étoiles, dont le royaume s'étend du crépuscule à l'aube. L'aurore est une sentence et le soleil, le geôlier de nos prisons.

Comme tous les romans que j'ai lu de cet auteur, Journal d'un marchand de rêves est un ouvrage riche et dense, ses thématiques sont développées à l'extrême et c'est toujours un voyage assuré. Je vous invite à découvrir sa vision d'un monde onirique bien à lui. Et je ne voudrais pas finir cette chronique sans parler de l'objet lui-même qui est une belle réussite. Un format compact qui me séduit beaucoup et une illustration de couverture merveilleusement adaptée au texte. Elle est signée Sylvie Veyres et je la salue.


Hauchecorne Anthelme sur Bookenstock :

















6 commentaires:

  1. J'avoue, c'est un très bon livre ! J'ai adoré le redécouvrir dans sa version finale, et revivre les (mes)aventures de Walter.

    Je suis content de voir qu'il ait beaucoup plu à Dup également.

    Pensez à jeter un oeil à Baroque'n'roll, il s'y cache de très bonnes nouvelles qui valent le détour.

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  2. J'ai trouvé le livre difficile à chroniquer mais en te lisant, j'ai l'impression que c'était aisé pour toi de raconter ô combien il est intéressant et pourquoi. Effectivement, sa plume est toujours une invitation au voyage.

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    1. Oh non, l'exercice ne fut pas aisé du tout. J'ai peiné bien longtemps sur cette chronique je dois dire :P
      Ton commentaire est donc un joli compliment, merci AcrO !

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  3. là tu spoiles : et accessoirement chef de la Garde de nuit
    mais sinon la chronique est subtilement alléchante, j'en suis au tiers et traumatisée par certains passages lus avant de m'endormir !

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    1. Ah bon ? Ok, je vire, mais ce n'est pas grand chose il me semble ;)

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  4. Celui-ci est dans ma PAL et ne devrait pas tarder à en sortir (^-^)

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