vendredi 30 novembre 2018

Bilan du mois de Stefan Platteau et son mot de la fin.







Encore un mois qui est passé à toute vitesse ! 
Un immense merci à Stefan pour ses réponses sympathiques et sa réactivité. 
Merci également à J'ai Lu pour nous avoir secondé pour cet événement. 
Et bien sûr merci aux participants et leurs nombreuses questions.

Place au bilan avec :


LES INTERVIEWS








LES CHRONIQUES DE MANESH










Chica... à la traine :S



Du rab grâce à Olivier !





Et maintenant je laisse la parole à Stefan pour clore ce sympathique mois2.



Voilà, je suis ému. C’est la fin. Et quand je suis ému, j’ai les poils de barbe qui crollent et qui changent de couleur, ils deviennent subtilement dorés, ou alors rougeâtres, ici c’est sans doute la seconde solution je suppose, je ne sais pas, il faudrait que je trouve un miroir. Ce que je sais, c’est qu’on s’est bien amusés, et j’espère qu’on recommencera.

Je penserai souvent à vous, Dup, Phooka, Licorne, Valériane, Ramettes, Paikanne, Musea Uranie, Riz-Deux-Zzz, Fantasy à la carte, Cédric-le-tenace et tous les autres ; et quand je penserai à vous, vous le saurez, parce que le bout de votre nez vous chatouillera un peu ; ou peut-être, vous sentirez vos orteils s’étirer d’aise malgré eux, se recourber de plaisir dans la tiédeur (un peu fétide) de vos chaussures, et ça, ce sera la preuve que je suis devenu Prandalipapat master de niveau 5, capable d’éveiller les orteils d’autrui à distance, par la simple force de son mental. Vous serez fiers de moi, et moi aussi, je serai fier de moi. Vous allumerez une bougie en l’honneur de la Reine Fabiola.

Il me reste un dernier cadeau à vous faire pour achever de me ridiculiser : vous dévoiler l’intimité d’un doux moment de Boogie Wookie entre amis. Mais cette fois, foutredieu, je ne serai pas seul dans ma chute ! Mon pileux comparse s’appelle Laurent Whale ; vous aurez sans doute entendu parler de ce brillant esprit. C’était au salon du livre du Mans, il y a deux mois. J’aime beaucoup la tête de la libraire à l’arrière-plan, qui est en train de faire ma pub auprès d’une visiteuse, se retourne pour me désigner du doigt, et découvre aussitôt… ça. Je n’ai jamais revu la lectrice par la suite.

Un grand rrrrrrooourrrou à toutes et à tous, et merci d’avoir été là ! On se fait un Boogie Wookie dès qu’on se voit en vrai ! 




jeudi 29 novembre 2018

[Audio] LES JUMEAUX DE PIOLENC de Sandrine Destombes





Durée : 8 h et 40 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 15/11/2018
Langue : Français
Éditeur : Audible Studios



Août 1989. Solène et Raphaël, des jumeaux de onze ans originaires du village de Piolenc, dans le Vaucluse, disparaissent lors de la fête de l'ail. Trois mois plus tard, seul l'un d'eux est retrouvé. Mort.

Juin 2018. De nouveaux enfants sont portés disparus à Piolenc. L'histoire recommence, comme en macabre écho aux événements survenus presque trente ans plus tôt, et la psychose s'installe. Le seul espoir de les retrouver vivants, c'est de comprendre enfin ce qui est arrivé à Solène et Raphaël. Au risque de réveiller de terribles souvenirs.





Les jumeaux de Piolenc est une nouvelle proposition au catalogue d'Audible. Ce que vous ne voyez pas sur l'image ici, mais qui se trouve sur bandeau bien rouge qui pète sur le livre c'est « Prix VSD-RTL du meilleur thriller français 2018. Jury présidé par Michel Bussi ». Et bien moi quelque part, c'est une info qui me titille, comme une espèce d'envie de m'y confronter pour voir si je suis en accord avec l'opinion générale. Verdict ? Bonne pioche ! Le tandem auteur-narrateur m'a bien pris dans son filet.

La quiétude de Piolenc, petite ville de 5000 habitants déjà secouée 30 ans auparavant, vole en éclat suite à la nouvelle disparition de deux enfants. Pour Fabrégas le capitaine de gendarmerie, il y a urgence, il le sait. Mais il ne veut surtout pas s’enliser comme son mentor, son ancien capitaine aujourd'hui à la retraite, alors qu'il était tout juste lieutenant. Il y a 30 ans, les jumeaux Solène et Gabriel Lesage ont disparu. Quelques mois après on a retrouvé le corps de Solène morte, mais jamais Gabriel n’a refait surface. Aujourd’hui il aurait 40 ans. Depuis, son collègue n’a jamais cessé de le chercher, tout comme son père. Mais plus Fabrégas avance dans son enquête, plus les éléments le ramènent à cette vieille affaire. Il va donc devoir s’y replonger car la clé de la nouvelle s'y trouve cachée. Le tandem avec le gendarme retraité s’impose de lui-même.

Sujet difficile et sensible s'il en est, l’enlèvement et la disparition de jeunes enfants, est traité ici avec justesse. On est pris aux tripes par cette histoire sans que l’autrice bascule dans le mélodramatique et/ou le voyeurisme. On a le point de vue du père des jumeaux, Victor Lesage qui cherche toujours son fils et qui est resté longtemps suspect numéro un. On a brièvement le point de vue des parents des nouveaux disparus mais on se concentre vraiment sur Fabrégas et son enquête. Celle-ci sera pleine de surprises, de découvertes qui la fera avancer, mais parfois aussi reculer à la case départ.

Je me suis fait mille fois des certitudes, mille fois Sandrine Destombes m’a montré que j’avais tort. J’ai pris pleinement part à cette enquête, avec ses hauts, ses bas, ses espoirs et ses grosses déconvenues. L’empathie que j’ai éprouvée pour ce duo de gendarmes, le jeune et l’ancien, n’y est pas pour rien sans aucun doute ! Ils sont secondés par une jeune pédopsychiatre, le docteur Florent qui apporte une touche féminine bienvenue, mais surtout des explications psychiatriques indispensables à l’intrigue.

Cette écoute je l’ai faite vraiment rapidement, m'arrangeant pour avoir plusieurs heures d’affilées disponibles. L'effet page-turner des bons thrillers est redoutable en audio, car abandonner l’écoute en plein suspense est vraiment difficile. On a du mal à ne pas rester obnubilé par les événements qu’on vient d’entendre. De plus la construction de ce roman fait de chapitres courts accélère le rythme et nous propulse vers la fin. Une fin que l’on ne voit absolument pas venir, j’ai été roulée dans la farine et j’adore ça !

Voilà une autrice que je découvre grâce à Audible et que je vais tâcher de suivre attentivement, à défaut de lire ses livres déjà parus : Les jumeaux de Piolenc est son cinquième roman. Amateur de thriller bien rythmé où le lecteur est malmené psychologiquement sans qu'aucune scène ne dégouline d’hémoglobine, c’est par ici ! Moi je suis conquise ( même si j’aime aussi l’hémoglobine =D)...

mercredi 28 novembre 2018

[sortie] NORMAN N'A PAS DE SUPER-POUVOIR de Kamel Benaouda Prix Gallimard Jeunesse-Télérama-RTL





Sortie aujourd'hui, mercredi 28 novembre 2018





Editions Gallimard jeunesse
320 pages
14.50 euros

L'histoire nous propulse dans un monde où tous les habitants sont dotés de super-pouvoirs. Tout cela est dû à un savant autrichien écœuré par les horreurs de la seconde guerre mondiale, qui en voulant rendre les hommes bons s'est emmêlé les moufles et a répandu dans le monde sa découverte telle une épidémie de peste.


Depuis les premières années de la grande fièvre dite bleue, les pouvoirs sont encadrés et surveillés. Ainsi, à l'âge de la puberté chaque enfant est soumis à un test pour déterminer quel pouvoir sommeil en lui. Seul problème : Norman n'en a pas.




Communiqué de presse ci-dessous:




[sorties] FOLIO SF en novembre 2019



petit rappel des sorties de cette rentrée ...




Septembre 2018



Jacques Abeille 
Un homme plein de misère

*****



Christopher Priest
L'inclinaison



Traduit de l'anglais par Jacques Collin


*****



David Walton 
Superposition



Traduit de l'américain par Éric Holstein


*****




Octobre 2018




Romain d'Huissier
 Les Quatre-vingt-un Frères

Chroniques de l'Étrange, I


*****

Laurent Genefort
 Étoiles sans issue


*****

Laurent Genefort
 Les peaux-épaisses


*****

Romain Lucazeau
 Latium I


*****

Romain Lucazeau
 Latium II


*****




Novembre 2018




Alain Damasio
 La Horde du Contrevent

Édition collector à tirage limité

(Couverture non disponible jpg parce qu'elle ne rend pas bien dixit Pascal Godbillon, donc allez voir en librairie !! 😁)


*****


Romain d'Huissier 
La résurrection du dragon

Chroniques de l'Étrange, II


@Alain Brion



*****

Loïc Henry
 Les océans stellaires


@Alain Brion













mardi 27 novembre 2018

Sixième Interview de Stefan Platteau














Olivier :

Mes petites questions difficiles à poser, tant mes petites camarades se sont déchainées...

- J'ai découvert deux livres aux histoires radicalement différentes, comment fait-on pour passer de l'univers de l'un de ses livres à un autre ? je lis que tu es en train d'écrire le quatrième et dernier volume de ce cycle Les Sentiers des Astres... combien de livre écris-tu en simultanée? de plus j'imagine que tu es tenu aux délais fixés par tes éditeurs, tu vis ou lis quand même par ailleurs ? une culture encyclopédique tu dois avoir pour jongler de la sorte entre orient, occident, hindouisme et mythologies... d'où tires-tu tout cela ? (recherche Internet ? propre bibliothèque ? bibliothéques publiques ? autres auteurs ?. Est-ce qu'en Belgique on peut mieux vivre de son écriture que par chez nous ? un métier à part entière ou un complément de revenus ?

Stefan :


Bonjour Olivier ! Avant tout, merci pour ces belles chroniques…

Eh bien ! Quelle rafale de questions ! Je devrais utiliser un sortilège de détriplement pour répondre…

Par chance, les deux livres que tu as lu (Dévoreur/roi cornu et Manesh) se déroulent dans le même monde ! C’est d’ailleurs ce qui me permet de passer de l’un à l’autre via un processus très naturel. Le Roi cornu est né de l’envie de raconter la migration légendaire du peuple Firwane, que j’évoquais rapidement dans le deuxième tome de la saga. Cette novella est donc un bon complément à la lecture de Shakti. Quant à Dévoreur, c’est une histoire qui est apparue spontanément dans mon esprit en concevant le système des Astres qui régentent mon univers. Bon, en vrai, j’avais aussi très envie d’écrire un Dialogue avec un monstre…

Cedi dit, je n’écris qu’un seul livre en même temps. Pour l’instant, c’est le quatrième (et avant-dernier !) tome de la saga.

Vivre de sa plume est aussi difficile en Belgique qu’en France, hélas… et d’ailleurs impossible sans le marché français. Je ne fais pas (pas encore ?) partie de ceux qui peuvent se le permettre (et vu mon créneau de fantasy adulte assez exigeante, j’ai peu de chances d’y parvenir). J’ai donc un second métier, qui est en fait très chouette, dans le social, à Bruxelles, un emploi à 80%, avec de super collègues. Ouf ! Mais oui, combiner ces deux activités est assez difficile, et ne me laisse que trop peu de temps pour lire, hélas !

Et pour ta question sur la culture : pas tant que ça. J’ai des collègues beaucoup plus impressionnants, à côté desquels je me sens tout petit… surtout que j’ai tendance à lire, digérer les faits culturels intéressants, les mâchouiller à ma façon, les recracher pour les intégrer au menu (bonne lecture, et surtout bon appétit !), et puis très vite, oublier les faits originels (sans doute une ruse de mon égo pour m’auto-persuader que j’ai tout inventé à partir de rien). Rien à voir avec la mémoire phénoménale d’un Jaworski, par exemple.


Licorne :

Stefan, pour éviter que le tarin ne chatouille trop, je vais faire vite !

Alors ...La filiation et le fait de chercher à connaitre ses racines coute que coute ont l'air d'être un sujet important pour vous ? Vrai ou faux ?

et vite je me dépêche, quel est le personnage qui vous ressemble le plus dans cette histoire, selon vous !


Stefan :


Itou, merci pour la chronique ! :)


La filiation et le rapport à ses racines (surtout lorsqu’elles sont divergentes) est effectivement un sujet important dans l’histoire de Manesh. La difficulté à vivre sans père ou/et avec des racines conflictuelles, difficiles à harmoniser, se retrouve aussi dans le récit de vie de Shakti. Sans déflorer trop le sujet, disons que le manque de père peut rendre certains personnages vulnérables, et en transformer d’autres en véritables crapules. Tiens, sur le sujet, je conseille un animé : « le Garçon et la bête », vraiment très bien.


Et pour ta seconde question (oui oui, tu triches, t’en as mis plusieurs ! Mais pas autant que le Monsieur au-dessus, allez) : je me retrouve moi-même dans plusieurs personnages. Il y a beaucoup de Fintan (pour le côté musicien/conteur mais aussi pour l’humanisme un peu realpolitik), une dose modérée de Manesh (pour l’inépuisable pulsion de vie et de créer. Les cabanes dans les arbres, c’est moi enfant !), et même un peu de la Courtisane (mais là je n’en dis pas plus).


Viens maintenant la rafale de questions de Phooka que l'on va scinder ;)

Phooka 1:

Quels seraient les 5 romans que tu conseillerais à quelqu'un qui veut découvrir la fantasy?

Stefan :

Cela dépendrait fortement de l’âge, des intérêts et des habitudes de lecture de la personne ! Harry Potter reste une superbe porte d’entrée pour les enfants et même pour les adultes, à la fois riche, subtile, peu manichéenne.
 Pour ados, jeunes adultes, ou adultes souhaitant une lecture enlevée, la Passe-Miroir de Christelle Dabos vaut largement le détour, avec des qualités similaires.
 Le Seigneur des anneaux est merveilleux, mais les cent premières pages sont difficiles d’accès, donc je conseillerais plutôt de le découvrir en trilogie ciné.
 À des lecteurs exigeants venus de la littérature générale, et peut-être pétris d’à-priori sur les « mauvais genres », je conseillerais Gagner la Guerre de Jaworski, L’enfant de Poussière de Dewdney, ou encore la Forêt des Mythagos de Robert Holdstock
Pour une porte d’entrée rapide mais riche, le premier tome de Terremer, de Le Guin
À une personne qui aime le spleen, je recommanderais Chien du Heaume de Niogret
À un passionné d’Histoire, un Gavriel Kay, ou bien le Bâtard de Kosigan de Cerutti. 
À une personne très engagée dans l’humanitaire, Qui a peur de la mort de Nnedi Okorafor

En fait, il n’y a pas cinq bonnes réponses à ta question : le tout est de trouver la bonne porte d’entrée, celle qui correspond le mieux à la personne.

Phooka 2:

Quels sont tes livres préférés, tous genres confondus?


Stefan :

L’île au trésor de Stevenson (un amour de jeunesse…), le Seigneur des Anneaux, Dune, le Pendule de Foucault et l’Ile du jour avant d’Umberto Eco, le cinquième tome d’Harry Potter. Quelques novellas de Lovecraft : La Couleur tombée du ciel, l’Abomination de Dunwich, les Montagnes hallucinées. Jonathan Strange and Mister Norell. Tristan et Iseult, le Mahabaratha, l’Iliade.


Les BD, ça compte ? En BD : les Compagnons du Crépuscule de François Bourgeon, Silence de Didier Comès, La Ballade de la Mer salée de Hugo Pratt, Cromwell Stone d’Andréas, et quelques autres encore.

Phooka 3:

Quel a été le premier livre imaginaire (ou pas d'ailleurs) que tu as lu et qui t'a vraiment marqué ?


Stefan :
J’ai abordé l’imaginaire d’abord par la BD, donc je dirais les sept premiers Thorgal, en particulier l’album par lequel je l’ai découvert, « La chute de Brek Zarith ».

Phooka 4:

Quel est le héros de roman qui t'a le plus marqué ?


Stefan :
Severus Snape

Phooka 5:

Trouves-tu toujours le temps de lire entre ton boulot et l'écriture? Si oui, quel est le roman récent qui t'a marqué?

Stefan :

Dur dur (cfr. plus haut), mais j’ai fait tout de même trois belles découvertes ces derniers mois : L’enfant de poussière de Dewdney, La Passe-Miroir de Dabos et La ballade de Black Tom de Victor Lavalle (dans la collection Une heure lumière du Bélial, superbe récit lovecraftien vu du point de vue d’un adorateur, mais avant tout récit sur la ségrégation raciale. Je n’en dis pas plus).


Dup :

Étant passée à Shakti, j'ai un autre sujet à aborder : la musique. Comment t'es venue cette idée géniale d'y associer la magie ? Ce passage où Fintan déballe son instrument dans la forêt, joue et chante est tout simplement grandiose.
Es-tu un musicos toi aussi ?
De quel instrument joues tu, ou aimerais jouer ?
Un petit récital à nous proposer aux Imaginales après le cours de Prandalipapat yoga ?


Stefan :

Je suis musicos aussi. Je joue de la guitare, un peu de violon et de clavier. Je pousse parfois la chansonnette. Je n’ai pas un grand niveau technique, mais j’ai la fibre du compositeur/arrangeur un peu touche-à-tout, et ça m’éclate. Pour l’instant, notre projet musical est en re-gestation, mais vous pouvez trouver de vieilles choses ici :



Du coup, l’envie d’associer musique et magie était forte chez moi. L’idée n’est pas nouvelle, hein : on la retrouve dans le barde façon D&D old school (ma classe de perso préféré). Ce qui est nouveau, c’est la logique des Chants primordiaux, chants de l’origine des choses, qui peuvent conférer au barde du pouvoir sur ces choses, à condition d’en faire une interprétation parfaite. Bien sûr, encore faut-il connaître les chants eux-mêmes, qui ne se transmettent que d’initié en initié…
Pour le récital aux Imaginales, c’était l’an passé avec le concert-lecture des Deep Ones, le samedi soir. Dommage de l’avoir manqué !



Riz-Deux-ZzZ :

Re !
Après ma lecture de Manesh, j'ai appris que le tome 2 serait du point de vue de Shakti... Et comme j'ai souvent un très grand intérêt pour les personnages secondaires qui se font discrets, je suis ravie de voir qu'elle aura son "moment de gloire".
J'ai une question qui me taraude à peu près à chaque roman qui utilise ce procédé mais comme j'ai la chance d'avoir un auteur disponible ;) j'en profite : est-il plus compliqué de se projeter dans un personnage du sexe opposé ? Y-a-t-il un réel effort de psychologie ou alors c'est les doigts dans le nez (sans mauvaise blague en rapport avec les réponses des interviews précédentes :p ) ?

Stefan :

Shakti aura plus que son moment de gloire : son récit de vie est le plus long et le plus complexe de la saga (mais j’ai une excuse : c’est aussi l’histoire de sa fille Kunti. Et une autre excuse : ce sont les seuls personnages féminins de l’expédition Rana. Et encore une autre excuse : son dit me servira à introduire la guerre civile). D’ailleurs, dans Les Sentiers des Astres, mieux vaut oublier les notions de personnage principal et secondaire : l’héroïsme est un flambeau qui passe d’une main à l’autre, et peut parfois arriver dans des mains inattendues.

Et pour la seconde question : c’est forcément plus difficile pour un homme de prendre le point de vue d’une femme, d’en adopter la perception. Le rapport au monde aussi (en particulier lorsque le personnage évolue dans une société traditionnelle profondément patriarcale comme l’Héritage). Le risque est grand de tomber dans de vilains clichés de genre, par facilité ou/et par mauvaise connaissance de la sensibilité et des réactions féminines.

Le défi est particulièrement grand lorsqu’il s’agit de sexualité, ou plus généralement de rapport au corps (que l’on retrouve justement dans le récit de Shakti, à plusieurs niveaux). Le fait est que la plupart des hommes comprennent assez mal la sexualité féminine. De ce point de vue, nous vivons une époque passionnante, où la parole des femmes, longtemps écrasée sous des représentations servant l’intérêt du plaisir masculin (ou plus exactement, croyant le servir… ^^), se libère, tordant le cou à nombre d’idées fausses très dommageables. On se rend compte d’un décalage important entre la réalité et le modèle de relation proposé par la société. Ecouter la parole des femmes, c’est donc une clé vitale pour l’écrivain qui souhaite parler du corps au féminin. C’est donc ce que j’ai fait pour rédiger les passages les plus délicats du dit de la belle, et j’en remercie celles qui m’ont livré leurs témoignages.



L'ANTI-MAGICIEN Tome 2 de Sebastien De Castell



Tome 2: L'ombre au noir




Editions Gallimard Jeunesse
Paru le 27/09/2018
400 pages
17 euros


Kelen l'anti-magicien se fait de nouveaux ennemis où qu'il passe. Toujours accompagné de ses deux acolytes incontrôlables, Furia et Rakis, il parcourt les terres de la frontière à la recherche d'un remède contre le mal qui le ronge : l'ombre au noir. Quête de vérité, scènes d'action musclées et malédiction mortelle : la suite des aventures d'un jeune mage sans pouvoir, dans une grande fresque originale et puissante.




"Kelen, l'anti-héros par excellence, un vrai ado quoi!"


Je vous l'avais annoncé à la fin de ma chronique du tome 1: "Je serai au rendez-vous pour le tome 2". Et j'ai tenu parole. Il faut dire que ce n'était pas difficile tant j'avais aimé la premier opus de cette série jeunesse. Il me tardait de retrouver Kelen, Furia et Rakis.

Nous les retrouvons donc en fuite dans les terres de la frontière. Un endroit sauvage, peu peuplé et rude. Kelen, habitué au confort et au luxe, doit apprendre à dormir à la belle étoile, à manger les lapins que Rakis chasse, ha non pardon "assassine", bref il devient un hors la loi débutant. Un hors la loi pas très doué mais plein de bonne volonté. Quelques mois se sont écoulés, Kelen est toujours considéré comme un danger qu'il faut abattre à cause de l'ombre au noir. L'ombre au noir, c'est une sorte de malédiction magique dont on raconte qu'elle est due à un démon qui prend le contrôle d'un magicien. Elle se caractérise par des ombres sombres, comme des tatouages autour de l'oeil de la personne atteinte. 

Alors que Kelen et ses compagnons se reposent au coin du feu, ils vont faire la connaissance d'une autre Argosi, Rosie et d'une jeune fille au visage voilé Seneira qui voyagent apparemment ensemble.. De fil en aiguille, ils vont se retrouver au royaume des Sept Sables, qui n'est d'ailleurs pas un vrai royaume car non reconnu par ses voisins. Cependant ce lieu est un temple du savoir et une université de renommée internationale s'y est développée. Là se rencontrent tous les enfants des dirigeants et personnes influentes des royaumes voisins. Ainsi, l'auteur nous fait découvrir la large variété du monde qu'il a créé et il nous saupoudre des indices des probables futures aventures de Kelen. Car oui, il y a beaucoup de royaumes avec chacun ses spécificités et il nous tarde déjà d'aller les arpenter en suivant le héros. En attendant, Kelen se retrouve face à une sorte d'épidémie d'ombre au noir qui touche des non magiciens et son aide pour résoudre ce mystère va être précieuse.

Ce qui est vraiment une réussite dans cette série, ce sont ses personnages. Commençons par Kelen donc, notre "anti-magicien", un ado ordinaire. Un ado dont on attend beaucoup et qui ne montre aucune prédisposition. Il n'est pas un bon magicien, loin de là, il n'est même pas à la hauteur pour être un apprenti argosi. Et pourtant, il se débrouille du mieux qu'il peut et il avance malgré tout ce qui lui arrive. Et ce qui est vraiment bluffant dans cette histoire, c'est que l'auteur ne cède pas à la facilité. Non Kelen ne va pas devenir d'un seul coup un magicien puissant, ni même un magicien tout court d'ailleurs, non il ne va pas trouver sa voie miraculeusement, ni même un mentor digne de ce nom. Il va devoir faire comme tout adolescent, chercher sa voie du mieux qu'il peut avec les moyens à sa disposition. La seule aide dont il bénéficie, c'est une sorte de chat-écureuil volant qui le suit partout et qu'il est le seul à comprendre: Rakis. Rakis c'est évidemment le ressort comique du trio. Ce chacureuil est un délice. Il se considère comme une terreur, attaque tout ce qui bouge. Son régal c'est d'arracher les yeux des humains pour les manger, il "assassine" les lapins pour se nourrir et ses commentaires en aparté à Kelen mettent toujours ce dernier dans l'embarras ! Et puis il y a Furia, l'argosi. Une femme étrange, réservée dont on ne comprend pas toujours la façon de penser. Une femme de principes, oui mais de drôles de principes parfois. Elle suit sa voie, une sorte de philosophie de vie, mais certainement pas une philosophie classique. Ces trois-là sont bien différents et pourtant ils forment un trio qui se complète à merveille.

Et heureusement! Car ce que leur réserve leurs aventures est loin d'être un long fleuve tranquille. Batailles, bagarres et mystères jalonnent leur enquête. Enquête qui  d'ailleurs ne fait pas progresser la quête de Kelen, mais peu importe. Ils auront besoin de compter les uns sur les autres et chacun à sa manière est indispensable au groupe. Si Kelen ne peut pas compter sur des dons naturels, il saura compenser par son intelligence et son courage. Rakis lui, a un sens de l'amitié profondément ancré malgré ses dires et du courage à revendre à la limite de l'inconscience parfois. Quant à Furia, elle est une combattante hors pair et elle a le don d'arriver au bon moment.

Sebastien De Castell est remarquablement doué pour les dialogues percutants, les bagarres et les rebondissements. Si le tout début du roman manque un peu de rythme, le temps de remettre les personnages en place dans la tête du lecteur, cette impression passe très vite et le tempo s'accélère. Les pages tournent toutes seules et c'est un régal. Il faut dire que le mélange dialogues pêchus, répliques assassines de Rakis, coups de poing et autres sorts ratés forme une sacré combinaison pour une lecture d'enfer.

Rajoutons que comme pour le premier tome, la couverture est superbe, de même que le dos et que le livre attire vraiment l'oeil! Une vraie réussite.

L'ombre au noir est la digne suite du premier tome de l'anti-magicien. Une série pour ado mais pas que, et surtout une série qui ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. Les héros sont complexes et pas "prédéfinis", ce qui les rend incroyablement attachants. La visite à l'université des sept-royaumes nous montre que Sebastien De Castell a encore un paquet de cartouches en réserve et c'est tant mieux car suivre les aventures de Kelen, Furia et Rakis est un vrai régal. Vivement la suite !


lundi 26 novembre 2018

SHÂHRA de Charlotte Bousquet



# 1 :  Les masques d'Azr'Khila



Éditions Mnémos
336 pages
20 euros


Le pitch :






Djiane, héritière d’un art mortel et secret, est donnée contre son gré à un seigneur tyrannique. Arkhane, apprentie chamane, est privée en une nuit de son identité et de ses dons. Abandonnée dans un reg aride, elle ne doit sa survie qu’à la protection d’un étrange vautour. Seule rescapée de l’attaque d’une gigantesque créature des sables, Tiyyi, une jeune esclave tente d’échapper à la fournaise de Tessûa. Recueillie par des nomades, elle découvre peu à peu ses pouvoirs.
Et dans l’ombre, un immortel en quête d’humanité, un djinn prisonnier d’un corps vieillissant, prêt à tout pour devenir un dieu…









J’ai été attirée par cette couverture superbe que l’on doit à Mélanie Delon. Ce regard qui vous fixe si intensément a agi comme un aimant : il me le fallait ! Et l'aimant a poursuivi son attraction car ce roman ne faisait pas partie de mes lectures obligatoires. Mais impossible de le ranger dans la bibliothèque, il est resté là, à portée de main, me fixant sans cesse jusqu’à ce que je l'empoigne pour le lire.

Je vous présente donc Azr'Khila, la déesse de la vie et de la mort. Le blanc pour la mort, le noir pour la vie. Autre fois les djinns, les dieux et les déesses arpentaient Shâhra. Puis ils se sont retirés, laissant quelques traces issues de leur sang qu’ils ont mêlé aux humains. Sous forme de dons ou de pouvoirs tantôt sorcier, tantôt chaman. Charlotte Bousquet nous propulse dans un monde rempli de déserts, de dunes et d’oasis, de caravanes nomades à dos de dromadaires et de villes tantôt envoûtantes, tantôt effrayantes. Un univers à l’exotisme oriental parfaitement palpable via la couverture mais aussi via la carte fournie en début d’ouvrage. Pour vous éviter comme moi de vous munir d’une loupe pour déchiffrer les pattes de mouche de la police arabisante, je vous la mets là en grand. Elle le vaut bien, elle est superbe cette carte, sa légende également.


J'avais déjà lu un livre pour la jeunesse  de Charlotte Bousquet où j'avais eu bien du mal avec les personnages et je réalise que j'ai eu à nouveau ce même sentiment. Leur sort ne me fait pas vibrer, ni de peur, ni de tristesse, ni d’indignation, ce qui aurait dû être le cas. J’ai toujours l’impression d’un manque de profondeur. J’espère que cela s'améliorera avec le deuxième tome de ce diptyque.

Cependant j'ai aimé beaucoup d'autres choses dans ce roman, à commencer par l'intrigue même si certains la qualifieraient de classique, cela ne me gène en rien. Dans cet univers, l’autrice nous entraîne derrière trois jeunes femmes aux destins qui semblaient tout tracés : Djiane, Arkhane et Tiyyi. Mais les choses sont allées autrement pour elles. Que ce soit de façon volontaire ou précipitée par des événements, elles vont toutes être inspirées ? guidées ? poussées ? par Azr'Khila.

Je pourrais dire "on se doute que ces trois femmes...", mais en fait c’est faux : on sait que ces trois là vont se rejoindre au bout du compte. Car on suit une quatrième femme, une augure, Aya Sin. Cette Aya Sin est attachée au service d’un sombre personnage, le sorcier Malik. Et c’est elle qui nous annonce l’importance de ses trois jeunes femmes pour accomplir les dessins de Malik. Trois jeunes femmes aperçues dans ses visions qu’elle nomme : Déjà Morte, Deux Fois Née et Cent Vies.

Le récit alterne donc entre tous ces personnages et nous balade au gré de leurs déplacements dans tout Shâhra. Il est entrecoupé de lettres que Malik adresse à son père, un dieu, où il déverse sa haine de ne pas être immortel. Entrecoupé également de nombreux poèmes et chansons qui sont un plaisir à lire. En fait ce roman je l’ai lu avec avidité, poussée par l’envie de savoir ce qui résultera de cette rencontre finale des trois jeunes femmes. Il en ressort une légère frustration car rien n'est résolu à l’issue de cet opus et il me faudra attendre le second volet du diptyque.

Parce que oui, je serai au rendez-vous malgré mes bémols. D’abord parce que je veux savoir comment tout cela va se terminer. Que je me suis quand même attachée à un personnage qui jusque-là semble secondaire, le seigneur Kele'r Kwambe qui est l'oncle d'Arkhane et qui a fait la connaissance de Tiyyi. Mais surtout parce que j’ai grandement apprécié mon immersion dans cet univers oriental si bien retranscrit. Shâhra est envoûtante, ensorcelante et m’a prise dans ses rets. 



vendredi 23 novembre 2018

LE PROGRAMME D-X de David Khara






Editions J'ai Lu
POLICIERS, THRILLERS
Inédit

Thriller (n° 11982)

Paru le 17/10/2018
7.60 euros


L’ancien agent du Mossad Eytan Morg, reclus au large de l’Irlande depuis quatre ans, doit sortir de sa retraite quand l’homme à la tête du Consortium, une organisation criminelle qui préside en secret aux destinées de l’humanité, exige de lui parler avant de mourir.

Aux États-Unis, le jeune flic Andy Irvine est confronté à un meurtre barbare : une infirmière est retrouvée pendue dans un entrepôt, le corps calciné. Mais ce meurtre n’est peut-être pas isolé… Tueur en série fétichiste? Opération du Consortium? Seul Eytan pourra le découvrir, mais le temps lui est compté.







"Retrouver Eytan, c'est se prendre une sacré claque dans la figure"


Comme j'avais hâte de découvrir ce roman en particulier, car le lire était synonyme de retrouvailles. Retrouvailles avec un vieil ami perdu de vue depuis longtemps: Eytan Morg.

Quelque années ont passé ... Eytan a trouvé refuge sur une île venteuse. Il y vit en solitaire, loin de la civilisation et de ses excès. La mort d'Eli le mine et il préfère vivre en ermite, presque en paix avec lui même. Mais tout à une fin, et son éloignement aussi. D'anciens amis/collègues le retrouvent car Cypher veut lui parler. A lui et à lui seul. Cypher c'est l'homme à la tête du Consortium. Enfin, l'homme qui était à la tête du Consortium. Il a effectivement des révélations à faire à Eytan et celui-ci ne pourra pas y échapper. Il va devoir réintégrer son rôle de "justicier", même s'il ne fait plus partie d'aucune organisation gouvernementale.

En parallèle, des crimes atroces sont commis aux États-Unis et, dans la région de Seatlle, nous faisons connaissance d'un duo de policiers: Satch et Andy. Le vieux routard qui a tout vu et le jeunot qui a soif d'apprendre. Un duo fort sympathique qui se retrouve confronté à des meurtres absolument atroces.

Le lien entre les deux? Je vous laisse découvrir. Mais bien évidemment une sombre histoire se cache derrière tout ça. Et il faudra bien un Eytan pour s'y retrouver dans ce merdier.

Je ne veux pas en dire trop sur ce récit, car tous ceux qui ont lu la trilogie de Bleiberg ne peuvent que foncer sur ce roman et ils se réjouiront de toutes les surprises concoctées par David Khara. Retrouver Eytan est juste merveilleux. Eytan est toujours Eytan, cependant quatre ans sont passés, et il a un peu changé. Il a beaucoup réfléchi et puis peut-être même un peu vieilli ... Ce qui est sûr c'est qu'il sait y faire. Il sait y faire face à ses ennemis et il sait y faire face à ses lecteurs. Car une fois encore la plume de David Khara nous emporte à travers ce récit plein de suspense et de rebondissements. Il nous fait voyager de Seattle à Montreux en passant par Paris et Chicago, mais aussi dans le temps en revenant à une époque plus ancienne pour nous conter les débuts d'Eytan. Le lecteur découvre ainsi un Eytan plus jeune, tout juste incorporé dans son nouveau rôle d'agent un peu trop "spécial".  

Un point sur lequel je tiens à insister c'est qu'il y aura une suite. Non l'aventure ne se termine pas à la fin de ce roman, et ce que j'apprécie énormément c'est que la fin n'est pas un cliffhanger mais une vraie fin, même si de nombreux points sont encore à résoudre. Après tout pourquoi finir par un cliffhanger ? Nul besoin d'artifice, le personne principal et le suspense suffisent à donner l'envie de continuer.

David Khara fait ici un immense plaisir à ses fans, enfin je devrais plutôt dire aux fans d'Eytan Morg. Le retrouver dans ces nouvelles aventures est un immense plaisir. Le roman est un vrai thriller bourré d'action, de suspense et de meurtres en tout genres. Le lecteur frémit et en redemande, les pages tournent toutes seules. Bref, précipitez-vous chez votre libraire. Un inédit en format poche, ce n'est pas si souvent ! 


Si vous avez raté le début:



jeudi 22 novembre 2018

[Audio] AD UNUM de Didier Fossey






Les enquêtes du commandant Boris le Guenn 2
Durée : 7 h et 45 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 26/10/2018
Langue : Français
Éditeur : Hardigan


Le pitch :


Par l'auteur de Burn-out, Prix Polar 2015 du Lions Club.

Paris, février 2011. Le froid, la neige, le verglas. Une nouvelle victime est retrouvée pendue, les mains attachées, avec une inscription latine gravée sur le front : "AD UNUM", qui signifie "jusqu'au dernier". Deux autres victimes ont déjà été découvertes dans les mêmes conditions. Le commandant Boris le Guenn, chef de groupe de la B.A.C. au 36 Quai des Orfèvres, et son équipe ont affaire à un redoutable psychopathe qui agit de façon méthodique et discrète. Quelles sont ses véritables motivations ? L'enquête se révèle difficile, le tueur n'hésitant pas à impliquer personnellement les policiers dans son projet machiavélique pour parvenir à ses fins. Mais tout rouage est capable de se gripper...






Un justicier sévit dans Paris. Des délinquants relâchés par la justice avec des peines avec sursis sont retrouvés morts avec l’inscription AD UNUM gravé sur le front : "jusqu’au dernier". L’équipe du commandant Boris le Guenn de la Crim du 36 Quai des Orfèvres est sur l’affaire, mais patauge passablement. Le supérieur hiérarchique de Le Guenn lui impose les services d’un profileur mais le commandant, plutôt de la vieille école, n’a que faire de ses conseils.

Parallèlement, nous suivons Mathias, le justicier qui a monté son "entreprise d’assainissement de la population parisienne", avec l’aide de quelques malfrats qu’il maintient sous sa coupe. Personnage violent et instable, on se rend très vite compte qu’il a un sacré problème psy le gaillard. Un grain de sable fait dérailler le fonctionnement de son tribunal parallèle, la Crim sur les talons, Mathias entreprend le grand ménage et élimine ses acolytes un à un afin qu’on ne puisse pas remonter jusqu’à lui.

Didier Fossey, ancien officier de police de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) du 13e arrondissement à la retraite, nous brosse le fonctionnement d’une cellule de la Crim qui transpire le réalisme. Avec ces quelques périodes de tension qui sont hélas noyées dans beaucoup de périodes d’attente ou de recherche de renseignements, de recoupements d’informations. Le rythme du récit étant calqué sur ces investigations, on est loin d’un roman trépidant.

Le personnage de Boris le Guenn est présenté comme un bon père de famille, loin des clichés de flics habituels dans ce genre de littérature où ils sont trop souvent alcoolique ou dépressif, voire les deux. Une femme, deux grands ados, un chien, monsieur tout le monde en quelque sorte. Et c’est peut-être là que ça pêche car cela n’a fait vibrer aucune corde en moi. Et l'équipe qu'il dirige est à l'avenant. Il y a bien une tentative de sentiments avec son adjointe, mais elle est amenée avec beaucoup de maladresse et la mayonnaise ne prend pas. À l’inverse le personnage de Mathias est le stéréotype parfait du déséquilibré. Sauf que le cliché véhiculé se détecte immédiatement sur le personnage qui devait être la surprise finale : coup de théâtre gâché donc...

Ad Unum est un roman policier qui s’adresse à un lectorat avide de réalisme sur le fonctionnement d’une équipe de la criminelle parisienne. Même l’excellent narrateur Nicolas Planchais que j’avais déjà croisé et adoré dans l’écoute de la trilogie Blood Song n’a pas réussi à me prendre au jeu de l’auteur. Cette écoute a été pour moi une vraie déception. Cependant pour ne pas rester sur une impression négative j’écouterai, ou je lirai un jour, Burn Out du même auteur qui lui a rencontré plus de succès. Mais pas tout de suite...


Cinquième interview de Stefan Platteau











Riz-Deux-ZzZ :


Effectivement, en avançant dans ma lecture, je comprends mieux le côté hindou.

Il ne me semble pas que cela ait été déjà abordé dans les précédentes interviews (auquel cas je m'en excuse) : le fait de poser une moitié d'intrigue sur les eaux est-il un choix stratégique pour que le voyage avance plus vite ou simplement l'envie de naviguer ? C'est une passion ou y a-t-il eu un travail de recherche car certains passages de navigation pure sont vraiment très pointus ?

Stefan :


Hello ! Je n’avais pas de passion préalable pour la navigation (au contraire de la montagne) ; j’ai découvert toute la complexité de la remontée fluviale et toute la richesse du métier de batelier lors de la phase de recherche documentaire (cfr. ITV 2 sur Bookenstock, ma réponse d’il y a quelques jours). Le bateau m’a simplement paru une belle façon de remonter la forêt tout en la laissant encore « impénétrable » et mystérieuse. C’est aussi un excellent cadre pour les récits de vie !


Fantasy à la carte :
Aimerais-tu écrire autre chose? T'essayer à un autre genre?

Stefan :

Oui, notamment de la SF ou du pur roman historique. Récemment, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire du contemporain, en rédigeant une nouvelle pour l’anthologie « SOS Terre et mer », au profit de SOS Méditerranée, dirigée par Christine luce et Mérédith Debaque. Bien qu’il s’agisse en fait toujours de Fantasy, puisque j’y narre la migration d’êtres fantastiques africains, du Mali jusqu’aux îles grecques, ce texte m’a permis d’utiliser un lexique plus moderne, d’explorer de nouvelles métaphores… faire joujou avec de nouveaux mots ! Un petit bonheur bienvenu, en plein milieu de ma longue saga médiévale… Au passage, je vous conseille cette antho, c’est pour la bonne cause, et il y a des tas de supers auteurs et illustrateurs dedans, comme JP Jaworski, Nathalie Dau, Hélène Larbaigt… Dans notre XXIème-siècle-où-l’on-s’ennuie, rien n’est plus proche du héros de fantasy que le migrant qui traverse des désert, échappe à la soif, aux passeurs et aux troupes armées, affronte les esclavagistes en Lybie, risque sa peau en mer sur une coquille de noix. 



Phooka:

Bonjour Stefan,

Quand tu écris, est ce que tu prévois absolument tout à l'avance ou te laisses tu surprendre parfois par tes personnages?

Stefan :

Je me laisse surprendre. C’est beaucoup mieux comme ça. Et ça arrive assez souvent. C’est la preuve qu’ils ont acquis une vie propre, ces canaillous ! Par exemple, l’acte posé par Varagwynn à la fin de « Manesh » m’a totalement étonné. Il a jailli comme ça : « Je veux le faire. C’est à moi de le faire. » Et après une courte réflexion, ça m’est apparu évident, lumineux. Ce bougre de batelier avait raison : c’est lui qui ouvre le roman, c’est donc à lui de le fermer également !


Bon, il y a ceux qui m’ont surpris en restant vivants, alors que je les voyais mort à mi-parcours, aussi… * s’inscrit sur le champ à la Master class de GRR Martin*

On vous offre un petit bout de coulisse :)
Phooka :
Sérieusement c'était bien le semi-marathon ?
Stefan :
Over sympa ! … bon, on va être honnête, si on prend le classement final, je suis à peu près au milieu de la 20ème et dernière feuille de liste de noms, tout à droite du mur du hall de sport. Mais au moins, j’ai terminé ces 21 km pour ainsi dire sans marcher, alors je suis content ! Et puis, j’ai amélioré mon temps. L’essentiel, c’est de participer !


Fantasy à la carte :

Autre question, comment as-tu choisi les noms de tes héros?



Stefan :

Je procède comme expliqué dans ma réponse d’hier (à l’autre question sur les noms des personnages (Lady K, ITV 4) ). Je génère une série de liste de noms, et puis je choisis ceux qui me semblent les plus punchy, et je les attribue aux héros, en priorité. Privilège du héros… les autres sont servis après.


Je ne sais pas formuler ma question (c'est ma spécialité ! ) . Je trouve savoureux que ce soit le barde qui écoute l'histoire de Manesh. Est-ce parce qu'il est le seul à savoir reconnaître une belle narration ou une autre raison. Bon d'accord le barde en pleine forêt n'a pas trop sa place. Mais sans la présence du blessé aurait il dû rester sur le bateau? J'aime la poésie qui se dégage lorsqu'il s'agit de Manesh. 


Stefan :

Hello. En fait, il est assez logique que ce soit le Barde qui recueille le récit de Manesh. Pour avoir quelque chose à dire, il faut d’abord écouter. Pour raconter des histoires, il faut d’abord les apprendre de la bouche d’un autre ­- du moins, c’est le cas dans une société traditionnelle où l’on se transmet les mythes d’une génération à la suivante. Les bardes sont les gardiens de la mémoire, et les grands de ce monde espèrent qu’ils conservent, pour la postérité, le souvenir de leurs faits et gestes. Fintan est habitué à recueillir des témoignages ; son rôle d’ambassadeur (autre fonction traditionnelle des bardes) le prédispose à restituer fidèlement des paroles. En écoutant Manesh raconter sa vie, il lui fait en quelque sorte un grand honneur – c’est un service que ses semblables réservent le plus souvent aux princes et autres personnages importants soucieux de prestige et de pérennité.

Ramettes (encore :))

J'ai noté qu'il y avait un langage fait de gestes. Ça à lair beaucoup utilisé pour les éléments (soleil etc) et le côté "religieux". Est-ce que c'est plus développé dans les autres tomes ? Est-ce comme une langue universelle pour que tous les peuples puissent se comprendre ? Est ce que c'est comme les peaux rouges? 


Stefan :

Très belle remarque !
Lors de l’écriture de Manesh, je voulais que le dépaysement provienne aussi de la gestuelle des personnages et de sa signification. Les gestes n’ont pas le même sens d’un pays à l’autre. Dans le sud de l’Inde, le mouvement de tête pour dire « oui » ressemble à celui que nous pratiquons en Europe pour dire « non ». En Indonésie, il est très insultant de poser sa patte sur la tête d’un enfant, une attention qui serait beaucoup mieux reçue chez nous ; et le ventre (plutôt que la tête) est considéré comme le siège de l’égo, ce qui implique aussi un rapport tactile à la bedaine différent du nôtre. Et on pourrait continuer les exemples par milliers… Pour moi, un monde de Fantasy ne peut pas être pleinement dépaysant si le langage corporel de ses habitants est exactement semblable au nôtre. Ce serait un peu comme d’imaginer mes personnages en costume ou en armure de l’Héritage, mais avec une coiffure tendance des années 2010. Ou pire : d’imaginer Jaime Lannister avec un manteau en cuir à col moderne. Pardon ? Ah, on mon signale que ça, c’est fait depuis la saison 1 de GOT. Zutre alors…
De façon générale, il n’y a pas, dans mes écrits, un langage gestuel universel ; c’est tout à fait culturel et variable d’une région à l’autre de mon univers. Exception toutefois pour certains gestes religieux, comme le geste pour souhaiter la protection des Astres…



Lundi est venu et passé (enfin lundi dernier), dite Monsieur Platteau on essayerait pas de me flouer de la fin de ma réponse ? (bon en même temps je comprend je fais des questions ch54654&tes) ;) 


Stefan :

Ciel ! Je suis fait !
Well, je ne vais pas te livrer ici des pages et des pages d’Histoire de Chimérie : je garde quelques cartouches en réserve, et puis je préfère ne pas encore m’engager sur des dates et des noms… nous en reparlerons sans doute plus longuement si je mène à bien mon projet de préquelle, Les Sentiers du Crépuscule, sur la question des colonies et les prémisses de la guerre civile.
Pour l’instant, disons simplement que les Royaumes du Crépuscule ont été unifiés partiellement et par intermittence à plusieurs reprises au fil des siècles, à chaque fois qu’un théocrate assez fort parvenait à s’asseoir sur le Trône de Nintor pour proclamer la restauration de l’Empire Néo-Vintalou (et le règne sur terre des Dieux du Vintou). Peu d’entre eux ont résisté longtemps… Cependant, il y a environ 250 ans, l’un d’eux, Djan Gaushar, est tout de même devenu si puissant, qu’il a pu lancer ses armées à l’assaut de l’Héritage, dans l’espoir de réaliser enfin le rêve de Sargon Antelu : imposer aux mécréants le règne des Dieux, un millénaire après leur débâcle aux Mille stères. Cette invasion est la plus grande menace jamais subie par l’Héritage ; on peut dire qu’elle a forcé son unification sous la couronne des Souranès. La restauration des canaux du Baille des géants a facilité le transport des troupes, permettant de réunir les osts des Kintris et de mettre en déroute les armées de l’envahisseur – une déroute si totale que l’empire du Théocrate s’est effondré d’une pièce, et que l’Héritier-roi a pu pousser son avantage pour y pénétrer à son tour assez profondément, libérer le Galladu, puis s’emparer de plusieurs Royaumes de Chimère (c’est l’époque de Kâlis, la reine guerrière, épouse de l’Héritier-Roi). C’est ainsi que les Royaumes de Chimère sont devenus peu à peu des colonies ou protectorats « appartenant » à diverses grandes maisons de l’Héritage – ce qui n’a pas manqué de provoquer diverses rivalités coloniales, entrainant des petits jeux malsains (du genre : je finance les rebelles qui t’empoisonnent la vie, mais à la cour d’Hesalreng, entre nobles de l’Héritage, on se fait des risettes…) et une concurrence féroces entre guildes de navigateurs (notamment les Bleus sarreaux de Morthouanne VS la Guilde Pourpre de la Maison des Lagunes, à Nardoresse). Manesh était encore tout enfant lorsque la bataille de Lenfranter, sur le lointain fleuve Serpentaire, a provoqué la chute des comptoirs de Nardoresse, récupérés en douce par les Bleus sarreaux, avec la bénédiction du Duc de Morthouanne et de l’Héritier-Roi Akhil Souranès. Une félonie qui a provoqué la ruine de la Guilde Pourpre et des marins de Nardoresse, dont on trouve des répercussions dans mon troisième tome, Meijo, à travers l’histoire des Rouges-gueules, bande de marins et manouvriers sans embauche mués en brigands. Autre épisode : la vente forcée du joyau des colonies de Narrakhin, la Terre de lavande, aux Souranès, pour éponger la banqueroute des Luari. D’une certaine façon, on peut dire que le jeu colonial a maintenu les grandes maisons de l’Héritage dans un état de tension qui n’est pas sans avoir joué un rôle dans l’émergence de la guerre civile...