mercredi 14 novembre 2018

Quatrième interview de Stefan Platteau












Fantasy à la carte :

Bonsoir, As-tu déjà lu un roman de fantasy que tu as détesté? Si oui lequel et pourquoi?

Stefan :

Hello,

En général, si je déteste un bouquin, je l'arrête en cours. Je ne me l'inflige pas in extenso. De façon générale, si le livre est une collection de clichés, ça ne passe pas. J'ai par exemple arrêté L'épée de vérité assez tôt... ouais... ce serait un très bon exemple de mauvais bouquin, ça, L'épée de vérité...


mardi 13 novembre 2018

SANGS MAUDITS tome 1 de Bettina Nordet


Tome 1: Alliance forcée


Editions du Chat Noir
Parution: 09 avril 2018
300 pages
19.90 euros


Dans un monde édifié sur les ruines d’une civilisation ancienne au savoir prodigieux, détruite par la guerre, et dont les vestiges sont des trésors pour lesquels certains sont prêts à tout, même à tuer, Shanell, courtisane de Nicée, une cité sous protectorat de l’Empire, s’efforce depuis toujours de mener une vie discrète pour protéger son secret. S’il était dévoilé, ce dernier lui vaudrait une fin horrible. Pourtant, l’assassinat de l’un de ses clients, après la découverte d’un complot, fera totalement basculer son existence. Pour survivre et tenter de contrecarrer cette conspiration, la jeune femme se lancera dans un périlleux voyage au coeur des territoires sauvages en compagnie d’un protecteur improbable, qui pourrait bien se révéler le plus grand danger de tous.





"Sangs Maudits, c'est pas du tout ce à quoi je m'attendais et c'est bien mieux comme ça!"

Alors ça si c'est pas une profonde pensée, hein, que demande le peuple (ha oui le diesel moins cher ...😂)? Bref ...

Ne connaissant ni l'auteur ni la maison d'édition, mais en ayant déjà entendu parler en bien (Aely sans doute pour Bettina Nordet), je me suis lancée lors du dernier Masse Critique Imaginaire de Babelio (grand merci à eux ).

J'ai juste lu la quatrième de couverture et l'avertissement "Pour lecteurs avertis". Oui je sais ... mais ça a fini de me convaincre et pourtant je cherche encore en quoi il faut être avertis ... (ou alors les séries de Maas sont classées X :)). Bref, le roman me tentait mais je dois avouer que je m'attendais à de la bluette, sympa certes mais oubliable. Que nenni ! Grossière erreur de ma part et je fais donc mon mea culpa ! C'est un vrai roman de fantasy avec son monde, ses créatures, ses intrigues politiques et un récit qui tient sacrément bien la route.

Le monde déjà: post-apo probablement, en tout cas clairement basé sur les ruines d'une ancienne civilisation bien plus évoluée et disparue. Quelques artefacts ont survécu et ils ont d'ailleurs une valeur inestimable et attisent les convoitises. Sur les ruines de cet ancien monde s'en est bâti un nouveau, plus médiéval et dans lequel les humains vivent regroupés dans des villes ou villages fortifiés. Je parle d'humains, parce que par opposition il existe d'autres créatures, telles les métaberserks qu'il est préférable de ne pas croiser si l'on tient à la vie. Mais il existe aussi toutes sortes de dangers, certains champignons qui envahissent leurs hôtes ou des "contaminés" dont l'espérance de vie est des plus réduites et qui du coup n'hésitent pas à commettre tous les forfaits possibles. Fort heureusement dans le cas de ces derniers, on les sent arriver ...

Dans cet empire dans lequel il n'est pas toujours facile de survivre, nous allons croiser Shannel, une courtisane et Kalden un chevalier-dragon. Alors qu'un de ses clients meurt dans ses bras en lui révélant un complot machiavélique, Shannel trouve refuge auprès des Chevaliers-dragons sans se douter qu'elle se jette dans la gueule du loup. S'en suit un périple, pendant lequel Shannel et Kalden vont apprendre à se connaître mais vont surtout se retrouver confrontés à toutes sortes de dangers. Tout au long de leur parcours, nous allons découvrir ce monde créé par l'autrice. Un monde difficile, dans lequel l'ingéniosité et la force des deux compagnons vont être mises à rude épreuve.

Alors bien sûr, il y a une histoire d'amour entre ces deux-là, mais franchement elle est en filigrane et ne fait qu'ajouter au plaisir de lecture. Kalden déteste les courtisanes et Shannel est extrêmement méfiante alors il faudra du temps pour qu'ils se fassent mutuellement confiance. Et même là, ce n'est pas gagné.

Mais ce qui m'a le plus emballée, au delà du décor créé par l'auteur et qui est vraiment bluffant, c'est que Shannel que l'on aurait pu imaginer comme une belle femme mal adaptée à ce périple, se révèle en fait pleine de ressources et de détermination. Et si Kalden va lui sauver la vie plus d'une fois, l'inverse sera également vrai. Un bel équilibre qui rend la lecture du roman très agréable. Kalden lui aussi saura réserver de belles surprises. Sa confrontation avec le monde réél, va l'obliger à remettre en question son éducation très stricte.

Rajoutons à tout ce qui précède que le style est très agréable, la plume fluide et vous comprendrez qu'à ma grande surprise, j'ai dévoré le roman en deux soirées.

Sangs Maudits est une très jolie découverte, un monde complexe, original et détaillé, des protagonistes fouillés et attachants, des créatures de toutes sortes, des machinations et trahisons en tous genres,  le tout servi par une jolie plume. Franchement, je ne vois pas quoi demander de plus ? Ha si ... le tome 2 ! :) Un joli coup de coeur franchement inattendu et qui me ravit d'autant plus. En attendant la suite de cette série, je vais aller jeter un oeil sur les autres romans de l'autrice.


lundi 12 novembre 2018

LE PARFUM DE LA TRAHISON de Erin Beaty





Éditions Lumen
538 pages
16 euros


4ème de couv :

Ayant prouvé sa valeur en tant qu'espionne et entremetteuse prodige, Sage Fowler est désormais bien introduite dans la haute société grâce à son titre de préceptrice des filles du roi. Quand elle apprend qu'une expédition secrète se prépare, elle saisit cette chance de servir une fois de plus son royaume - et de retrouver par la même occasion l'homme qui est désormais son fiancé, le capitaine Alexander Quinn. Chargée de l'éducation du prince Nicholas, elle observe avec beaucoup d'intérêt la toute nouvelle unité d’élite. Mais l'audace de la jeune fille n'est pas du goût d'Alexander, et leurs relations s'enveniment...

Quand le capitaine poussé par des raisons connues de lui seul, franchit la frontière voisine au risque de créer un grave incident diplomatique, tout bascule. Sage n'a plus le choix : avec pour seule ressource son don pour les langues et une connaissance approfondie de l'adversaire acquise à la capitale en qualité d'espionne personnelle de la reine, elle doit trouver le moyen d'éviter une nouvelle guerre...








Si Sage est ravie de sa fonction de préceptrice des enfants royaux, l’absence d’Alex lui reste pesante. Alors, lorsque celui-ci à peine revenu d’une longue campagne se voit confier rapidement une nouvelle mission, elle voit rouge. En plus il ne veut (en fait il ne peut) rien lui dire. Elle veut partir avec lui, et c’est la dernière chose qu’il désire : la savoir susceptible d’être un danger lui est insupportable.

Mais Sage n’a pas changé depuis le tome 1, si elle est toujours aussi tête de mule, elle est également une habile manipulatrice qui a oublié d’être bête. Elle intrigue donc pour être indispensable dans la nouvelle mission d’Alex. Et comme elle est vexée du refus de ce dernier, elle va lui cacher pendant un certain temps sa présence, histoire d’être certaine qu’il ne pourra pas la renvoyer à Tennegol, la capitale demorane. Le pire cauchemar d’Alex prend forme, dans cette menace de guerre, alors qu’il doit maintenir son unité aux abords de la frontière entre Demora son pays, et Casmun au sud.

Alex a beau multiplier les patrouilles, il ne trouve point d'ennemis. Il se fourvoie, les ordres qu’on lui a donné agissant comme des œillères. Il lui manque des données. Sage, qui comme à son habitude laisse traîner ses oreilles partout, a une vision globale bien plus avisée. Mais comme ils refusent l'un comme l'autre de s’adresser la parole, elle devra manigancer dans son dos pour lui éviter de déclencher justement la guerre que tous veulent éviter...

Le titre de ce volume est on ne peut mieux adapté. Comme une série de quiproquos, chacun va avoir l’impression que l’autre trahi. Doutes, incompréhension les assaillent alors que les événements s'enchaînent et les séparent.

Si le premier tiers de ce volume est plutôt lent, le temps de comprendre les tenants et les aboutissants de la situation géopolitique de la nouvelle intrigue, l'autrice passe soudain à la vitesse supérieure et la lecture devient frénétique. Un jour pour lire un tiers du roman, un autre pour les deux tiers suivants dans un décor nouveau : des dunes à l’infini, des sables mouvants, quelques oasis et enfin Osthiza, la capitale casmunie.

Un final grandiose avec une bataille mémorable dans les gorges du Kaz, la rivière frontière entre les deux pays. Une fin de bataille surprenante et ma foi fort rare dans ce genre de littérature et une conclusion qui met un véritable point final à cette histoire. Erin Beaty nous prépare une trilogie de trois one-shot, c’est extra ! Hâte de retrouver Sage et Alex.
Je tiens également à rajouter que la couverture de ce roman est superbe, tout comme l'était celle du premier tome. Une bien belle collection grâce aux Éditions Lumen.

samedi 10 novembre 2018

[Sorties] Novembre chez Actusf




Collection Hélios
496 pages
8,90 euros

Parution ce 8 novembre


Avis de l'éditeur :

Sylvie Lainé est l’une des voix majeures de la science-fiction en France. Novelliste rare, chacun de ses textes, qu’elle cisèle telle une orfèvre, nous raconte des voyages et des rencontres, et ce qui fait de nous des humains. De « L’Opéra de Shaya » aux « Yeux d’Elsa », en passant par « Un signe de Setty », elle bâtit ainsi une oeuvre tout en finesse, en émotion et en intelligence, qui trouve son écho en chacun de nous.
Fidèle à ton pas balancé célèbre trente ans de carrière. Les vingt-six nouvelles de ce recueil, couronnées d’une dizaine de prix, sont autant de promenades à la découverte d’un ailleurs, et d’un autre, qui n’ont jamais été aussi familiers.





Collection Naos
14,90 euros

Parution le 22 novembre.

Le pitch :


Amaryllis a 16 ans et n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir qui tombe en ruines où elle vit seule avec sa mère austère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier... Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage forcé d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Pour échapper à ce destin, malgré les ombres qui hantent ses nuits, la jeune fille répondra-t-elle à l’aventure fantastique qui se cache derrière les portes fermées d’Esver ?




Et, pour rappel....
puisqu'on a zappé l'annonce des parutions d'octobre !



Actusf
328 pages
16 euros



2030. La fertilité a chuté dangereusement. La vieillesse est devenue la norme, et les jeunes de précieuses ressources nationales.
Dans ce nouveau contexte mondial, la descendance devient une obsession.
Shana, orpheline, voit ses rêves d’intégrer l’armée voler en éclats lorsqu’elle entrevoit ce qu’elle n’aurait pas dû. Lancée dans une quête acharnée pour retrouver sa place, elle croise la route de Cameron, danseur de ballet qui n’a eu d’autre alternative que d’effacer délibérément sa mémoire. Ils trouveront secours auprès du scientifique Nick Clementi, qui craint d’avoir mis le doigt sur une grande conspiration.
Commence alors pour chacun d’entre eux un combat pour rétablir la vérité.
Jusqu’où est-on prêt à aller lorsque les enfants manquent à l’humanité ?



Actusf
440 pages
19,90 euros



Amérique. De nos jours. Ou presque.
Ils sont quatre. Quatre États du Sud des États-Unis à ne pas avoir aboli l'esclavage et à vivre sur l'exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l'Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s'ils parviennent à échapper aux chasseurs d'âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et soeurs en fuite. Le cas de Jackdaw n'était qu'une affaire de plus... mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.
Un roman d'une brûlante actualité qui explore sous le faisceau de l'uchronie une Amérique bien trop familière...

Ben H. Winters sur Bookenstock :



vendredi 9 novembre 2018

NOS DESTINS INACHEVÉS de Sophie Audouin-Mamikonian




Editions Michel Lafon
Parution : 18/10/18 
Prix : 19.95 € 
426 pages



Paris

Catherine n’a pas eu le choix. Lorsque son mari a été assassiné sous ses yeux alors qu’ils s’apprêtaient à découvrir ensemble le secret du prolongement de la vie humaine, la jeune chercheuse a pris la fuite.

New York

Maximilien va devenir fou. Lorsqu’il découvre que la femme en charge du nettoyage de son laboratoire est une brillante scientifique, il est sûr d’avoir démasqué une espionne. Mais plus il apprend à connaître Catherine, plus il tombe sous le charme de cette femme brisée.

Jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Maximilien n’a alors qu’un but : la retrouver.

Une histoire d’amour enivrante, Électrique, Éternelle.





"On peut aimer des romans loin d'être parfaits, finalement aimer un livre c'est un peu comme aimer les gens !"

Bon, je sens que je vais pondre encore une de ces chroniques bizarres mais vous en avez l'habitude. Pour être brève, j'ai adoré ce roman et pourtant je lui trouve des tonnes de défauts.

Déjà, si vous avez lu la quatrième de couverture jusqu'au bout, vous allez tomber sur "Une histoire d’amour enivrante, Électrique, Éternelle.". Non mais franchement, comme si c'était ça l'intérêt de ce livre qui est beaucoup, mais alors beaucoup plus qu'une histoire cul-cul d'amour éternel! C'est un thriller scientifique d'abord et avant tout. Et si j'exagère un peu, je dirais même que l'histoire d'amour entre les deux chercheurs est superflue. Cependant elle apporte une touche de légèreté dans le contexte très glauque du récit. Un peu comme parfois la pincée de sucre dans un coulis de tomate permet d'en faire passer l'acidité pour en révéler toute la saveur. L'histoire d'amour entre Catherine et Max, va être la touche de sucre qui va révéler toute la saveur de l'histoire contée par S.A.M.

Contrairement à mes habitudes, je vais commencer par dire ce qui m'a déplu comme ça c'est fait et ensuite on va se concentrer sur tout ce qui m'a plu au point de dévorer le roman à toute allure.

Déjà la couverture et la quatrième m'ont rebutée et franchement c'est uniquement la nom de l'autrice qui m'a poussée à découvrir le livre. Sinon je ne l'aurais même pas considéré tant le thème proposé est loin de mes envies de lecture. D'ailleurs à la maison, quand on m'a vue avec le livre entre les mains, mes proches ont regardé la couverture avec effarement et m'ont dit "Mais c'est quoi ce que tu lis là ?" avec l'air dégouté qui va bien ...

Je n'ai pas aimé que Max et Catherine soient deux superbes chercheurs immensément riches. Le genre Barbie et Ken ... Il se trouve que je suis chercheuse depuis presque 30 ans, des labos j'en ai vu beaucoup et des chercheurs encore plus. Je n'ai jamais vu de Barbie et Ken super riches parmi les chercheurs du monde entier avec qui je travaille. Donc ce côté caricatural m'a bien fait sourire. D'un autre côté, je pense que S.A.M. a voulu faire un récit de type "série américaine" et dans ces séries effectivement les personnages sont toujours stéréotypés, beaux, très riches, habitant des appartements hyper luxueux et c'est sans doute ça qui a dicté son choix. Donc elle est pardonnée ! :)
Je n'ai pas non plus aimé la scène de sexe très crue entre les deux héros. On sent que l'auteur a voulu faire une scène très hot, tout en étant très réaliste et très respectueuse du corps féminin. C'est tout à son honneur, mais je n'ai pas marché. Ça m'a plus fait rire que frisonner! Ce sont pour moi les deux seules pages ratées du roman (bon 2 sur 426, c'est un bon score, non?).

Voilà, j'ai déballé les points qui m'avaient titillés , je trouve des excuses au principal "défaut", passons maintenant au reste. TOUT le reste que j'ai adoré! Parce que non, ce n'est PAS DU TOUT une histoire d'amour, c'est un vrai thriller avec suspense, rebondissements et morts en série. J'ai marché de bout en bout. La partie scientifique tient bien la route (on comprend pourquoi en allant lire les pages de la fondation de l'auteur), c'est très documenté et très réaliste (enfin sauf Barbie et Ken bien sûr :)). Le scénario est super bien ficelé, et les surprises vont bon train jusqu'à la fin du roman. Et surtout, il n'y a aucune concession. Des gens meurent, même parmi les "gentils" et souvent de façon atroce. Heureusement pour moi (qui suit une chochotte en terme de thriller comme le dit souvent Dup 😁), l'écriture de S.A.M. est toujours aussi légère. Elle permet ainsi de ne pas sombrer dans le glauque intégral, ce qui m'aurait été insupportable. Et c'est là que l'histoire d'amour permet de reprendre son souffle, une petite bouffée d'air avant de replonger dans l'océan de "glauquitude" imaginé par l'auteur.

A dessein, je ne dévoile rien du récit. La quatrième de couverture est largement (in)suffisante et il est beaucoup plus intéressant de lire ce roman en ne sachant rien et en se faisant surprendre. Le seul point sur lequel je tiens à insister c'est que c'est d'abord et avant tout un thriller.

Les deux héros, Barbie et Ken, oops Catherine et Max sont des chercheurs brillants avec le corollaire (malheureusement vrai) qui va souvent avec: ils sont capables de se laisser emporter par leurs recherches et d'oublier ce qui se passe autour. Du moins, jusqu'à ce que ça leur retombe sur le nez. Et quand on parle d'immortalité, on se doute bien que beaucoup de choses et de gens peuvent graviter tout autour. Des gens prêts à n'importe quoi pour s'approprier "la potion magique".

Catherine est un magnifique personnage féminin. Et là, je ne fais pas référence à sa plastique qui n'a aucun intérêt, mais à son caractère. Une femme forte, qui a vécu et va vivre encore des moments absolument atroces. Elle fera face à sa façon. Pas forcément celle que d'autres auraient choisi, mais elle tient la route du mieux qu'elle peut. Elle n'en est que plus admirable.

Maximilien, m'insupporte beaucoup plus. Imbu de lui même, de sa beauté et de son intelligence, c'est exactement le genre de personne qu'on a envie de fuir. Mais cela en fait un personnage bien plus passionnant. L'association avec Catherine n'en sera que plus intéressante.

Comme déjà dit, le récit aurait pu tout aussi bien marcher si ils étaient juste sympas et charmants, sans être des êtres d'une beauté telle qu'ils en sont stéréotypés. Mais ça se passe aux États-Unis, et leur aspect ancre le récit dans ce pays de séries télés aux héros sublimes ...

Que rajouter encore? Que la fin est un peu rapide? Oui c'est vrai, et c'est un autre regret. 
Mais aussi et surtout, que l'autrice m'a vraiment bluffée avec ce récit d'une extrême dureté, dans lequel viol, torture et meurtre font bon ménage. Je comprends son effarement quand elle a vu que certains libraires rangeaient le livre parmi les jeunesses, trop habitués au Tara Duncan ... Ce n'est pas un livre à mettre dans toutes les mains !

Nos destins inachevés, n'est pas le thriller parfait, mais je me suis vraiment laissée emporter par le récit glauque à souhait. La touche S.A.M. m'a permis de le lire sans être étouffée par la noirceur de certaines situations. Je serai curieuse d'avoir l'avis d'experts en thriller (Dup?), qui auront peut-être une vision totalement différente. En tout cas, en ce qui me concerne, ce roman a été une superbe lecture, une histoire haletante, une rythme de fou et un suspense très réussi malgré ses défauts. Une fois de plus Sophie Audouin-Mamikonian a réussi à m'emporter avec ses mots et son imagination. Bien loin de ses terrains habituels. Chapeau !



jeudi 8 novembre 2018

[Audio] LA NUIT DE L'OGRE de Patrick Bauwen









Série : Chris Kovak, livre audio 2
Durée : 13 h et 10 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 19/10/2018
Langue : Français
Éditeur : Audible Studios




Chris Kovak, médecin urgentiste aussi sombre que séduisant, prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu en abandonnant son sac. Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal. Dans le même temps, son ancienne compagne le lieutenant Audrey Valenti enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s'éviter mais leurs chemins vont se croiser.








J’avais déjà fait un coup de cœur du précédent roman de Patrick Bauwen, Le jour du Chien. Et je me retrouve à nouveau confrontée à l’épineux problème de la surenchère. Comment dire que La nuit de l’ogre le surpasse sans user de superlatifs qui pour le coup ressembleraient plus à de la pommade qu’on étale. Parce que oui, j’avais dit également que j’étais fan de cet auteur !

Et puis, après tout, je suis seule maître à bord de cet article et je vais assumer mes propos. Cet audio m'aura accaparée un weekend, et pour le malheur de mon entourage a bien débordé sur les jours suivants : il fallait que je le finisse. Le tandem Bauwen / Agaësse est d’une redoutable efficacité ! Encore un excellent narrateur trouvé par Audible, je crois bien que c'est le narrateur de la majorité des Robin Hobb présents dans leur catalogue.

L’auteur nous déroule une histoire dont l’intrigue tient en haleine du début à la fin. Pire même, elle nous propulse vers un troisième tome car [balise spoil pour le tome 1]nous ne savons toujours pas qui est ce foutu Chien qui opère dans l’ombre au sein même de la brigade criminelle. Plus précisément du groupe "Évangile" attaché à la sécurité du réseau ferroviaire parisien. Je dois avouer que j'ai soupçonné chacun des membres de l'équipe ! [fin de la balise spoil]

Ce qui fait la force de ce thriller c’est avant tout le personnage principal, le docteur Chris Kovak. L’auteur s’est complètement investi dedans puisqu’il le fait urgentiste comme lui. On est donc au plus près de la réalité, avec les détails et les anecdotes qui vont bien et qui pour ma part me passionnent. Surtout que dans cet opus Kovak va devoir enquêter sur la fac de médecine et ces passages vont le replonger dans ses années d’études mouvementées avec une vraie nostalgie qui transpire au cours des pages. Elle fait parfaitement écho à la mienne, même si ce n’était pas la même branche…

Alors pourquoi Kovak enquête-t-il me direz-vous ? Relisez donc le résumé ! Vous rajoutez à cela qu’il est curieux et aime aller au bout des choses. Qu’il est fidèle dans ses amitiés et que lorsqu’il a fait une promesse il la tient, peu importe les dégâts collatéraux qu'il va encaisser. Cette promesse il l'a faite à Greta, sa chef de service aux urgences : il retrouvera sa fille disparue, celle là même qui lui a laissé ce gentil paquet sanguinolent dans sa voiture.

L’autre raison qui fait que l’on avale les heures d’écoute, c’est la présence de Audrey dans l’équipe de flics. Elle était juge d’instruction au tome précédent, elle a choisi de rejoindre le terrain. Peut-être pour donner un peu plus de vitalité dans sa vie ? Audrey et Kovak ont vécu une relation forte, dans laquelle ils étaient vraiment en symbiose avant que celle-ci n’explose complètement, laissant deux cœurs fracassés et vides. Et on se prend à espérer…

Une jeune femme tabassée et abandonnée aux rats des couloirs désaffectés du métro dans un décor sordide, c’est l’enquête de l’équipe Évangile. Le lien avec l'enquête de Kovak : c’est la colocataire de Justine, la fille que notre toubib recherche. Je précise que je ne spoile pas, le lecteur le sait très vite contrairement aux protagonistes de cette histoire. Le reste je vous laisse le découvrir.

D’hôpitaux en facs de médecine parisienne, de couloirs du métro en tunnels désaffectés, l’auteur nous entraîne dans toutes sortes de décors ! Un saut en Baie de Somme avec ses phoques et un séjour en Floride dans les Everglades sont au programme également. On ne s'ennuie pas une seule seconde et on n'attend plus qu’une chose : la suite, car immanquablement il va y en avoir une. Forcément. Énorme coup de cœur. Encore plus gros que le précédent. Si si, c’est possible !


mercredi 7 novembre 2018

Troisième interview de Stefan Platteau













Dup :

Dis moi, d'où t'es venu cette idée de créer une horde de cochons sauvages ? C'est la première fois que j'en croise en fantasy et je dois reconnaître que c'est parfaitement flippant. Une rencontre terrifiante en forêt avec une famille de sangliers ?

Stefan :

Coucou Dup !


Au Moyen Age, le cochon était l'un des animaux domestiques les plus courants. On laissait les cochons aller et venir librement, y compris dans les villes (où ils jouaient éventuellement le rôle d'éboueurs en éliminant les ordures), ce qui provoquait parfois des accidents. L'un des plus célèbres est la mort déshonorante du roi Philippe de France, mort en 1131 à cause d'un cochon affolé qui a traversé brusquement la chaussée devant son cheval, menant ce dernier à se cabrer, renverser et écraser son malchanceux cavalier. L'Histoire a retenu aussi des cas d'enfants mutilés par une truie ou un verrat ; et les cochons avaient parfois aussi la réputation de déterrer des cadavres pour les manger (il est vrai qu'un cochon peut faire disparaître jusqu'aux os). Bref, il n'y a qu'à regarder la bestiasse pour comprendre qu'elle peut se révéler assez menaçante, si l'on fait abstraction de ses grands yeux doux trop humains ( ♥ ). On ne s'étonnera donc pas que le cochon soit l'animal qui a figuré le plus souvent dans les registres de procès d'animaux : plusieurs d'entre eux ont fini justiciés et pendus, pour avoir commis un homicide, à leur corps défendant.

J'ai lu quelque part que, durant la grande peste, des villages entiers étant décimés, les porcs privés de maîtres se réunissaient en grandes bandes (comme les chiens errants) pour marauder les alentours et trouver à se nourrir. C'est ce qui a inspiré la Harde Noire !


Licorne :

Re-bonjour Stefan !
On sent l'historien qui vibre sous l auteur et le chasseur peut être !. Le moyen âge est une période qui inspire beaucoup l'univers de la fantasy. Est-ce la période que tu préfères ? Une autre en particulier ?
Stefan :

Je suis historien de formation. Ma période de prédilection est le Moyen Age. Ma période secondaire l'antiquité. Étonnant, n'est-ce pas? ;) J'ai aussi beaucoup pratiqué l'Histoire vivante, si bien que je sais ce que c'est de porter une armure.



Fantasy à la carte :

Merci Stefan pour ton retour très précis et très intéressant. En lisant ton premier roman, on sent tout le travail derrière. Mais là on s'immerge encore plus dans l'envers du décor. C'est juste impressionnant. Et le résultat est plus qu'à la hauteur. je te dis bravo. Je suis pour le coup très curieuse de lire la suite. Ceci n'était qu'une mise en jambe. Du coup, je rebondis et je demande si tu as un personnage auquel tu te sens plus proche ou plus attaché et pourquoi?

Stefan :

Je suis attaché à tous les personnages d'une façon ou d'une autre... je confesse toutefois un faible pour Varagwynn le batelier, un personnage qui ne me ressemble pas (mais me fait penser à un ami). J'aime son héroïsme humble, l'héroïsme d'un gaillard qui n'est ni un grand guerrier ni un sage, encore moins un mage, mais qui se jette à l'eau (au propre et au figuré) sans se poser la moindre question pour sauver un inconnu, par une simple solidarité humaine - solidarité qui, pour lui, coule de source. L'air de rien, ses petits talents (nager, détecter les remous, diriger un bateau) se révèlent très importants dans le Vyanthryr... j'étais très heureux de lui offrir à nouveau une grande scène héroïque dans le troisième tome (scène qui est aussi un hommage appuyé au Kalevala). Et puis, le batelier n'est pas un archétype très utilisé en fantasy. Il y a pourtant un héroïsme implicite dans ce métier...


Musea Uranie :

Je vais voir les cochons différemment maintenant. La Horde Noire m'a aussi fait penser aux démons de la forêt dans Princesse Mononoké de Miyakazi ainsi qu'aux Nazgul de Tolkien. Plus pour le côté oppressant que physique bien entendu.

Stefan :


Pour la petite histoire, il y a une dizaine d'années, je suis parti en vacances dans le Gévaudan avec tout un groupe de potes. Nous logions dans un gîte à la ferme, dans de hautes collines complètement paumées sans la moindre pollution lumineuse ni maison aux alentours. Les propriétaires vivaient dans une yourte à proximité du corps de logis qui nous était loué. Sur la colline la plus proche, ils gardaient des cochons dans un enclos. Après le repas du soir, je suis parti marcher un peu avec un ami, sous la seule lueur des étoiles. Il faisait tout de même très sombre. J'étais alors en pleine écriture du récit de vie de Manesh ; j'en ai profité pour lui raconter la Harde noire. A la fin de mes explications, nous sommes arrivés à l'enclos des porcs. Il faisait si noir qu'on distinguait à peine leurs silhouettes massives. Mais on les entendais grouiner et faire leurs bruits de bouche inquiétants. Je me suis approché des barrières, j'ai ouvert les bras, et j'ai dû dire à mon pote quelque chose comme : "regarde-moi ça, ne sont-ils pas redoutables et magnifiques?". Il n'a jamais osé approcher.


Cédric Jeanneret :

Bon, j'ai plusieurs questions, alors je me lance (pardon Stefan).

Déjà une question éditoriale : comment es-tu arrivé chez ton éditeurs (les moutons électriques) ?

Ensuite je suis en train de relire en audio les livres sortis (et effectivement le narrateur est excellent, et te connaissant un peu je reconnais ta "voix" dans le texte lu) et je note plein de petits détails qui font sens quand on connaît ce qui vient par la suite.

A ce propos il y a, à la fin du tome 2, une scène de combat avorté entre Manesh et d'autres personnes qui implique un petit oiseau rouge et Kuni. Je me posais la question si l'arrivée de cette dernière est vraiment fortuite, et s'il y a un lien entre Kuni, l'oiseau et les Brumes ?

Une autres questions sur les Antiques, est-ce qu'il y a un peuple de géants, ou/et une race par astre ? Même question pour les Astras, l'on sait qu'il y en a des solaires et des lunaires, mais y en a-t-il d'autres pour les autres astres ? Et des demi-antique (comme Manesh) y en a-t-il des lunaires, des autres astres ?

Est-ce que ce qui peuplent l'Outre-songe est sujet de la même manière aux astres que dans le monde "de la matière)

Est-ce que tu prévois des récits se déroulant au cœurs de l'héritage, dans les colonies et à l'époque antique ? (oui j'en veux plus).

Et finalement (pour le moment du moins) est-ce que des rolistes ont arpentés l'Héritage ? Le font-il encore, pourront-ils le faire dans le futur ?

Stefan :



Maître Jeanneret, vous êtes une canaille ! Tu me poses des questions auxquelles je ne peux pas répondre sans divulgâcher, tu essaies de me tirer des vers du nez ! Mais tu ne sauras rien de l'oiseau rouge, malgré toute ta roublardise !



Concernant les Peuples antiques, il y a effectivement des peuples attachés aux divers Astres Majeurs. Vous connaissez déjà les Solaires et les Lunaires, ainsi que les géants noirs, associés à Kiarvathi (tout comme les ogres). Je puis dire qu'il existe aussi des géants gris, liés à Senthori : comme le veut la nature de cet astre, leur présence tend à "pomper" les énergies d'autrui. Mais quiconque voyage en leur compagnie peut mettre du temps à réaliser leur nature... quant au peuple des Alwynn, les Pacifiques, ils sont liés à Sahari. D'autres peuples voient leur association sujette à débats, comme les Dorholt (nains), généralement rattachés à Atun (la force cachée), parfois à Issa (la colère).



Tout comme il existe des demi-solaires, il existe des demi-lunaires. Ces personnes sont connues pour être rayonnants à la lune pleine, et déprimés lorsque la lune est réduite à un simple croissant. Vivre avec elles ne doit pas être facile... D'autres croisements sont possibles, mais je vous laisse la découverte... rappelons en tout cas que la lignée des Souranès prétend descendre d'un demi-solaire fameux, Souranyar, fils du Roi solaire Samath lui-même, et que les Luari sont fiers de descendre des cinq filles de Kuntola, d'ascendance lunaire.



Quant aux astras, on sait que les 4 grands, utilisés lors de la Gigantomachie (et détruits en annihilant les dieux du Vintou), étaient associés respectivement au Soleil (Sûrastra), à la lune (Lûastra), à Sahari (Sâharastra) et à Atûn (Atûnastra).



L'influence des Astres porte aussi dans les Brumes, bien sûr. Il se peut même qu'elle y soit plus forte sur l'environnement.



Pour répondre à ton autre question, j'espère bien conter d'autres épisodes antiques, mais chaque chose en son temps. Et oui, des rôlistes ont arpenté l'Héritage, mais cela fait déjà quelques années que je n'ai plus le temps de maîtriser. Pour être précis, depuis que j'ai signé chez les Moutons électriques.


Fantasy à la carte :


Bonjour Stefan, en ce dimanche, quel est ton livre de chevet du moment?

Stefan :

"La Passe-miroir de Christelle Dabos. J'aime beaucoup : l'univers, les personnages bien croqués, le côté cruel l'air de rien..."


mardi 6 novembre 2018

Présentation de Stefan Platteau











C’est lors de leur retraite dans un ashram près de Bénarès, où ils étudient le Prandalipapat yoga, le yoga des orteils préhensiles, que le Roi Baudouin de Belgique et la Reine Fabiola (plus généralement connue sous son nom de jeune fille, Dona Fabiola de Mora y Aragon) aperçoivent, dans un panier qui dérive au fil du Gange, un nourrisson à la peau blanche, doté d’une crinière fort précoce et d’un léger duvet de barbe. La mousson a gonflé les flots ; il est évident que cet improbable petit voyageur est en danger. Dona Fabiola n’hésite pas une seconde : elle met en pratique ses récents acquis yogiques. S’accrochant à l’épaule de son noble époux, et retroussant ses jupes, elle étire démesurément sa jambe droite, telle une branche chenue (et un peu noueuse) tendue au-dessus du fleuve. C’est ainsi, d’un pied alerte, que l’héroïque suzeraine d’un peuple héroïque attrape le panier au milieu du cours, et sauve l’infortuné nourrisson d’une mort certaine.


Le Roi Baudouin et la Reine Fabiola de Belgique, illustres adeptes du prandalipapat yoga.


Pour le couple royal, la situation se révèle néanmoins embarrassante. Impossible, bien sûr, d’adopter ce bambin chevelu ! Outre que sa venue compliquerait singulièrement la succession au Trône de Belgique, déjà entachée de trop d’épisodes sanglants, les origines douteuses de l’enfançon – sans doute le rejeton délaissé d’un couple de hippies de Goa complètement shootés — s’accordent mal au prestige d’une famille couronnée. Et puis, un bébé avec un duvet de barbe, tout de même !

Confié à l’ashram, le petit rescapé des flots est éduqué selon les principes du Prandalipapat yoga, dont il pratique intensément les exercices, dès l’âge de six mois. Si son corps perdra par la suite l’essentiel de la souplesse acquise, son imagination, en revanche, en conservera la capacité de s’étirer en d’improbables contorsions. L’enfant découvre par ailleurs la musique, le jour où Sire le Roi des Belges laisse malencontreusement tomber une lourde statue de Ganesh sur le troisième orteil droit monstrueusement affiné – et par conséquent terriblement sensible – de Dona Fabiola de Mora y Aragon.

Promis à une brillante carrière de podositariste (joueur de sitar avec les pieds), métier tenu en très grand honneur dans l’état indien du Karnataka, l’avenir du garnement semble tout tracé. Hélas, c’est alors qu’un leprechaun particulièrement stupide, égaré entre les mondes, et se croyant arrivé à la cour du roi d’Irlande, échange l’enfant contre son propre rejeton (un wookie très mal élevé et souffrant d’une hypervitalité capillaire, que l’ashram conservera pourtant bon gré mal gré, jusqu’à ce que ses poils lui poussent jusque dedans la bouche et finissent par l’étouffer lamentablement, quelques semaines plus tard. C’est néanmoins à l’occasion du bref séjour parmi eux de cet être hors-normes, que les yogis hindous découvriront le Boogie Wookie, une danse que l’on peut qualifier d’échevelée, à laquelle ils prendront désormais l’habitude de s’adonner juste après les prières du soir. Cette mode se répandra rapidement dans tout le nord de l’Inde, mais connaîtra une fin prématurée lorsque les Sikhs, qui se sentent à tort insultés par elle, décideront en représailles d’assassiner la Première ministre Indira Gandhi).

Mais revenons à l’enfant sauvé des eaux (vous avez compris qu’il s’agit de notre futur auteur). Celui-ci poursuit désormais son existence dans le sidh, l’autre monde, au creux d’une légendaire colline du pays de Galles. C’est là, en compagnie des aes sidhe, qu’il apprend les chants des Tuatha de Danaan, ainsi que l’art du juron improbable et celui du grand rire colossal. Il goûte également le privilège d’écouter quelques-uns des chanteurs les plus prestigieux que les deux mondes aient jamais connu : le grand Vaïnamoinen de Finlande, illustre joueur de kantélé ; le légendaire barde Taliesin, nombre de dignes fils d’Irlande, et même l’arrière-petite-fille d’Homère, laquelle, lors d’une mémorable nuit de Samain, exécute l’intégralité de l’Iliade et de l’Odyssée en s’accompagnant au piano. Notre héros conserve un souvenir très vif de son interprétation du combat d’Achille et d’Hector, rythmée par un swing endiablé, soutenue par le contrepoint fracassant d’un gorille joueur de trombone.

Seule ombre au tableau de cette enfance féérique : la proverbiale incompétence du ravisseur leprechaun dans l’art d’élever un petit d’homme. Bien sûr, le gnome hirsute ne manque pas de talent pour enseigner les mauvaises manières ; notre auteur n’a d’ailleurs pas complètement fini de désapprendre ce savoir aujourd’hui (et il lui arrive même encore d’en tirer beaucoup de joie). Mais lorsqu’il s’agit de répondre à la légitime curiosité d’un bambin, mis à part le domaine de la nourriture, et peut-être aussi le fascinant domaine de la vie sociale et amoureuse des poux, le nain se révèle totalement pris au dépourvu. Or, de la curiosité, notre garnement n’en manque pas. Jour après jour, il ne cesse d’assaillir son tuteur de mille questions : quel est le cri de l’ornithorynque ? Les pingouins ont-ils des genoux ? Quand ils marchent en file indienne, les manchots ont-ils un chef qui décide s’il faut partir du pied gauche ou du pied droit ? Pourquoi les tout petits chiens tremblent-ils lorsqu’ils font caca ? Incapable de répondre à ce flot d’interrogations, le leprechaun s’en agace grandement ; au point qu’un jour, à bout de nerfs, il se met en tête de revendre son jeune pupille. En l’occurrence, à un couple de nutons de passage.

Chacun sait que les nutons sont de très honorables lutins du pays wallon. Ces deux-là exercent le métier de cartographe ; leur visite en terre gaélique est motivée par la rédaction d’un volumineux Guide des habitats de collines et tumulus où tout bon nabot voyageur peut trouver à croûter (en abrégé : Guide du croûtard), destiné à servir de référence aux jeunes êtres faés soucieux de découvrir les pays voisins. Apprenant que l’enfant mis aux enchères avait naguère été sauvé des eaux par rien moins que Dona Fabiola de Mora y Aragon, souveraine de Belgique, ils s’empressent de l’acquérir, dans un élan patriotique, non sans avoir hésité d’abord entre une chaumière de Baba Yaga caracolant sous une cloche de verre enneigée, une chope d’abondance, un aspirateur animé pétomane, et d’autres souvenirs incongrus proposés par la boutique de sous-la-colline-des-Gaëls.

Par l’un de ces curieux hasards dont le sort semble s’amuser grandement, voici donc notre héros résident du Royaume de Belgique pour de vrai – O Grââl ! O consécration très enviée ! Installé dans une grotte de la forêt ardennaise avec ses nouveaux parents adoptifs, le voilà qui reprend ses longues salves de questions : les zèbres sont-ils blancs sur fond noir ou noirs sur fond blanc ? Les dinosaures étaient-ils chatouilleux ? Y a-t-il des arcs-en-ciel sur la lune ? Et des vaisseaux spatiaux qui fonctionnent au thé vert ? Si un garçon fait pipi très fort sur la planète du Petit prince, est-ce que le jet part tout droit vers les étoiles, ou fait le tour de la planète, en vertu de la gravité ? Et ainsi de suite, au point que les deux nutons envisagent un moment de laisser tomber leur Guide des habitats de collines et tumulus où tout bon nabot voyageur peut trouver à croûter, pour écrire à la place un Répertoire des questions inutiles, énervantes et résolument sans réponse. Dans leur insondable sagesse, ils conviennent finalement que le Petit peuple n’est décidément pas fait pour élever seul un marmot d’humain, et qu’il est grand temps que celui-ci s’en retourne dans le monde réel. Tout en conservant le bambin sous leur toit (de roche), ils se résolvent à l’envoyer (entre autres) à l’école, au supermarché, à la bibliothèque municipale, sortir les poubelles le soir.

Le monde réel… pour un enfant de cet âge, c’est-à-dire presque sept ans, il est déjà fort tard pour s’acclimater sans mal à cette grisaille. Il est gauche. Il est fantasque, inadapté. On le moque. Les années qui suivent font partie des plus malheureuses de la vie de notre héros. Et même s’il se console en pillant les rayonnages de la bibliothèque municipale et en gribouillant des tas d’histoires stupides sur les pages de ses cahiers, le monde réel peine à lui apporter quelque satisfaction. Il lui faudra attendre l’adolescence, âge où il réalise coup sur coup que 1) les filles, c’est tout de même bien joli 2) il n’est probablement pas le seul, dans son entourage, à avoir été enlevé puis abandonné par des êtres féériques. Ou alors, les humains sont juste bizarres, mais ça, c’est bien aussi.

Quelques années plus tard, il découvre que les voyages sur la terre matérielle peuvent se révéler presque aussi intéressants et instructifs qu’un périple dans le sidh. Plus chevelu que jamais, il visite le Congo, où tout le monde le prend pour Jésus ; se rend au Kenya dans le noble dessein d’enseigner la Macarena aux Massaïs. En Indonésie, il gravit le mont Agung, avec pour unique objectif de cuire son poulet dans les vapeurs volcaniques au sommet – pour se rendre compte finalement qu’il a oublié ledit poulet en bas, avec tout son pique-nique, car il faut se rappeler que c’est un auteur, et qu’en règle générale, les auteurs sont des gens fort distraits.

Pour finir, il accomplit le voyage qu’il ne pouvait manquer de faire un jour : il retourne en Inde, terre de ses origines. L’ashram, hélas, a disparu depuis belle lurette, remplacé par un luxueux hôtel aux mains d’une riche famille saoudienne. La rumeur veut toutefois que les cryptes sacrées des yogis aient été conservées au-dessous de l’immeuble. Souhaitant en avoir le cœur net, notre belge profite d’un instant d’inattention des vigiles pour se faufiler à l’intérieur, et emprunter directement la porte des caves. Au fond de ces dernières, il découvre un mur de pierre noire sculpté d’une longue suite de scènes mythologiques. Une œuvre emplie de bruit et de fureur, de dieux aux bras multiples, de chars redoutables et de yogis guerriers faisant pleuvoir sur leurs ennemis des nuées de disques acérés, expédiés avec les orteils.

Dans l’âme de notre héros, cette vue éveille des souvenirs d’enfance diffus, ainsi qu’une émotion certaine. Il décide sur-le-champ de consacrer sa vie à faire connaître au public les étonnants détours narratifs de ce récit ancestral, cette bande dessinée avant la lettre. Non sans prendre, bien sûr, quelques libertés avec la pierre gravée, parce que, tout de même, faut pas déconner, il a bien le droit d’y mettre son grain de sel, sinon, c’est pas drôle du tout. Après tout, il est auteur, c’est son privilège d’inventer des trucs. Non, peut-être ?

(Voilà. C’est tout ce qu’on sait de source à peu près sûre sur la jeunesse de notre belge de service. Le reste me parait trop fantaisiste pour qu’il soit pertinent de l’intégrer à sa biographie.)

(Mais toi, ami lecteur, sauras-tu démêler le vrai du faux ? Et du presque vrai? Et du vrai en un sens ? Et du quasi rien de vrai ?)





On nous cache tout, mais on n’est pas des moutons ! Comme le prouve ce portrait saisissant de Dona Fabiola révélée par l’éclat de la pleine lune, la Reine de Belgique serait en réalité apparentée au célèbre Gentleman aux cheveux comme du duvet de chardon, et donc capable, comme lui, de voir et d’agir dans les deux mondes ! D’où l’hypothèse, formulée par certains, que notre auteur serait bel et bien originaire du sidh,  le rejeton de quelque faé lancé dans le Gange céleste – si bien que seule la vue onirique de la souveraine aurait permis de repérer son panier, encore invisible aux humains.  




Stefan Platteau et quelques amis du Petit peuple, 

portant le couvre-chef traditionnel des Nutons de Wallonie.






lundi 5 novembre 2018

RHIZOME de Nadia Coste




Éditions Seuil Jeunesse
348 pages
14 euros


Résumé :

2081. Après une catastrophe écologique sans précédent, la planète survit grâce aux Plantes, végétaux importés d'une des lunes de Jupiter, qui purifient l'air et l'eau.
Mais leur prolifération inquiète la communauté scientifique et le gouvernement envisage des mesures drastiques pour contrôler leur développement...
Jaro, un jeune botaniste qui étudie l'évolution de ces végétaux extraordinaires, développe une étrange maladie. Bientôt, il croit entendre une voix à l'intérieur de lui... Une voix qui réclame son aide.
Et si les Plantes avaient besoin d'un ambassadeur pour parler en leur nom ?





Nous sommes en 2081 et notre pauvre planète ne ressemble plus vraiment à ce que l’on connaît. La terre ne produit plus grand-chose, l’air y est quasiment toxique, les océans sont déchaînés. En France, la civilisation se concentre sur une poignée de Sky Cities qui n’ont plus rien à voir avec nos villes. Des immenses tours de plus de cent étages, on prend l’hyperloop, des ascenseurs de la taille d'un bus pour aller travailler. Les tours sont reliées entre elles par des passerelles fermées dans lesquelles circulent des navettes. Plus on a de moyens, d’influence et/ou de pouvoir et plus on habite haut.

Et tout ce monde là ne survit que grâce aux Plantes. Elle n’ont pas d’autres noms que Plantes. Elles prolifèrent partout, tapissent les murs extérieurs et intérieurs, et c’est tant mieux car c’est grâce à elles que les hommes ont de l’oxygène et de l’eau pure.

Jaro, un jeune homme originaire du Zimbabwe qu’il n’a jamais connu, a choisi le métier de botaniste, faisant écho aux croyances animistes de son grand-père. Jaro est à un tournant de sa vie : amoureux de Manuela qui termine ses études dans le social, ils ont décidé d’aménager ensemble, de quitter papa et maman pour lui, papa et papa pour elle. Et ça j’adore. Plus on en lira et plus cela deviendra banal, normal.

Si Jaro étudie les Plantes dans un laboratoire, son patron lui essaye de mettre au point des nano-pesticides pour tenter de juguler leur prolifération inquiétante. Le laboratoire possède un coin de jardin à l’extérieur, ce n’est plus de la production hors-sol. Chaque sortie est une épreuve, mais la toute dernière que vient de faire Jaro sera le virage. Une des plantes présentant une anomalie, Jaro l’étudie de plus près, celle-ci éclate et Jaro inhale une quantité de spores…

Et je vous en ai déjà trop dit alors que je ne vous ai parlé que des 4 premiers chapitres… sur 42. Alors, bien sûr, c’est de la fiction. En plus de la fiction pour un jeune lectorat donc le scénario n’est pas bien compliqué avec des méchants très méchants et des gentils. Des méchants qui veulent restreindre l’expansion des plantes, mais ce faisant, ils les feront toutes souffrir car leurs consciences circulent par le rhizome, cette racine souterraine qui les relient toutes entre elles. Elles ont besoin d’un ambassadeur, elles ont trouvé Jaro.

Ce roman de Nadia Coste véhicule de belles valeurs, écologiques tout d’abord of course. On pourrait presque dire qu’on y va tout droit à cette issue…sauf que nous on n'aura pas les Plantes ! Mais il n’y a pas que ça comme message. On parle de relations de couple, de vieux couples comme de jeunes couples, on parle d’amour. On parle de solidarité, de manipulation, d’abus de pouvoir. Et surtout on parle de la maladie, de la mort, du deuil. Nadia Coste aborde ce sujet de façon brutale comme souvent la mort peut l’être, mais de façon très juste. C’est dur, mais c’est normal, ça l'est. Et c’est malgré tout, tout en finesse que l’on va suivre avec ses personnages toutes les étapes du deuil, alors même que l’intrigue continue à se dérouler et entraînera le jeune lecteur jusqu’au bout de cette aventure pour connaître la chute. Moi je dis respect !

Et tout cela est emballé dans un univers futuriste où tout est interconnecté, même la santé. On ne téléphone plus, c’est has been les portables, on télépense ! :) Partout des drônes de surveillance, des drônes de nettoyage, etc.  Un roman un mettre dans les mains de vos gamins et pas seulement pour un éveil écologique. Il s’adresse aux 12 ans et plus... et non aux 0-3 ans comme c’est écrit sur le site ! Franchement je vous recommande de l'acheter pour eux.


Seconde interview de Stefan Platteau














Dup :

Bonjour Stefan,

Moi je suis curieuse de ce Prandalipapat yoga ! Un petit tuto à nous montrer ? Un peu plus d'explications ? Ou peut-être des cours aux Imaginales ? Sur la pelouse comme Nabil Ouali !

Stefan :


Mais oui, Dup, j'y ai pensé ! Un cours de Prandalipapat yoga sur pelouse, animé par mes soins, est déjà programmé pour la Worldcon de 2020 à Wellington, Nouvelle Zélande. Si vous êtes intéressées, hâtez-vous de réserver vos places ! Et pour le voyage, je peux avoir des tarifs préférentiels par zeppelin, si vous le souhaitez.



Phooka :

Bonjour Stefan,

Alors je me suis lancée dans l'audio de Manesh et c'est un immense plaisir d'écoute. L'oralité dont tu parles dans tes réponses prend là toute son importance effectivement. Comment se passe la création de l'audio? Quel est le rapport de l'auteur avec le narrateur? As tu ton mot à dire? L'as tu écouté (du moins partiellement ?) . Quel a été ton sentiment?

Stefan :

Je n'ai pas encore écouté tout le livre audio, faute de temps, mais j'en ai écouté divers passages, et le résultat est très réussi, à mon sens ; je suis ravi qu'il te plaise ! En effet, c'est un texte fait pour être lu, et d'ailleurs, je me relis moi-même à voix haute lorsque je finalise un chapitre, pour voir s'il "tombe bien en bouche". C'est important qu'il passe bien à l'oral : c'est le récit d'un barde !


Chez Audible, j'ai eu la chance de pouvoir compter sur un comédien très impliqué, lecteur fervent, qui souhaitait rendre justice à la vision de l'auteur. Du coup, il m'a sollicité pour diverses choses, et notamment pour préciser la prononciation des noms propres, et valider certains effets sonores. Concernant les noms propres, justement, il m'a même donné des devoirs, puisque j'ai dû prononcer au micro des listes de noms, les enregistrer et les lui envoyer ! Matthieu (le comédien) a brillamment relevé le défi de rendre une prononciation qui mélange l'hindi et des langues celtiques.



Ramettes :

Merci pour ta réponse... c'est un sujet qui me touche de près... le petit dernier est parti pour vouloir les cheveux longs... Aura t-il la force de Samson, nous verrons... Bon passons à autre chose.

As-tu des affinités avec la navigation fluviale ou as-tu fait des recherches pour ta saga ?


Stefan :

Je n'avais pas d'affinités particulières avec la navigation fluviale avant d'écrire Manesh ; j'ai découvert toute la richesse du métier de batelier lors de mon travail documentaire préalable. Je me suis rapidement rendu compte que mon pitch de départ - une expédition qui remonte un fleuve vers sa source à travers la forêt vierge boréale - n'allait pas de soi. La navigation fluviale au Moyen Age n'est pas une mince affaire, y compris au beau milieu d'un royaume bien urbanisé. La descente est bien plus aisée que la remontée, au point que, dans nos régions, beaucoup d'embarcations rudimentaires étaient simplement démontée à la fin de leur voyage vers l'aval et leur bois revendu (on ne se donnait pas la peine de les hisser vers l'amont : c'était un voyage trop long, au point qu'il était plus rentable d'en construire une autre !). Le meilleur moyen de remonter un bateau de valeur restait le halage, mais cela suppose de gros travaux d'aménagements des rives, possibles seulement dans des royaumes prospères ! Les haleurs constituaient d'ailleurs un métier à part, distinct des bateliers. Evidemment, dans la forêt de Vyanthryr, pas de chemin de halage ! Il faut soit se risquer sur la berge gelée, lorsqu'elle est praticable, soit user de la voile, de la rame, ou mieux, de la perche si le fond est assez proche. Mais les gabarres du capitaine Rana sont déjà fort massives ! La jument du capitaine est également employée au halage. Et puis, bien sûr, il n'y a pas non plus d'écluse, ni même de pertuis (sorte de pente tenant lieu d'écluse pour franchir une cascade), si bien que la seule façon de franchir une chute d'eau importante, c'est de porter le navire sur la rive ! Enfin, il y a tous les dangers habituels de la navigation, aval comme amont, à commencer par les hauts-fonds. Pour franchir ces derniers, les gabarres disposent d'ailleurs d'un système de gouvernail ingénieux nommé la piautre, en usage depuis le Moyen Age. Il s'agit d'un gouvernail monté sur une barre diagonale, ce qui permet au batelier d'en contrôler la profondeur, et de le relever si le tirant d'eau diminue. Bref, après réflexion, la remontée envisagée par le capitaine Rana était possible, mais source d'aléas et de difficultés qui sont autant d'occasions de péripéties intéressantes à narrer ! Autre avantage : la possibilité de mettre en avant les bateliers, donc de laisser jouer un rôle de premier plan à des personnages qui ne sont ni de grands guerriers, ni des mages, ni des voleurs, ni aucun des archétypes habituels de la fantasy, mais appartiennent aux classes populaires, que je souhaitais rendre bien présentes et bien vivantes dans ma saga.

Je ne vais pas développer la question davantage ici, mais juste pour vous donner une idée, j'ai rencontré, sur le web, des sites répertoriant tout le vocabulaire de la navigation fluviale traditionnelle. Certains de ces sites répertorient plusieurs centaines de mots qui m'étaient inconnus ! Voir par exemple : http://projetbabel.org/fluvial/b.htm




Riz-Deux-ZzZ :

Je découvre l'Homme et je suis plutôt rassurée : si Manesh est dans la même veine que cette biographie haute en couleurs, je vais plonger dedans sans hésiter !

Stefan :

Alors "Manesh" n'est pas précisément dans la même veine, c'est un récit nettement plus "sérieux". La saga comporte l'une ou l'autre scène gargantuesque potentiellement amusante, mais ça reste une approche réaliste avant tout... en revanche, je me suis amusé à placer, dans ma bio, mes principales influences mythologiques : védiques (Inde), celtiques, grecques et latines, scandinaves, finlandaises...


Phooka :

Puisqu'on parle du fleuve, je ne peux pas m'empêcher de penser au Monde du Fleuve de Philip José Farmer quand j'écoute Manesh. Je l'ai lu il a tellement longtemps que je ne m'en souviens quasiment plus, sauf que j'avais adoré et que les héros avaient construit des bateaux pour remonter le fleuve. D'où mon analogie. Est ce que ça a pu être une influence ? 

Stefan :

Hello Phooka,


Je n'ai pas lu le Monde du fleuve, mais tu n'es pas la première à m'en parler, depuis la sortie de Manesh ! Il faudra que je m'y mette un jour...



Musea Uranie :

Bonjour Stefan, 

J'ai terminé Manesh ce week-end et whoua quel livre ! Je suis fasciné par l'univers que tu as réussi à créer et de toute cette poésie qui s'en dégage. Comment as-tu travaillé l'univers pour que tout puisse résonner de cette façon ? On a presque l'impression que tu as vécu cette traversé avec eux et côtoyé Manesh.

Stefan :

Merci pour ces compliments, Musea Uranie ! Je suis heureux que mon univers ait su t'embarquer !


La réponse à ta question est complexe... disons que pour bâtir un univers riche (et qui ait de la profondeur, et sa propre personnalité), il me semble qu'il faut le porter en soi longtemps, et surtout, l'emmener avec soi partout où sa petite boule de neige peut agréger des choses intéressantes : en voyage, au musée, lorsqu'on est plongé dans un bouquin d'Histoire, ou dans un Science et vie, ou même dans un Courrier international... se nourrir de faits humains au sens large, et éprouver souvent l'envie d'intégrer ces faits à son propre monde imaginaire. "Wow ! Quelle superbe mosaïque byzantine ! J'ai envie que ce genre de mosaïque existe dans mon univers, mais à quelle culture les rattacherais-je? Et surtout, comment les "dévier" pour que ce ne soit pas seulement un décalqué de Byzance, mais quelque chose de neuf, propre à mon univers?" Quand on se pose ce genre de questions, on peut, par exemple, choisir de garder la technique des artisans antiques, mais changer les motifs représentés, ou inventer des émaux rares très prisés de l'Empereur, ou des propriétés magiques, ou va savoir quoi... Un monde, c'est vaste, cela permet d'intégrer de nombreuses idées ! Mais il faut tout de même faire le tri, pour garder des lignes fortes, des traits de personnalité qui forgent l'identité de l'univers, ou du moins de l'ensemble géographique et culturel plus restreint dans lequel on a choisi de situer l'action. Dans le cas de mon "Royaume de l'Héritage", les deux influences fortes sont la culture Hindoue et les cultures celtiques. Ce royaume, c'est un peu comme si les Celtes avaient conquis l'Inde antique, ou le contraire (le climat est plus proche de l'Europe), et que tout cela avait évolué en une seule civilisation jusqu'au niveau technologique de la fin du Moyen Age.



Ce qui nous amène à un autre point : créez votre monde avec ce que vous êtes. C'est la meilleure façon de créer un univers original, ou au moins, qui ait sa propre personnalité. Comme le démontre très sérieusement ma bio (^^), j'ai vécu en Inde étant enfant, plus précisément entre mes 4 et mes 6 ans, à une époque cruciale de mon développement (je n'ai pas de souvenir antérieur à cette période indienne. C'est comme si j'étais vraiment né là-bas). J'ai donc baigné très tôt dans les mythes et épiques Hindous. Il était logique que j'éprouve une forte envie de les exploiter, et c'est sans doute l'une des choses qui donne à mon univers sa couleur propre. En même temps, tant qu'à passer des années d'exil dans ce monde-là, je me voyais mal ne pas embarquer avec moi une part de mes amours celtiques et finnois - sans parler de l'antiquité grecque et latine. Arriver à marier toutes ces influences en un tout cohérent qui soit plus que la somme des parties demande aussi du temps. C'est une alchimie qui se distille lentement, dans le creuset de nos imaginations d'auteur... 



Enfin, il est important d'avoir des racines cachées, c'est-à-dire des parties immergées de l'Iceberg, que l'on ne montre pas forcément au lecteur, mais dont celui-ci peut deviner la présence par moments, au détour d'une allusion ou d'un petit détail du texte : Histoire et géographie du monde, courants de pensée, faune et flore, j'ai des pages et des pages à ce sujet, encore inexploitées (ou très peu) dans ma saga. Pour moi, c'est important de faire ce travail, parce que les lecteurs "sentent" vite si ces racines cachées sont profondes, ou si les noms qu'on lui jette en pâture ne sont que de la verroterie pour faire joli. Mais soyons honnêtes, je le fais avant tout pour moi, parce que le World building me passionne, historien de formation que je suis !


Fantasy à la carte :

Bonjour Stefan, je me demandais si tu avais eu plus de difficulté à écrire un roman plus qu'un autre pour ce cycle. Ton œuvre est assez magistrale, c'est un sacré travail.

Stefan :

Hello ! Chaque livre impose ses difficultés propres. Bien sûr, le plus difficile à écrire fut sans doute le tome 1, parce que c'était mon premier roman, qu'il s'agissait de jeter les bases de la saga, de forger un style et créer une voix (celle du Barde), et aussi parce que le twist qui survient au trois quarts du livre n'était pas évident à mener (c'est assez tendu, quand on y réfléchit).


Mais paradoxalement, le premier tome est également celui où l'auteur est le plus libre, puisqu'il démarre avec une page vierge ; et puis le processus d'écriture s'est étalé sur presque 8 ans, sans deadline : quand un éditeur attend de vous un manuscrit remis dans les temps, la pression qui en résulte augmente le sentiment de difficulté (il faut être bon, mais il faut l'être en bossant vite).

C'est donc l'écriture du tome 3 qui m'a laissé la plus grande impression de défi, et même d'épreuve. D'abord parce que c'est celui qui m'a demandé d'écrire le plus grand nombre de pages en un minimum de temps, ce qui m'a amené, les trois derniers mois, à bosser parfois 12 à 14h par jour. A la fin d'un tel marathon, vous avez le cerveau en compote, c'est à peine si vous vous souvenez du prénom de vos proches ou de votre numéro de téléphone.


Attention, spoilers ! Mais la teneur du bouquin représentait aussi un défi de taille, en raison des thèmes traités dans le récit de la Courtisane. D'abord, cette partie de son dit est plus sordide, ce qui pourrait laisser de côté une partie du lectorat, avide d'action héroïque. Nous sommes dans de la "social fantasy". Il fallait donc maintenir l'intérêt avec les éléments fantastiques liés à l'Outre-songe, avec les épreuves traversées par les personnages de Meijo et Shakti, et la complexité malsaine de leur relation.


encore spoilers ! Le développement de cette dernière représentait d'ailleurs mon défi majeur. Nous avons affaire à un personnage principal féminin sous influence, et même manipulé. Il peut être difficile de s'enthousiasmer pour un personnage manipulé, surtout lorsqu'on est habitué aux grandes guerrières et autres héroïnes à fort tempérament. De plus, il est toujours plus aisé de détecter une manipulation de l'extérieur, que lorsqu'on est pris dedans. De l'extérieur, on est vite tenté de juger la victime stupide ou naïve. Pourtant, dans la vraie vie, les personnes manipulées par un proche sont souvent des personnes intelligentes, dotées d'une empathie supérieure à la moyenne, et davantage portées à se remettre en question que la moyenne - qualités qui sont retournées habilement contre elles par le manipulateur. Bref, il s'agissait d'être juste sur ces mécanismes, d'expliquer comment et pourquoi une femme forte (au fond) retourne sa propre force contre elle-même, s'englue et se piège dans les rets du manipulateur. De ce point de vue, le portrait de Shakti est tissé sur les trois tomes, par petites touches. Ses fissures tiennent notamment à la mort d'un père "abandonné" à son sort par la mère (elle a refusé de punir le fauve meurtrier, lequel est d'ailleurs son vassal, et même accusé le père d'être seul responsable de son propre trépas), et à la colère (et aux doutes insidieux !) que cet abandon a provoqué chez l'enfant Nisu, qui grandira dans une vision du monde où les mères sont impitoyables et les hommes des victimes à sauver. Son histoire se poursuit avec le meurtre symbolique de ladite mère à travers une ourse qui n'est pas femelle sans raisons (narratives), et la fusion amoureuse avec un homme qui partage la même blessure qu'elle, à savoir un père absent (les amours fusionnels, il me semble, sont souvent basés sur des failles partagées, plutôt que sur des forces échangées, et c'est ce qui les rend tragiques au final). Elle débouche sur l'impossibilité profonde, pour Shakti, d'abandonner à son tour son homme, par crainte de reproduire ce qu'elle reproche à sa mère. J'avoue avoir refusé de souligner ces "clés" au gros traits rouge : j'aime laisser le lecteur creuser par lui-même ; mais je les mettrai à plat dans le tome suivant. ça, c'est pour la psychanalyse de Nisu ; l'histoire d'une femme qui ne peut s'empêcher de vouloir à tout prix sauver un homme, pour "réparer" la blessure de son enfance. Mais il y a aussi des raisons tout à fait matérielles et sociales à l'emprise de Meijo, dont la difficulté, pour une femme migrante, de survivre seule sans devoir recourir à des expédients peu avouables, le peu de protection qu'une société patriarcale offre aux femmes contre les manipulateurs masculins, et bien sûr "l'excuse" de l'Outre-songe, qui vient brouiller les cartes.

J'ai fait le pari que le lectorat féminin (et une partie du lectorat masculin) serait sensible à ces thématiques, ou même s'y retrouverait. Et je serais ravi d'avoir vos retours là-dessus !

Au final, le tome 1 comme le tome 3 sont bâtis autour d'un personnage qui se révèle ne pas être ce que l'on croyait, et auquel on finit par découvrir une forme d'héroïsme remarquable et inattendue - un héroïsme à dimension humaine, plutôt qu'un héroïsme de superhéros. Pour moi, ce sont les dimensions essentielles de ces deux romans ; mais ce ne sont peut-être pas celles qui vous sauteront aux yeux à première vue.
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