mercredi 22 mars 2017

5ème volet de l'ITV de ESTELLE FAYE



Et hop, 5ème volet !

Les précédents :
ITV 1




                                   © Fabien Legeron



Juste deux mots avant de lui laisser la parole : Bienvenue Estelle !



Bonjour lectrices et lecteurs de Book en Stock ! 


Enfin, dans le cas présent, "bonjour", c'est rhétorique, vu que j'écris cette présentation de nuit - ça ne surprendra pas ceux qui me connaissent - et de la caféine plein les veines - rien de très original pour moi non plus...

Je vous écris depuis mon bureau, au dernier étage d'un immeuble anonyme en banlieue parisienne, avec une vue imprenable sur les pics de pollution, quand il fait beau. Mon bureau est tapissé d'images, des affiches de ciné et de théâtre, des photos d'océans et du bout du monde, des reproductions de cartes anciennes, des illustrations de fantasy...Il y en a partout ou presque, sur les murs, les étagères, sur ma table de travail, sur les haut-parleurs de mon ordi. La prochaine étape, c'est le plafond, il est encore blanc et vide, il ne devrait pas rester longtemps ainsi. 
Poursuivons la visite. Sur la droite, un fauteuil hors d'âge, autrefois noir, aujourd'hui gris, décoloré par le soleil, avec son chat intégré - Fenby, plus noir que le fauteuil, pur gouttière, dix kilos de muscles. Au sol, des cahiers de notes et des feuilles de brouillon, des vagues de papier qui s'étalent et refluent au rythme de mes projets. Des livres dans tous les coins, évidemment, des films aussi. Sur la gauche, une énorme armoire limousine, héritage familial, avale un tiers de la pièce. Un meuble monstrueux en chêne massif, vieux de plus d'un siècle. Parfois les tiroirs dedans se déplacent, la porte s'ouvre toute seule en grinçant, c'est mon poltergeist personnel. Mon bureau a un côté cabinet de curiosités, il s'est garni au fil du temps d'une foule d'objets divers, ça va de la sirène immobile à la rapière brisée, en passant par un bonzaï de verre, un véritable chapeau claque, un esprit marin en bois flotté... 
Au fond, près du radiateur, trône une unique plante verte, une sorte de mini-palmier hawaïen, installé là un jour où j'étais en manque de voyages. Ce végétal tenace se débrouille depuis quatre ans déjà pour survivre au milieu de mes deadlines. Il mérite un certain respect. Le printemps et l'aube approchent. Bientôt les rossignols vont chanter. 

Encore merci à Dup et Phooka pour leur invitation ! Pour mieux répondre à vos questions, je vais préparer du rab de café. 

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Tir groupé de Ramettes :

Bonsoir
Me voilà de retour... j'ai posté ma chronique de Thya et j'ai eu un petit moment de flottement pour poser d'autres questions. Après quelques péripéties me voilà plongée dans "Enoch" j'ai bien apprécié que ce soit vraiment la continuité du voyage. Si j'ai bien compris quand tu as présenté ta trilogie à un premier éditeur ta trilogie était complètement écrite ? Il y a un côté Ulysse avec qui les Dieux amusaient et cette question sur le destin que penses tu de cette impression de lectrice ?
Bon week-end ! 


Re-bonsoir
La nourriture est assez frugale dû aux conditions de voyage. Mais en lisant ce qui se passait au banquet chez les Nodes (Enoch) j'ai fait le rapprochement avec celui chez le romain (Thya ) et dans les deux cas ça finit mal.. simple coïncidence ? Ou les excès conduisent au drame ?


Bonjour
Je me demandais si le fait que la voie des Oracles était sortie chez Folio (tome 1&2) avait permis d'attirer un autre lectorat ? Ça tu risques de le voir dans les prochains salons peut-être. Et pas que pour des raisons économiques... Je pense à ceux qui ne vont pas côté jeunesse. Je pense aux librairies qui ont séparé un lieu jeunesse, un autre adulte... exemple Sauramps à Montpellier. ..

Estelle :

Bonjour Ramettes,

et voila trois réponses en une - et même un peu plus...

Pour commencer par le début : quand j'ai présenté ma trilogie à un premier éditeur, j'avais déjà les premiers chapitres de "Thya", le synopsis de base des trois tomes, la structure de chacun des tomes, et surtout le twist du tome 3 (c'est dans cet état-là que je présente mes projets, en général, en prévenant bien les éditeurs que le synopsis va probablement changer en cours d'écriture). 
Par contre je n'avais pas écrit les tomes entiers . Je voulais écrire chaque tome après avoir au moins quelques retours de lecteurs sur le précédent, pour intégrer les remarques, les impressions des lecteurs à l'histoire. Il y a ainsi, par exemple, un personnage qui n'aurait pas dû aller plus loin que le tome 1, ou à la rigueur le début du tome 2, qui a tellement plu aux lecteurs que je me suis demandée s'il n'avait pas plus de potentiel que prévu. Et effectivement, il en avait. Il est devenu un acteur essentiel du deuxième tome. Et dans le tome 3, j'ai promis aux lecteurs un vrai moment de bonheur pour Enoch. A toi de juger si la promesse est tenue !
Jean-Paul Arif (l'éditeur de Scrineo) a tout à fait compris ma démarche. Il m'a juste dit que dans ce cas, je devrais écrire assez vite pour qu'il y ait moins d'un an d'attente entre chaque tome. J'ai trouvé ça faisable ( comme je l'ai dit plus haut, c'est la préparation en amont des romans qui me prend beaucoup de temps, plus que leur rédaction). Voilà d'où la série est partie.


Pour ce qui est d'Ulysse, du destin et des dieux qui jouent avec les hommes, c'est en effet une de mes références, je suis ravie que tu l'aies perçue.


Pour ce qui est des coups durs qui arrivent après les banquets, et après les moments de bonheur en général, c'est surtout un classique du roman d'aventures : on varie les rythmes, les émotions, on accorde des moments de pause à ses personnages pour mieux les relancer dans les pires ennuis juste quand ils baissent leur garde...


Enfin, pour ce qui est de la sortie chez Folio, j'ai encore très peu de recul dessus. De ce que j'ai vu lors des premiers salons du printemps, j'ai l'impression que ça attire de nouveaux lecteurs en effet. A voir dans quelques mois ce qu'il en est !


Et rien à voir, j'aimerais bien un jour revenir pour une dédicace à Montpellier !


lundi 20 mars 2017

ENFANT DU CHAOS de Eva Simonin




Les indés de l'imaginaire
Collection Naos
331 pages
16 euros


Résumé :


Depuis la mort du dieu de l'Équilibre, le chaos ne cesse d'augmenter.

À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. 
Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leur rang pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses. Mais ses origines pèsent lourd sur ses épaules et compromettent sa place parmi les pompiers. Son existence n’est-elle qu’une nouvelle manifestation du chaos ? Anielle n’aura de pire ennemi que sa propre nature, convoitée par certains, redoutée par d’autres.



L'avis de Dup :

L'univers créé par Eva Simonin est complexe et ma foi bien passionnant, une fois qu'on a appréhendé tous les tenants et les aboutissants. Ce qui n'est pas si aisé au départ de cette lecture d'ailleurs car on est plongé directement dans une histoire avec peu d'explications des événements qui s'y déroulent. On sait juste qu'on se trouve sur la sphère d'Okkia. Sphères que j'ai assimilé à de toutes petites planètes, mais c'est mon interprétation, jamais nous n'avons confirmation de la chose.

Les sphères de ce monde communiquent normalement entre elles par une sorte de portail, un seuil qui dépend de l'équilibre des forces cosmiques. Ce seuil situé dans la Cité des Dieux et gardé par les Veilleurs, est fort bien croqué par Melchior Ascaride sur la couverture du roman. On voit les différentes forces cosmiques s'échapper vers le ciel.

Or Okkia a bien du soucis à se faire car depuis quelques temps le déséquilibre des forces maintient le seuil fermé, malgré tous les efforts des deux Veilleurs en place. Son économie dépendant entièrement des échanges avec les autres sphères, cet isolement qui dure pèse de plus en plus sur la population et le gouvernement en place. Des foyers d'agitation, de mécontentement fleurissent en ville.

La fermeture du seuil n'est pas la seule résultante du déséquilibre des forces cosmiques : L'excédent des forces du chaos provoque également des tempêtes arcaniques dévastatrices sur Okkia ainsi que l'apparition de dangereux spectres amateurs de chair humaine...

L'auteur nous propose de suivre Anielle, une jeune fille qui vient d'échapper à l'attaque d'un spectre alors que toute sa famille a été décimée. Recueillie par les pompiers arrivés trop tard sur les lieux, elle décide de rester parmi eux et s'engage à leurs côtés dans cette lutte incessante contre ces monstres.

Les origines d'Anielle vont se révéler incertaines, troubles et vont intéresser la princesse Maranée qui va réussir à la débaucher et la prendre à son service. On va alors plonger dans les intrigues politiques d'Okkia. En effet la sphère d'Okkia est dirigé par un gouvernement depuis que le père de Maranée a abdiqué. Cette dernière va tout faire pour rassembler ses partisans et tenter de reprendre le pouvoir en profitant du chaos ambiant. Intrigues, manipulations, chantages... Mais le destin d'Anielle va s'avérer plus complexe.

L'évolution du personnage principal dont le prénom est judicieusement bien trouvé sera intéressante à suivre même si je l'ai trouvé un peu long à venir. Ses origines et la dualité qui en découle restent cependant passionnantes. Si Maranée m'a exaspérée dès le début, j'ai beaucoup apprécié un autre personnage qui lui gravite autour : Yonne. Il reste hélas bien trop en retrait dans ce premier tome mais on sent un fort potentiel qui ne demande qu'à éclore dans les tomes suivants.

Un univers unique et complexe bien mis en place, des personnages qui peuvent encore nous surprendre, une écriture fluide, pas de doute je serai au rendez-vous pour la suite de l'aventure.



samedi 18 mars 2017

Le prochain Davoust en image







1er tome d'une trilogie annoncée, celui sortira le 18 mai.
Ce beau bébé fera quand même 700 pages dès la naissance, et grandira très vite : tome 2 annoncé en novembre et tome 3 en mai 2018 !!!


Le pitch :




Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal. 
Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l’espoir de tout un peuple.


Source Elbakin


jeudi 16 mars 2017

Envie d'approfondir l'univers de Nathalie DAU ?



Bientôt... enfin, un bientôt lointain :(



 En septembre probablement
10 nouvelles et 1 novella

Et toujours une superbe couverture de Melchior Ascaride
*bave*




Le temps s’abreuve à de nombreuses sources.

Ton présent, Ceredawn, fut préparé de longue date, que nous l’ayons souhaité ou non.
Tu dis que tu veux comprendre ? Alors écoute, mon garçon. Écoute, ressens, apprends… et souviens-toi de tout ce qui fut avant toi.
Rassembler nos fragments te donnera plus claire image de l’avenir que tu es destiné à bâtir.


Cosmogonie, Éradication, dragons, lune bleue, maîtres-chats, démons incarnés, l’amour improbable d’un roi pour son esclave… et l’origine d’un dorsal, d’une statue aux bras brisés, d’une amitié nourrie de fascination et plus puissante que la mort. Dans ce recueil, Nathalie Dau lève le voile, par petites touches, sur les événements situés en amont de son cycle "Le Livre de l’Énigme". Et prolonge l’enchantement.




mercredi 15 mars 2017

Sortie de Hope et Red de Jon Skovron

L'Empire des tempêtes

Tome 1 : Hope et Red

sortie le 15/03/2017



Editions Bragelonne
sortie le 15/03/2017
22 euros



Hope est l’unique survivante du massacre de son village par les Biomanciens, les serviteurs mystiques de l’empereur. Recueillie par un soldat vinchen, elle a suivi un entraînement secret, faisant d’elle une guerrière qui ne vit que pour la vengeance.

Red est un orphelin adopté par une ancienne mercenaire issue de la pègre. Il est devenu un voleur et un escroc au talent inégalé.

Quand un chef de bande sanguinaire passe un marché avec les Biomanciens pour contrôler les bas-fonds de la cité de Laven, les destins de Hope et de Red se croisent. Et leur alliance improbable va les conduire bien plus loin qu’ils l’auraient imaginé…

mardi 14 mars 2017

[BD] L'ARABE DU FUTUR tome 3 de Riad Sattouf

Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987)





Editions Allary

06/10/2016

160 pages

20.90 euros




L'Arabe du futur raconte la jeunesse de Riad Sattouf au Moyen-Orient. Dans le premier tome publié en 2014 et qui couvre la période 1978-1984, le petit Riad est ballotté, de sa naissance à ses six ans, entre la Libye, la Bretagne et la Syrie. Le deuxième tome, paru en 2015, raconte sa première année d'école en Syrie (1984-1985). Dans ce troisième tome (1985-1987), après avoir suivi son mari en Libye puis en Syrie, la mère de Riad ne supporte plus la vie au village de Ter Maaleh. Elle veut rentrer en France. L'enfant voit son père déchiré entre les aspirations de sa femme et le poids des traditions familiales...


L'avis de Phooka:




Cinq volumes prévus


  1. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)
  2. Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985)
  3. Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987)

Traduite dans dix-sept langues (dont le finnois et le coréen), multi-récompensée, publiée un peu partout en Europe, la série, fait rarissime, a même traversé l'Atlantique.

L’un des cinq livres français les plus traduits dans le monde en 2014 : Allemagne, Brésil, Corée, Croatie, Danemark, Espagne et Catalogne, États-Unis, Grande-Bretagne, Finlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Slovénie et Suède. (site Allary)



Suivre le parcours du jeune Riad Sattouf est un pur plaisir. Enfin "plaisir" est peut-être un mot mal choisi, car sa jeunesse est vraiment très dure et souvent on en souffre pour lui, peut-être même plus que lui car son innocence le protège de beaucoup de maux.

Riad a maintenant 7 ans. Il grandit et il comprend de plus en plus ce qui l'entoure. Ce sont les années 1985-1987. Son père est toujours un rêveur qui pense devenir un grand homme en Syrie. Sa mère elle, déprime. C'est elle qui souffre le plus de cette situation, elle ne supporte plus la vie en Syrie. Sa culture et trop éloignée de la culture syrienne et si pourtant elle est bien acceptée dans sa belle-famille, sa vie de tous les jours devient trop contraignante.  Le couple commence à se déchirer. 



Quant à Riad, il observe et comprend de plus en plus ce qui se passe autour de lui. Ses camarades d'école ne l'épargne pas, lui le blondinet à boucles, premier de la classe. Il doit faire profil bas. Et puis il y a les adultes au comportement si étrange. Ils disent des choses et font l'inverse. L'exemple le plus frappant ce sont ces Saoudiens, qui ne parlent que de respect de la religion mais qui achètent des vins coûteux en fraude. Et puis il y a son père, qu'il admire mais qui a pourtant un drôle de comportement lui aussi. Il est prêt à tout pour satisfaire ses ambitions, lui le prof qui devrait être admiré en Syrie. Mais Riad est surtout triste pour sa mère qu'il voit dépérir à vue d’œil ...

Encore une fois, Riad Sattouf, nous entraîne avec lui avec bonheur pour nous faire comprendre sa jeunesse. Un monde rude et difficile. ce troisième opus est plus sombre que les précédents car le petit Riad commence à comprendre beaucoup de choses. Un tome passionnant, une fois de plus. Une BD à lire absolument !



Depuis l'écriture de cette chronique il y a bien longtemps, j'ai eu la chance de rencontrer Riad Sattouf. J'étais vraiment impressionnée et ce grand monsieur est d'une gentillesse extrême. Je suis définitivement fan !






lundi 13 mars 2017

4ème volet de l'ITV de ESTELLE FAYE



Voici donc le 4ème volet (et on est pas encore au 15 mars !)

Premier volet ICI
le second 
le troisième par là




                                   © Fabien Legeron



Juste deux mots avant de lui laisser la parole : Bienvenue Estelle !



Bonjour lectrices et lecteurs de Book en Stock ! 


Enfin, dans le cas présent, "bonjour", c'est rhétorique, vu que j'écris cette présentation de nuit - ça ne surprendra pas ceux qui me connaissent - et de la caféine plein les veines - rien de très original pour moi non plus...

Je vous écris depuis mon bureau, au dernier étage d'un immeuble anonyme en banlieue parisienne, avec une vue imprenable sur les pics de pollution, quand il fait beau. Mon bureau est tapissé d'images, des affiches de ciné et de théâtre, des photos d'océans et du bout du monde, des reproductions de cartes anciennes, des illustrations de fantasy...Il y en a partout ou presque, sur les murs, les étagères, sur ma table de travail, sur les haut-parleurs de mon ordi. La prochaine étape, c'est le plafond, il est encore blanc et vide, il ne devrait pas rester longtemps ainsi. 
Poursuivons la visite. Sur la droite, un fauteuil hors d'âge, autrefois noir, aujourd'hui gris, décoloré par le soleil, avec son chat intégré - Fenby, plus noir que le fauteuil, pur gouttière, dix kilos de muscles. Au sol, des cahiers de notes et des feuilles de brouillon, des vagues de papier qui s'étalent et refluent au rythme de mes projets. Des livres dans tous les coins, évidemment, des films aussi. Sur la gauche, une énorme armoire limousine, héritage familial, avale un tiers de la pièce. Un meuble monstrueux en chêne massif, vieux de plus d'un siècle. Parfois les tiroirs dedans se déplacent, la porte s'ouvre toute seule en grinçant, c'est mon poltergeist personnel. Mon bureau a un côté cabinet de curiosités, il s'est garni au fil du temps d'une foule d'objets divers, ça va de la sirène immobile à la rapière brisée, en passant par un bonzaï de verre, un véritable chapeau claque, un esprit marin en bois flotté... 
Au fond, près du radiateur, trône une unique plante verte, une sorte de mini-palmier hawaïen, installé là un jour où j'étais en manque de voyages. Ce végétal tenace se débrouille depuis quatre ans déjà pour survivre au milieu de mes deadlines. Il mérite un certain respect. Le printemps et l'aube approchent. Bientôt les rossignols vont chanter. 

Encore merci à Dup et Phooka pour leur invitation ! Pour mieux répondre à vos questions, je vais préparer du rab de café. 

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Allison :

Merci beaucoup pour cette réponse très détaillée sur les prénoms ! Heureusement que tu as choisi Thya : j'ai trouvé le prénom très beau et c'est lui qui m'a poussé à prendre le livre (puis j'ai vu la couverture et je n'ai plus hésité une seule seconde)

N'ayant lu que La Voix des Oracles, je n'ai pas de point de comparaison avec tes autres romans, mais adaptes-tu ton style en fonction du genre ? Ou écris-tu naturellement ? 



Merci encore et à bientôt !






Estelle :

Merci pour Thya !


Pour ce qui est du style, j'essaye toujours de trouver le ton juste, l'harmonie propre à chaque roman. Donc mon écriture varie d'un univers à l'autre, d'un livre à l'autre.

Je passe toujours beaucoup de temps sur les premiers chapitres, sur les premières phrases - j'ai mis près de trois mois à écrire les premières pages d'"Un Eclat de Givre", c'est mon record encore aujourd'hui.
Puis, une fois que les premières pages "sonnent juste", je suis lancée, la suite s'écrit beaucoup plus vite, heureusement.
( Je ne saurais pas dire pourquoi ou comment je sais que les premières pages sonnent juste, c'est une sorte d'évidence qui arrive au terme de plusieurs réglages, un peu comme lorsqu'on s'accorde en musique).






XL :

bonjour
les commentaires sur le processus de création et d'écriture sont toujours très intéressants
A propos, crois-tu qu'il est nécessaire que des compagnons meurent autour du héros ? 



SPOIL : (surligner la bande claire pour pouvoir lire)

Je pense au décurion par exemple, certes il avait une dette d'honneur à racheter mais son sacrifice sert-il autrement l'histoire ?

Estelle :



Bonjour et merci !



D'une manière générale, je crois qu'il n'y a pas de règle en écriture.

J'essaye de faire avant tout ce que l'histoire demande, de mener chaque personnage jusqu'au bout de son chemin. Parfois, certains vont devoir mourir. Dans certains cas, je le sais dès le synopsis. Dans d'autres cas, comme celui du décurion, ce n'était pas prévu à la base, mais ça s'est révélé inéluctable au fil de l'écriture.

Ce ne sont pas des scènes que j'aime écrire, d'ailleurs, les morts de personnages. L'une d'elles m'a même laissée dans un sale état pendant près de vingt-quatre heures, mais il fallait en passer par là.

SPOIL


Pour en revenir au sacrifice dont tu parles - attention, semi spoiler pour ceux qui n'ont pas lu toute la Voie des Oracles... - il sert aussi l'histoire, pour moi. Il va peser dans la balance, dans le choix auquel Thya va être confrontée à la fin du tome 3.
Mais même si ce n'était pas le cas, l'essentiel est que le personnage soit allé au bout de sa route, où qu'elle le mène. Chaque personnage a sa vie, son itinéraire propre, et je fais tout pour que mes personnages secondaires ne soient pas de simples faire-valoir du héros, ou des outils du scénario, mais des êtres humains à part entière.



Licorne :


C'est encore Licorne ! Bonsoir Estelle

J'ai fini les seigneurs de Bohen et ma chronique a été extrêmement dure a écrire a cause d'un foisonnement de pleins de choses ! J'ai beaucoup de mélancolie à la suite de cette lecture magnifique, sans doute parce que ces héros ont tous un lourd passé et qu'on ressent ce poids en avançant dans l'histoire. On ne sait pas non plus quel va âtre le destin de certains. Qu'as tu ressenti toi même en écrivant les dernières lignes de ce roman ?


Estelle :


Bonjour et merci beaucoup Licorne !

En fait, je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir quitté Bohen, même maintenant que le roman est terminé et publié, j'ai toujours un bout de mon esprit dans cet univers.
Certaines scènes du roman ont été un peu éprouvantes à écrire, surtout une, mais quand j'ai terminé, j'étais avant tout heureuse d'avoir réussi à finir ce livre, à tresser ensemble tous mes fils d'histoires - en tenant les délais, en plus ! 
J'étais vidée, un peu nostalgique, et en même temps j'avais l'impression d'avoir fini d'ouvrir une porte vers Bohen.
Par la fenêtre de mon bureau, je voyais l'aube se lever, et il faisait beau, ça correspondait assez bien à mon état d'esprit.


Le Mont des Rêves :

Bonjour Estelle ! Félicitations en tout cas pour Les seigneurs de Bohen, l'univers est incroyable ! Alors j'ai quelques questions et je vais toutes les mettre ici comme ça ! Les seigneurs de Bohen, c'est clairement une époque charnière dans l'Histoire (with a big H). De quelles périodes historiques t'es-tu inspirées ? Quel a été le travail de recherche documentaire en amont ? Te sens-tu, en tant qu'auteure, responsable devant le lecteur de l'Histoire que tu écris et du parallèle avec notre Histoire ? (Heu c'est compréhensible ?)

J'ai aussi beaucoup apprécié ton roman post-apocalyptique, Un éclat de givre. Encore une fois, un univers science-fictionnel particulier. Comment est-il né ? J'ai beaucoup apprécié ce Chet rêveur, nostalgique, poétique. D'où vient-il ? Et comptes-tu te remettre à écrire de la science-fiction ?


Estelle :

Bonjour et merci pour "Les Seigneurs de Bohen", ravie qu'il t'ait plu !

J'adore les périodes charnières de l'Histoire, les changements de civilisations. ce sont des époques passionnantes pour y placer des livres, riches en rebondissements, en questionnements, en remises en cause, et qui nous en apprennent beaucoup sur la nature humaine, aussi.
Pour créer Bohen, je me suis surtout inspirée de la fin du Moyen-Age en Europe, du début de la Renaissance en général, et plus précisément de l'Histoire de la Bohême entre le 12e et le 16 e siècles - une période où cette partie du monde a connu une véritable ascension, une grande puissance, puis un inévitable déclin, pour résumer à gros traits.
Je me suis aperçue il y a quelques années que je ne connaissais quasiment rien en Histoire sur l'Europe Centrale et l'Europe de l'Est, avant l'époque moderne, alors que j'avais lu beaucoup de contes et légendes de ces régions. J'ai voulu combler cette lacune, et j'ai découvert tout un monde que j'ignorais, alors que pourtant il était voisin ou presque du nôtre. 


Pour le travail documentaire en amont - j'espère que je ne vais pas me répéter^^-, rien d'extraordinaire, je suis allée en librairies et en bibliothèques, j'ai demandé des conseils autour de moi, j'ai couru les expos et les épiceries spécialisées - pour goûter ce que mangent mes personnages. Lors d'un voyage en Pologne, j'ai visité des mines d'or et de sel qui ont servi de base à celles de Katow-Ser. Une correspondante roumaine m'a donnée quelques infos sur les marécages pas loin de chez elle...
Je me suis documentée également sur les armes et les stratégies militaires. J'ai fait de l'escrime historique, de la rapière surtout, pour créer Sainte-Etoile. Bien sûr, je n'ai pas le niveau de mon escrimeur errant, loin de là, mais ça m'a aidé à extrapoler. J'ai remis les pieds au Musée de l'Armée, aux Invalides, où je n'étais plus entrée depuis le collège. Le livre de l'exposition "d'Azincourt à Marignan, chevaliers et bombardes" m'a suivie tout au long de l'écriture... 
Bref, comme pour chaque roman, j'ai varié mes sources, mélangé lectures et expériences concrètes, pour rendre le résultat le plus riche et le plus vivant possible.


La documentation, c'est un cliché de le dire mais c'est vrai, c'est un peu comme la danse classique, il faut travailler beaucoup en amont pour que le résultat paraisse fluide et naturel aux yeux du spectateur, ou du lecteur. Le lecteur ne doit surtout pas sentir l'effort de reconstitution, mais s'immerger d'emblée aux côtés des personnages, dans la peau des personnages même, dans un monde qui est évident pour eux.

Pour la question de la responsabilité vis-à-vis du lecteur, je crois que je l'ai comprise, j'espère que ma réponse va être claire aussi^^
Je sais que je ne suis pas historienne, et mon but quand j'écris n'est pas de donner une leçon d'Histoire. Mais j'essaye de faire en sorte que mes romans sonnent le plus juste possible, qu'ils entrent en résonnance de manière pertinente avec la période dont ils s'inspirent, plus ou moins directement.
Je m'efforce de sortir de ma carcasse, de voir et de penser le monde au travers de mes personnages, avec leurs impensés, leur vision de l'univers, leur passé propre, leurs codes moraux... Je veux éviter à tout prix que mes personnages ne soient que des coquilles vides, des héros qui auraient l'apparence d'une tisserande chinoise du dix-huitième siècle, d'un barbare de la fin de l'Antiquité ou d'une religieuse aveugle de Bohen, mais qui raisonneraient et se comporteraient tous, au fond d'eux, comme une banlieusarde trentenaire du vingt-et-unième siècle. 
Quand je me présente devant les lecteurs, je veux pouvoir leur dire que j'ai fait mon travail de mon mieux, pour leur créer des personnages et un univers les plus cohérents, les plus incarnés et les plus vrais possibles. En me laissant guider par ce que la période et l'histoire -avec un petit "h", cette fois- le demandent, pas par des caprices d'auteur.


Je saute du coq à l'âne !


"Un Eclat de Givre", c'est un univers qui m'accompagne depuis... pour le coup, depuis plus de vingt ans, ça ne me rajeunit pas ! J'ai commencé à rêver à ce Paris déconstruit et reconstruit, à la fois futuriste et fantastique, quand j'étais au lycée. A l'époque, je songeais vaguement à en faire un univers de Jeu de Rôle. J'ai toujours beaucoup marché à pied dans Paris, et pris les transports en commun - je prenais le RER pour aller à la maternelle - et au fil de mes déplacement je m'amusais à transformer en imagination la ville qui m'entourait.
Puis, ces dernières années, j'ai vu le Paris que j'aimais, la ville qui me tenait à coeur, pas forcément parfaite mais vivante, vibrante, reculer au profit d'une ville muséifiée, nettoyée, irréelle, qui offre un visage lisse et ennuyeux aux touristes et aux gens bien nés. Sur la Place de la Sorbonne, une enseigne de vêtements de sports remplace désormais la grande librairie des PUF, des Presses Universitaires de France. La Piscine Molitor a perdu ses peintures urbaines pour devenir un spa exclusif, aux tarifs d'entrée exorbitants. La Miroiterie est morte, et sur les pentes de Montmartre, les petits marchands de tissu, où se sont fournies toutes mes troupes de théâtre, cèdent la place à des magasins de souvenirs sans âme, qui recyclent un Paris qui n'existe déjà plus. Du côté de Bastille, le bizarre bar sans nom a été relooké en fausse boîte de nuit berlinoise...
Heureusement, il subsiste encore çà et là des poches de vraie vie, mais j'espère que le mouvement déjà bien amorcé de ripolinage de la ville va s'inverser un jour.
Chet est né de là, de ma relation d'amour/haine avec Paris, de ma nostalgie de certains lieux et de mes espoirs, malgré tout, pour l'avenir. De mes années de théâtre, aussi - mais ça, j'en ai déjà parlé plus haut, je crois^^.


Enfin, pour répondre à ta dernière question, j'ai un projet de Space-Opera sur le feu, je croise les doigts pour qu'il voit le jour bientôt !



Mariejuliet :


Ah chouette très bonne nouvelle pour polar et thriller et space opera ! Tu vas vraiment faire tous les genres :-D

Mais avant ça, j'ai une déclaration : ce n'est pas possible!!!!! Tu ne peux pas nous laisser comme ça après les seigneurs de Bohen!!! Que deviennent Saint-Etoile et Mord et les filles de l'empereur ????

Estelle :


Merci Mariejuliet !


En règle générale, j'aime bien les fins ouvertes, celles qui laissent les personnages libres de vivre leur vie, et le lecteur libre d'imaginer la suite, s'il en a envie. 
Mais maintenant que j'ai quelques romans derrière moi, je me dis de plus en plus en souvent que je reviendrais bien dans certains de mes univers, voir comment ils évoluent, comment les héros tracent leur chemin, ce qu'ils deviennent un an, deux ans, dix ans... après la fin du premier livre.
Après, comme d'habitude, il faut que je trouve le temps d'écrire.


Elphriya/Maëlys :

Bonjour Estelle,

Promis je ne vais pas encore te dire à quel point Un éclat de givre m'a marquée (si vous ne l'avez pas lu, qu'attendez-vous ?!) ^^.

En regardant les questions et les réponses, j'ai vu apparaître le nom de Racine qui est l'un de mes dramaturges préférés. Comme tu as fait du théâtre en tant qu'actrice et metteur en scène, je voulais savoir si pour toi lire des pièces était une aberration (okay, le mot est un peu fort). Pour ma part, j'ai bien du mal avec les représentations et étrangement, je ressens davantage le pouvoir des mots lors de ma lecture. Sinon, quels sont les dramaturges ou les pièces qui t'ont le plus marquée ?

Je reviens à l'écriture et ma question rejoint plus ou moins des questions précédentes. Je voulais savoir, lorsque tu écrivais une scène, si tu savais déjà avec précision ce qui s'y passait - quitte à faire des modifications si une nouvelle idée surgissait - ou si tu avais une idée plus ou moins vague et qu'ensuite tu te laissais porter par tes personnages ?

Et je finirai sur un point qui me rend réellement admirative : ton style. Tu réussis à le rendre vivant, incarné à tel point qu'on a l'impression en te lisant que les mots s'imposent à toi et que tu te dois les retranscrire. C'est d'ailleurs ce qui pour moi fait la force de tes romans. Je sais que tu réécris plusieurs fois tes débuts de roman pour trouver la justesse des phrases mais t'arrive-t-il de devoir prendre davantage de temps au cours de l'écriture ? Y a-t-il des passages qui te posent problème ou le reste coule-t-il de source ? (Je ne sais pas si je suis vraiment claire pour le coup...) Et comment fais-tu pour avoir autant de vocabulaire :o ? Chaque fois que je lis un de tes romans, je suis certaine de découvrir de nouveaux mots (ce que j'adore, j'ai un carnet exprès) !

En attendant tes réponses, je te souhaite que le café coule à flot dans tes veines,

Maëlys


Estelle :

Bonjour Maëlys,
et encore merci pour "Un Eclat de Givre" !


Pour les questions sur le théâtre, je n'ai rien contre les lectures de pièces, elles permettent souvent de faire résonner les mots de l'auteur avec beaucoup de clarté, et valent parfois mieux qu'une mauvaise mise en scène. Ceci étant dit, une bonne mise en scène permet de faire vivre vraiment les personnages, et une très bonne mise en scène donne une nouvelle dimension à une pièce.
Passons à mes dramaturges et pièces favoris. J'ai été marquée très jeune par Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, pour son allant, pour son rythme, pour le personnage central surtout, qui tombe et se relève sans rien perdre de son esprit, de sa verve, pour ses répliques qui ont contribué à façonner l'Histoire, et qui aujourd'hui encore portent en elles un souffle de liberté et de révolution. Ensuite, j'ai découvert Racine, avec un coup de cœur pour Andromaque ( la pièce la plus sombre que j'ai lue, qui va mal dès le troisième vers et évolue ensuite vers quelque chose d'encore pire). J'aime Lorenzaccio de Musset pour son héros tout en zones grises, et le Diable et le Bon Dieu de Sartre, sans doute la première pièce de fantasy française ( il y a un siège, des batailles, le Diable qui interagit avec les hommes, un traître, une sorcière, et un bâtard qui fait dévorer son demi-frère légitime par les loups... Il ne manque que les dragons pour qu'on soit dans Game of Thrones^^). Je suis fan aussi de Shakespeare, et d'Edouard II de Marlowe, l'une des plus belles pièces sur le chaos du monde.
Chez les auteurs plus récents, j'adore les univers subtils et poisseux de Tennessee Williams, le très glauque Amour de Phèdre de Sarah Kane, et en moins pesant quand même Angels in America de Tony Kushner, pour sa galerie de personnages, son flirt avec l'absurde et le fantastique, et son côté tellement humain. 

Pour en revenir à l'écriture, j'essaye avant tout de me laisser guider par mes personnages, en effet, de ne pas partir sur des idées préconçues dans lesquelles j'essayerai de les faire rentrer au forceps. Mais je ne pars pas dans le vague pour autant, au contraire, j'entasse les notes en amont pour connaître à fond mes personnages et mon univers, pour que dans l'idéal je les sente vivre, pour que je les suive d'instinct, presque sans réfléchir ( dit comme ça, ça fait un peu mystique, sans doute... pourtant j'étais très rationnelle avant d'être auteur...) . Et au-delà, je travaille aussi la cohérence de l'histoire, son rythme, ses grandes lignes de tensions, je gère le suspense et les énigmes de mon récit en revenant souvent sur mes synopsis, sur mes frises chronologiques... J'écris beaucoup de synopsis, de fiches et de frises, qui évoluent ensuite au fil du temps, au fil de ce que m'apportent et de ce que m'apprennent mes personnages.

Pour ce qui est du style, là non plus, je n'ai pas trop de méthode. Je lis beaucoup - très bon pour le vocabulaire, au passage^^. J'écris pas mal de nouvelles. Les nouvelles sont un véritable laboratoire pour tester des genres, des phrases, des sonorités, pour travailler un concentré de style et d'atmosphère. Et j'écris, je réécris, parfois des chapitres entiers, surtout les premiers chapitres, plusieurs fois s'il le faut, pour trouver le ton propre à chaque livre. J'ai la chance aussi d'avoir les conseils de Xavier Mauméjean ( un grand auteur et un très bon directeur littéraire) pour mes premiers livres, il m'a vraiment aidé à trouver ma voix. Aujourd'hui, mes éditeurs et mes bêtas-lecteurs ont pris la suite (en bêta-lecteur, mention spéciale à Jérôme, qui m'a fait passer plusieurs mois sur les premières pages de "Givre", jusqu'à ce que la voix de Chet sonne juste, jusqu'à ce qu'on entende vraiment sa voix )

Sur ce, café !

LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE de Sandrine Collette




Éditions Denoël
Collection Sueurs froides
334 pages
19,90 euros




4ème de couv :

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse». La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir. Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser. Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix? Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.




L'avis de Dup :

Déjà avec son roman précédent Il reste la poussière, Sandrine Collette s'était éloignée des thrillers, aujourd'hui avec Les larmes noires sur la Terre, elle tourne résolument le dos à ce genre alors même qu'elle reste publiée dans la collection Sueurs froides. Point de sueur, ni de stress pourtant pour le lecteur dans les pages de ce nouveau livre. L'auteur propose un roman puissant et profondément noir.

Moe, une tahitienne de tout juste 20 ans a fait le choix de quitter son île pour rejoindre l'hexagone en suivant Rodolphe, des étoiles dans les yeux à la simple évocation de la France, Paris, la tour Eiffel... Les étoiles vont vite s'éteindre lorsqu'elle va se retrouver dans un village, isolée et méprisée à cause de la couleur de sa peau. Coincée entre un Rodolphe qui lui préfère ses bières et la grand mère acariâtre et pleine d'escarres qu'elle doit soigner. Les bals des samedis soirs vont lui apporter un peu de folie et... un gamin.

Lorsque les coups vont commencer à pleuvoir, Moe choisit de claquer la porte, acceptant l'hébergement proposé par Jéhane, une fille rencontrée à un bal. Seulement à trois dans un studio minuscule, la tension va très vite monter et Moe va se retrouver à la rue avec son bébé. Les services sociaux vont finir par leur mettre la main dessus et les expédier dans un centre d'hébergement... euh spécial et tout droit sorti de l'imagination de l'auteur.

Une immense casse automobile encerclée de hauts grillages. Son logement, une 306 grise. Ses voisines, cinq femmes qui vont les accueillir, la guider et lui apprendre les règles dures des lieux. Qui vont se raconter également, et là on comprend le vieil adage populaire qui dit qu'il y a toujours plus malheureux que soi. Malgré tout, Moe n'a toujours qu'une idée en tête, se faire de l'argent pour pouvoir sortir et retourner sur son île. Ses choix sont de plus en plus réduits et la dégringolade s'accentue. Mon Dieu, Sandrine Collette ne lui épargne rien, c'est un puits sans fond dans la noirceur. Et le lecteur rame, rameur, ramer.

Ce qui fera la force de ce roman ce sont ces liens si particuliers qui vont se tisser entre Moe et ces femmes : Ada, Poule, Jaja, Marie-Thé et Nini-Peau-de-Chien. Ce n'est pas de l'amitié, non, c'est beaucoup plus fort que ça. Ce roman est une véritable ode à la solidarité qui se construit sur les galères et les tuiles. Les élans d'entraide entre ces laisser-pour-compte apporteront un peu de lumière, comme des lueurs vacillantes de bougies, au milieu de ténèbres.

Avec son écriture toujours aussi puissante, Sandrine Collette embarque son lecteur dans une valse sombre, que j'aurai presque qualifiée de macabre s'il n'y avait pas eu l'épilogue qui vient quand même panser notre âme meurtrie par ce récit. Une lecture très belle, mais éprouvante.



Et voici mon Défi principal acquitté




mais aussi...
8ème lecture pour le challenge de la Licorne !


3 points
une femme, française : 2 points



vendredi 10 mars 2017

Potins de Phooka #3



Aujourd'hui à la place d'une chronique je voulais juste vous faire partager mon immense plaisir d'avoir croisé Nathalie Dau chez Decitre Grenoble.



Nathalie Dau est une très grand dame, passionnante. Je ne pouvais malheureusement pas rester jusqu'à la fin de son intervention par manque de temps, mais j'ai énormément apprécié ce que j'ai pu en entendre.



Si vous ne la connaissez pas vous pouvez la découvrir à travers ces romans bien sûr, mais aussi tout ce week-end aux Oniriques à Meyzieu.



Sur Bookenstock:

N'oubliez pas non plus qu'elle sera notre invitée pour tout le mois d'avril.


Bref, lisez Nathalie Dau, venez la voir, venez participer à son "mois de".

Je tiens aussi à souligner tout le travail "de ouf" réalisé par Mathieu Betton de Decitre Grenoble, un passionné d'imaginaire qui se démène pour lui donner de la visibilité! Génial.

L'imaginaire vaincra!





jeudi 9 mars 2017

HADÈS de Candice Fox




Éditions Michel Lafon
331 pages
19,95 euros



4ème de couv :


Sydney, années 1990. 

Hadès règne sur une décharge, un univers de sculptures étranges, où des hommes viennent solliciter son aide pour faire disparaître des corps. Un soir, on lui amène deux jeunes enfants rescapés d'un cambriolage qui a mal tourné. Il s'apprête à les tuer mais leur regard froid le pousse à les adopter. Il les baptise Eden et Eric. Au fil des années, il va tout leur apprendre, dont son savoir-faire si particulier. 

Sydney, de nos jours. 
Frank Benett rejoint la brigade criminelle et fait la connaissance d'Eden, sa nouvelle coéquipière, sous l'œil malveillant de son frère et collègue Eric. Leur première enquête débute immédiatement : des corps démembrés auxquels il manque des organes ont été découverts dans une marina. Frank et Eden mettent au jour un trafic, grâce à une liste officieuse de demandeurs. 
Quand une jeune femme réussit à échapper au tueur et que d'autres corps sont retrouvés dans la maison où elle était séquestrée, la traque commence. 
Mais Frank a de sérieux doutes sur Eden et Eric. À quoi correspond la liste de noms d'hommes disparus qu'il a trouvée chez Eden ? Pourquoi a-t-elle une photo d'Hadès, la légende du crime ? 
Frank a mis le doigt dans un engrenage malsain et dangereux dont il va bientôt comprendre toute l'ampleur...





L'avis de Dup :

Frank Bennett vient d'être intégré à la brigade criminelle de Sydney, mais il est loin d'être accueilli à bras ouverts et pour cause, il remplace au pied levé le coéquipier d'Eden qui vient de se faire abattre froidement. Engager la conversation avec la belle mais froide Eden s'avère délicat et difficile. D'autant plus ardu que Eric, son détestable frère lui aussi à la brigade, semble veiller au grain et vient lui pourrir son groove systématiquement.

De toutes façons, il n'a même pas le temps de prendre ses marques qu'ils sont appelés sur le terrain. La découverte près d'une marina d'un cimetière englouti, de nombreux cadavres dont la particularité est qu'il leur manque à tous un ou plusieurs organes. L'enquête, et le livre, démarrent sur des chapeaux de roues.

Et puis, à ce récit d'aujourd'hui, s'en intercale un second en italique, mettant en place un autre personnage bien trouble, le fameux Hadès. Le maître incontesté, que dis-je le roi de Uttula. Son royaume ? La gigantesque décharge à ciel ouvert de la ville de Sydney et de sa banlieue. Roi de la magouille, il a eu souvent à faire avec la justice, jamais il n'a écopé la moindre peine. Connu pour dépanner les truands, il est une vraie légende du crime local : beaucoup de corps disparaissent sans laisser de trace dans cette décharge.

Ce roman alterne donc entre une double enquête de Frank : celle sur ce tueur en série qui prélève des organes à la chaîne (non j'exagère là) qui s'avère être plus une traque qu'une enquête, car on va très vite savoir qui c'est et celle qu'il va mener en solo sur Eden et Eric car il se rend bien compte qu'ils sont chelous. Et le lecteur le sait bien, car l'alternance nous fait découvrir, un peu à la manière de flash back, l'enfance de ces deux derniers adoptés par Hadès. Eh oui, il ne se goure pas Frank, ils sont réellement chelous...

Quant à Hadès, contre toute attente, je l'ai bien aimé ce personnage. Soit, son trafic de macchabées n'est pas très réglo et c'est le moins qu'on puisse dire, mais néanmoins il est toujours fait pour dépanner. Et en respectant ses règles à lui. La première étant "on ne touche pas aux enfants". Et puis il a un côté artiste Hadès, quand il n'enfouit pas des cadavres, il crée des œuvres d'art, des sculptures avec tous les objets récupérés dans sa décharge. Il n'aime pas le gaspillage Hadès.

C'est un thriller vraiment pas classique, non pas à cause de sa construction mais surtout parce que l'on sait dès le départ ce qu'il en est de tous les protagonistes. En gros, le seul qui est dans la panade et qui tâtonne c'est notre pauvre Frank Bennett, le personnage principal de ce roman. C'est comme un thriller à l'envers. Eh bien même comme ça, je peux vous dire que ça fonctionne. L'angoisse et la tension monte sérieusement en même temps que notre sympathie pour le personnage principal. Alors qu'Eric est et reste jusqu'au bout détestable, on se surprend à trouver des circonstances atténuantes à Eden. Est-on dans le vrai ? Est-on mystifié ? Seulement une de ces enquêtes sera menée au bout. Une Dup frustrée, puis rassurée en lisant l'information sur la quatrième de couverture : "les deux premiers romans de Candice Fox Hadès et sa suite Eden ont obtenu le Ned Kelly Award, le plus grand prix du polar en Australie". Je serai bien sûr au rendez-vous pour lire cette suite dès qu'elle paraîtra chez nous.



mercredi 8 mars 2017

Les sorties FOLIO SF de mars 2017








Mars 2017









LÉO HENRY

 La Panse


INÉDIT


Couverture d'Aurélien Police

*****



GRAHAM JOYCE

 Comme un conte


Traduit de l'anglais par Louise Malagoli

Prix Imaginales 2015 - catégorie Roman étranger


Couverture de Hélène Builly





*****


PIERRE PEVEL

 Les enchantements d'Ambremer


Le Paris des Merveilles, I

Cet ouvrage sera disponible en édition reliée similicuir, à tirage limité à 1.000 exemplaires numérotés


Couverture d'Étienne Leroux


*****

JO WALTON

 Le cercle de Farthing


Traduit de l'anglais (pays de Galle) par Luc Carissimo


Couverture de Sam Van Olffen.





*****


Remise en vente sous nouvelle couverture




STANISLAS LEM

 Solaris


Traduit du polonais par Jean-Michel Jasienko





Couverture d'Aurélien Police


mardi 7 mars 2017

L'AURA NOIRE de Ruberto Sanquer



Editions Scrinéo
26/01/2017
352 pages
17.90 euros




L’apocalypse a anéanti la Terre Arcane voilà 3 157 ans. Depuis, les arbres ont acquis une conscience et les humains, des pouvoirs singuliers. Louyse et ses douze camarades entrent en apprentissage pour devenir des sorcières-guérisseuses, capables de protéger leur peuple en s’unissant à la Nature. Un beau jour, cette symbiose est brisée par un Démon assoiffé de vengeance et de conquête, qui jette une malédiction sur Louyse. Celle-ci voit ses proches disparaître les uns après les autres, mais nie l’évidence, jusqu’à la mort de son amour adolescent. Elle va alors se battre pour se défaire de l’Aura noire et sauver son peuple des griffes du démon ! Mais comment porter le poids d’un tel destin lorsque l’on est une adolescente timide et secrète ?




L'avis de Phooka:


Voilà un roman qui a su me surprendre ! Et pas qu'un peu.
Je dois faire mon Mea Culpa. Je m'attendais à un roman léger, voire même un peu niais ... Honte à moi, c'est tout le contraire.

Louyse est une orpheline, en apprentissage pour devenir une Ringsey, une sorcière-guérisseuse et pour cela elle doit réussir toutes les épreuves et obtenir ses Ringtrees. Les Ringtrees sont des sortes d'anneaux vivant incrustés dans les avant-bras des Ringsey et qui leur permettent de communier avec les arbres primaires et d'en obtenir la puissance magique (enfin ça c'est la version simplifiée du truc). Ils ne sont pas faciles à obtenir ces anneaux, il faut s'en montrer digne. Plusieurs épreuves se succèdent avec des années d'études entre chaque. La toute première épreuve, permettant de passer de novice à aspirante consiste à traverser la forêt maudite. Toutes les novices doivent la réussir sinon, c'est un échec pour toute la promotion. 800 ans que cette épreuve existe et jamais les novices n'ont échoué. Mais voilà, la veille de l'épreuve, lors d'un rassemblement dans la cour, Louyse ressent une violente douleur dans la tête et s'évanouit. Elle se réveille sans savoir ce qui lui est arrivé, mais nous, lecteur, nous le savons: l'aura noire.

Ce qu'il faut savoir c'est que la ville d'Isafjur est habitée par des Sylves, protégée par la magie. Les femmes peuvent devenir Sorcières, les Ringsey qui sont essentiellement dévouées aux soins et les hommes peuvent être sorciers pour la défense. Une prophétie annonce qu'un jour les démons reviendront. Il faudra être prêt. 

Sauf que la magie diminue, à la fois en "qualité" mais aussi en "quantité" car le nombre de novices ne fait que chuter. Alors quand le promotion de Lyouse échoue pour la première fois en 800 ans, c'est la catastrophe ...

N'imaginez pas que je vous spoile le livre, je vous ai à peine effleuré les 2 premiers chapitres! Ce roman, que je croyais léger est en fait incroyablement dense. Dense et sombre, car l'aura noire qui entoure Louyse va faire des morts, beaucoup de morts. Des inconnus souvent mais aussi beaucoup de proches et croyez-moi, l'auteur n'hésite pas à faire disparaître des personnages principaux. GRR Martin a l'air d'un rigolo à côté de Ruberto Sanquer. Pauvre Louyse ...

D'ailleurs en ce qui concerne les personnages, les secondaires sont eux-aussi sacrément bien troussés. On s'y attache, on verse une larme s'ils disparaissent. Mais ce qui m'a le plus emballée dans ce récit c'est que finalement Louyse n'est pas une héroïne au sens "positif" du terme. Oui elle est le personnage principal, mais elle subit son sort quasiment pendant tout le roman. Au début ça en est même perturbant, elle est toujours "à la traîne", elle ne veut pas croire ce qui lui arrive. On voudrait la secouer, la forcer à regarder la vérité en face. Mais la vérité, elle va en faire sa dure réalité, elle va apprendre par le deuil et la souffrance. 

C'est une façon franchement originale de faire vivre un personnage. Et d'ailleurs c'est une force de l'auteur de ne pas suivre le schéma classique de la pauvre fille qui devient une héroïne de légende. Cette faiblesse de Louyse, c'est sa force et la force du roman. Et s'il y a un passage un peu "mièvre" pour une amourette, c'est encore une fois pour amplifier l'effet "Louyse". C'est drôlement bien joué !

Bref, L'aura noire m'a bluffée. Vraiment ! C'est un roman de fantasy sombre, passionnant. Scrinéo a encore une fois dégoté une perle (ils sont doués pour ça!). Des personnages bien construits, un récit captivant, du suspense, de la sombritude vraiment sombre (si,si!), un schéma narratif peu classique, je ne sais ce qu'il vous faut d'autre mais moi je dis bravo, coup de coeur ! J'espère qu'on aura une suite !



lundi 6 mars 2017

SORCIÈRES ASSOCIÉES de Alex Evans




Éditions Actusf
Collection Bad Wolf
296 pages
18 euros


Le pitch :


Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules... Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas.


Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies... Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…



L'avis de Dup :

Tanit et Padmé sont deux sorcières qui, comme l'indique le titre, se sont associées au sein d'un même cabinet pour gagner leur vie. Elles ont choisi Jarta comme ville, car tout y est permis, légal. En effet à Jarta, c'est le commerce et le profit qui font lois. Toutes les ethnies s'y mêlent et font leur business alors qu'en dehors de Jarta, elles sont toutes soit en conflit, soit en guerre. Et elles sont nombreuses ces ethnies, chacune avec leurs particularités et leur histoire. On s'y perd un peu au début.

En commun, une salle d'attente, une secrétaire et un stagiaire, mais chacune a sa salle de consultation. Le jour où on fait connaissance avec nos deux sorcières, elles se voient chacune attribuer une mission. L'une doit enquêter sur des incidents bizarres qui surviennent dans une usine de fabrication d'autotracteuses. Cette usine a quand même la particularité de ne fonctionner qu'avec des zombies... Quant à l'autre, c'est un vampire qui lui somme de trouver le nécromant qui l'a invoqué et lié à Jarta, faisant de lui un tueur à gages... sans gage. Mais elles ne sont pas associées pour rien, elles se complètent, chacune ayant des aptitudes différentes et c'est donc ainsi qu'elles vont chacune leur tour se pencher sur ces deux affaires. Affaires qui, bien évidemment vont s'avérer liées.

L'alternance est bien là, Tanit, Padmé, d'abord par les chapitres, puis par les paragraphes. Le moteur de lecture ronronne gentiment au début, le temps de laisser le lecteur se faire à l'environnement, l'ambiance, les personnages, puis il passe à la vitesse supérieure et la machine s'emballe. Le tout fabriquant une mayonnaise bien épaisse dans laquelle on ne peut se dépêtrer : piégé le lecteur !

Et bien sûr, inutile de vous dire combien j'ai aimé me faire piéger ainsi, malgré les deux courtes nuits que m'ont valu cette lecture. On trouve de tout dans ces lignes, dans un joyeux mélange. Vous avez vu passer des sorcières, des zombies, des vampires (non un, pardon), mais à cela il faut rajouter, des gremlins, des goules, des krakens, des marchands-aventuriers. L'empreinte steampunk dévoilée par la couverture est bien là également avec la lampe-pieuvre que vous voyez au fond de son aquarium, mais aussi des calèches-crabe à piston hydraulique, des laquais mécaniques et plein d'autres inventions du genre loufoque : j'adore.

Déjà là je vous ai livré beaucoup de points positifs, mais la cerise sur le gâteau ce sont nos deux sorcières. On ne peut faire plus différentes. Tout d'abord Tanit que je vois un peu comme une Lara Croft. Avant de s'installer, elle faisait partie d'une faction militaire de son pays d'adoption, l'élite ne regroupant que des sorciers-espions. Tanit est adepte des sports de combat et plus particulièrement de la savate, mais également de sport de chambre. Son péché mignon, le cognac.
Padmé elle est toujours tirée à quatre épingles, les plis de ses saris toujours impeccablement repassés. Elle a fui son pays où elle avait un avenir brillant et tout tracé, lorsque sa fille Jihane de tout juste trois ans a manifesté un don pour la magie, et aurait dû être embrigadée sur le champ. Padmé avec son don beaucoup plus faible devait être chirurgienne. En dehors de ses heures de taff, elle consacre son temps libre au service des démunis, au sein d'une asso : les Aidants sans Visage où elle soigne et opère incognito. Sa boisson de prédilection : le thé.

L'association de ces deux femmes que rien ne rapproche donne tout le piment de ce roman, alors même qu'on ne les croise que rarement ensemble. Passer de l'une à l'autre nous donne l'impression de changer de roman ou presque ! Le lien entre tout ça est la ville de Jarta que je vois vraiment comme celle avec un "ka" au milieu, avec ses rues encombrées de véhicules en tout genre, inondées lors des pluies torrentielles fréquentes, ses quartiers huppés tracés au cordeau, ses quartiers populaires enchevêtrés, colorés, fleurant bon les épices. La ville, la mer, la jungle, la mangrove : Jakarta quoi !

Bref, un livre fun, détente, qui fait du bien. Un plaisir pour la tête mais également pour les yeux. Je ne me lasse pas d'admirer sa couverture que l'on doit à Sébastien Caiveau. Allez y, foncez, faites vous plaisir !


Lecture inscrite pour mon Défi des 4 As #3

Défi 3 check !